INFLUENCE DE RABELAIS
s'iustruisant par l'étude de l'utile, à apprécier le beau et le grand, l'art et la poésie. A certains égards même, Rabelais est plus complet, et les critiques qu'on a faites du système de Rousseau n'atteignent pas le sien.
Avant Coniéni, Rabelais avait montré à ne pas séparer le mot de l'objet étudié. Avant Pestalozzi il avait imaginé les travaux et les exercices sur les nombres, les récréations arithmétiques et géométriques, les jeux de combinaisons, comme moyen de développer l'intelligence. — Avant Ch. Fourier il avait tracé le plan d'une éducation attrayante, de l'étude par entraînement, les visites aux ateliers donnant l'exemple et inspirant à l'enfant l'envie, — aussitôt satisfaite — d'agir à son tour. — Avant Frœbel il avait rendu son élève créateur ; il nous l'avait montré fabriquant ses jouets, et utilisant son activité dans mille travaux à sa portée, et préludant ainsi à des travaux plus sérieux. — Avant Mme Pape- Carpantier, il avait imaginé les leçons de choses, les leçons données sur les objets mêmes, la description, l'histoire de tous les objets naturels ou fabriqués, que le hasard met successivement sous les yeux de l'enfant. Ces éminents pédagogues n'ont évidemment pas pris leurs inventions dans Rabelais. Chacun d'eux y est arrivé de son côté et par ses propres observations. Mais ce n'est pas un petit mérite au curé de Meudon d'avoir eu, longtemps avant eux, les idées où les ont conduits leurs méditations et les observations qu'ils ont faites sur le mode de développement des jeunes intelligences.
On reproche à la méthode de Rabelais son caractère individuel. La difficulté, dit-on, est de trouver un gouverneur qui possède cette science encyclopédique que Rabelais a donnée à son Ponocrates — et lors même qu'on le rencontrerait, il ne pourrait exercer sa double science des choses et de l'enseignement qu'en faveur d'un seul élève ou tout au plus d'un petit nombre d'élèves.
C'est là une erreur. La méthode n'a pas besoin d'être appliquée dans tous ses détails par un maître unique. Il suffit qu'il y ait une tête qui dirige l'ensemble de l'enseignement, et cet enseignement peut aussi bien être donné à un groupe d'élèves qu'à un individu. La seule condition, c'est que, pour chaque degré de développement , les élèves ne soient pas trop nombreux et tous de force à peu près égale. Mais il n'est nullement nécessaire que le maître qui accompagne les élèves dans leurs excursions botaniques, soit le même que leur enseigne la gymnastique ou l'astronomie — l'escrime où la versification française. Il suffit que tous les pédagogues soient imbus , pénétrés de la méthode et , sauf quelques restrictions , quelques modifications de détail , les idées de Rabelais sont aussi pleinement applicables à une réunion d'individus qu'à un seul individu, à l'éducation des jeunes filles qu'à l'instruction des jeunes garçons.
Les petits jardins, les petites constructions de Frœbel, les leçons de choses, les images de M",c Pape-Carpantier, le système établi par elle pour l'enseignement dans les salles d'asile, peuvent être considérés comme