‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 84 sur 147 · LE SOUPER DE GARGANTUA · texte numérisé non relu

LE SOUPER DE GARGANTUA

barrassa avec un peigne, ni plus ni moins que si c'eût étô de ces animaux qu'on rapportait du collège de Montaigu, renommé pour sa saleté, si Ton en croit Rabelais et Erasme. Gargantua frappa quelques coups de son grand arbre contre le ciiâteau — comme il avait fait autrefois dans la ville anglaise — suivant la Chronique — et du coup abattit tours et forteresse ; tout s'effondra sur le sol, et ceux qui se trouvaient dedans, périrent sous le-* débris.

Grandgousier arrive après ce bel exploit et pour célébrer les prouesses de son tils et de sa troupe, il donne un grand festin, un de ces festins auxquels Rabelais se complaît — comme à tout ce qui lui donne occasion de déployer sa verve descriptive. — On prétend , dit-il , que Gargamelle y mourut de joie , je n'en sais rien de ma part, ajoute-t-il, et bien peu m'en soucie, ni d'elle ni (Vautre femme que soit.

Nous copions le menu du souper.

On fit rôtir seize bœiifz, trois génisses, trente et deux veaux soixante et trois chevreaux moissouniers, quatre-vingt quinze moutons, trois cens gorets de laict au vin doux, unze-vingts perdrix, sept cens bécasses, quatre cens chappons de Loudunois et Coruouaille, six mille poullets et autant de pigeons, six cens gelinottes, quatre cens levraux, trois cens et trois ostardes, et mille sept cens hutaudeaux : de venaison, l'on ne peut tant soudain recouvrir, fors unze saugliers qu'envoya l'abbé de Turpenay, et dix et huit bestes fauves que donna le seigneur de Grandmont ; ensemble sept-vingts faisans qu'envoya le seigneur des Essars, et quelques douzaines de ramiers, d'oiseaux de rivière, de cercelles, buours, courles, pluviers, francolys, cravans, tyransons, vanereaux, tadournes, pochecullieres, pouacres, hegronneaux, foulques, aigrettes, cigoingnes , cannes potières,

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oranges, flammans fciui sont phœnicopteres), terrigoles. poulies de Inde, force coscossons, et renfort de potages. Sans point de faulte, y estoit de vivres abondance.

Ces mets furent apprêtés par Fripesauce, Hochepot et Pilleverjus, cuisiniers de Grandgousier.

Gargantua, se trouvant quelque peu altéré, demanda si l'on ne pourrait pas lui procurer des laitues pour faire une salade. On lui dit qu'il y en avait dans le jardin, qui étaient grandes comme des pruniers; il voulut aller les cueillir lui-même. Or il se trouva que six pèlerins, effrayés par les gens d'armes qui parcouraient le pays, s'étaient cachés de peur d'accident entre les choux et les laitues, et, lorsque le géant approcha, ils avaient tellement peur qu'ils n'osaient ni parler ni tousser. Gargantua, qui n'y regardait pas de si près, prit pêle-mêle les feuilles et les pèlerins et les emporta chez lui ; il versa sur le tout huile, vinaigre et sel, puis il se mit à manger pèlerins et salade ; il en avait déjà mangé cinq lorsque Grandgousier aperçut quelque chose qui se montrait sous une feuille de salade. « Je crois qu'il y a là un limaçon, dit-il à son fils, ne le mange pas. — Pourquoi? dit Gargantua, ils sont bons ce mois-ci, et il le mit dans sa bouche avec la salade, mais ne l'avala pas, non plus que les cinq autres, et, sentant quelque chose qui le gênait, il se cura les dents et fit tomber les six personnages.

Nous voilà bien loin de l'éducation de Gargantua. On dirait qu'il y a dans Rabelais deux ouvrages ditiérents dont les feuillets sont mêlés. Hoffmann a fait quelque chose de semblable; et dans l'un de ses

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