INTERPRÉTATIONS DE LA PKOPHÉTIE
Avant la séparation, on verra apparaître, la lumière qui mettra un terme à la lutte, et fera disparaître les eaux du déluge do la réaction.
St-Gelais s'arrête là , mais ce n'est pas assr z pour Rabelais d'avoir montré le flambeau de la philosophie brillant au dessus des combattants réconciliés. Il insiste sur le bonheur qui attend ceux qui auront lutté jusqu'au bout. Il annonce que ceux qui ont été
Penés, lassés, travailles, affligés,
seront comblés de bonheur et enrichis de manne céleste.
La verra l'on par certaino science.
Le bien et fruit qui sont de patience, Car cil qui plus de peine aura souifert Auparavant, du lot pour lors offert Plus recepvra. 0 qu'est à révérer, Cil qui en fin pourra persévérer!
Bonheur et honneur à qui persévérera jusqu'à la tin î
Rabelais a corrigé plus tard ces dernières lignes. Nous préférons la première rédaction. Rabelais en corrigeant ses vers n'était pas plus heureux que Lamartine. Chez tous deux la première version est la meilleure.
Nous convenons que cette «Enigme en prophétie > mauque quelque peu de clarté; quelques-unes des explications que nous donnons peuvent être contestées, mais le sens général ne saurait être douteux. Il est indiqué par les premiers et les derniers vers: «Levez les cueursl Bonheur à qui persévérera!»
306 CAKGANTUA. — III. l'aBBAYE DE THÉLÈME.
Il est indiqué aussi par le rapprochement que fait Rabelais de cette prophétie avec la création de Tabbaye de Thélème. La lutte sera terrible et prolongée, la force l'emportera d'abord, mais la lumière restera victorieuse à la fin, et Thélème se réalisera. Deux des personnages de Rabelais commentent cette énigme : Gargantua et frère Jean :
Ce n'est pas de maintenant , dit Gargantua , que ceux qui croient à, l'Evangile sont persécutés:
Mais bien heureux est celui, qui ne sera scandalizé et qui toujours tendra au but que Dieu par son cher fils nous a indiqué, sans en être distrait ni détourné par ses affections charnelles.
Ici il y aurait lieu de se demander quel est cet Evangile qui attire la persécution sur ceux qui y croient. Ce ne peut-être l'Evangile tel que le prêche Calvin, puisque Rabelais se sépare de lui sur le dogme principal, le péché originel.
Rabelais craint pourtant d'avoir été trop explicite frère Je^yi va opérer une diversion :
— Que pensez- vous donc que signifie cette énigme? demande-t-il à Gargantua.
— Le décours et maintien de la vérité divine.
Le «décoursi>, c'est-à-dire le développement, le progrès.
Ici Rabelais continue d'être obscur à dessein, mais il n'est pas impénétrable ; il ne veut pas dire toute sa pensée, mais il s'arrange pour qu'on la devine.
Nous n'aurons pas besoin de chercher longtemps pour savoir ce qu'est, pour lui, hi vérité divine, la vérité qui vient de Dieu et à laquelle l'homme doit s'attacher.
Revenons un peu sur nos pas. Que fait-on dans