‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 85 sur 147 · LES PÈLERINS MANGKS EN SALADE · texte numérisé non relu

LES PÈLERINS MANGKS EN SALADE

contes, il intercale, entri3 les feuillets où il nous raconte les Contemplations du chat Murr, ceux qui nous initient aux Tribulations du maître de chapelle Kresler; mais là chaque histoire interrompue se trouve reprise juste à point, ou à peu près, quelques pages plus loin; chez Rabelais les pages sérieases ou purement comiques et les pages folles et bouffonnes, se suivent sans que les personnages changent de nom, bien qu'ils changent d'allures , de formes et surtout de dimensions.

Les pèlerins échappèrent donc cette fois; nous les retrouverons tout à l'heure. L'un d'eux, qui s'appelait Las d'aller, entreprit de leur prouver que tout ce qui leur était arrivé avait été prédit.

Cuiti exurgerent homines in nos, forse déglutissent nos [quand les hommes se levaient contre nous, ils nous eussent peut-être avalés], indique clairement ce qui nous est arrivé «quand nous fusmes mangés en salade au grain de sel.> — Cum irasceretur furor eorum in nos, forsitan aqiia absorbuisset nos [quand leur rage s'enflammait contre nous, peut-être l'eau nous aurait engloutis], se rapporte à ce qui arriva «quand il but le grand traict.» — Torrentevi pertransivit anima nostra [notre âme a passé le torrent], «quand nous passasmesla grande boire.» — Anima nostra, sicut 2icissn-, erepta est de laquco venantium [notre âme, comme le passereau, a été arrachée au lacs des chasseurs], «quand nous tombasmes en la trappe [de son gosier où nous allions disparaîti'c]. — L iqueus contritus est [le lacs a été brisé par Fournillier] et nos liherati sumus [et nous avons été délivrés].

Rabelais a voulu se moquer de la manie de trouver dans les textes de la Bible des prédictions ou des rapprochements entre des choses qui n'ont aucun rapport. De plus, comme ce sont des pèlerins, il parodie dans la tournure de leurs phrases le vieux

cantique des Pèlerins de St- Jacques, dont chaque couplet commence par : Quand.

Quand nous fûm's sur le pont qui tremble . , . Quand nous fûmes au port de Blaye .... Quand nous fûmes dedans les Landes . . . Quand nous fûmes dedans l'Kspagne,

Nous fûmes joyeux, De voir sortir de ces montagnes

Si grande odeur.

De voir le romain fleurir.

Thym et lavande:

Nous rendîm's grâce à Jésus-Christ

Et lui chantâra's louange

Ce cantique est évidemment antérieur à Rabelais. Les rimes féminines ne sont pas consonnantes, mais simplement assouautes (lavande, louange) ; Vr final ne sonne pas (odeur, finir); les syllabes muettes sont ou ne sont pas comptées, suivant les besoins de la mesure, etc.

A table, Grandgousier raconte à son fils la cause de la guerre et vient à parler du moine Jean des Entommeures, qui avait si bien d'-fendu son abbaye : on le fait venir. Un guerrier se fût présenté avec son épée, il arriva avec son manche de croix. On l'embrasse, ou lui fait mille amitiés. — Une escabelle ici ! dit Gargantua ; asseyez-vous {)rès de moi. — Volontiers, dit Jean, puisque vous le commandez; mais il refusa d'ôter son froc. — Mou ami, dit-il à Gymnaste, qui voulait le lui enlever, laissez-le moi, je n'en bois que mieux: si je le laisse, je n'aurai nul appétit. J'avais 80U])é, mais je ne mangerai pas moins pour cela; j'ai un estomac pavé, creux

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