‹ Rabelais et son uvreChapitre 151 sur 187 · ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

ARISTOPHANE

pris, beaucoup comparé ; il a pesé le pour et le contre des choses, mais il s'est attardé dans cette opération, et quaud il a fallu choisir, il s'est dit : Que saisje ? Que le si^^Ie d'or soit derrière lui ou devant lui, il ne s'en inquiète guère. Pourvu qu'il puisse causer à son aise au coin de son feu en hiver, dans son jardin en été, se délecter dans ses lectures , les digérer et se les approprier, pourvu qu'il puisse avoir un interlocuteur ou au besoiD un lecteur qui donne la réplique à sa causerie charmante, pittoresque, animée, nourrie de faits, c'est tout ce qu'il demande. Convertir le monde, c'est une lourde tâche ; lancer des idées nouvelles et tâcher de les faire prévaloir, à quoi bon ? Est-on bien sûr qu'elles soient meilleures que les autres ? On se bat autour de nous, catholiques et protestants s'égorgent , c'est de la folie ; tout ce que nous pouvons faire, c'est de leur répéter que toute doctrine, toute science est douteuse, qu'on peut trouver des raisons plausibles contre celles qui semblent les mieux établies. Montaigne répéta cela sur tant de tons , qu'on finit par le croire , la fatigue aidant. Il contribua à amener une transaction. C'est un service rendu par lui à ses contemporains. Mais sa vue est beaucoup plus restreinte que celle de Rabelais ; il parle comme lui de l'éducation et donne à ce sujet d'excellents conseils , mais il rapetisse l'horizon, il ne voit que son siècle- Rabelais voit au delà , bien au delà du siècle suivant, au delà du nôtre peut-être.

ni.

Parmi les auteurs de l'antiquité, Rabelais a lu surtout les collectionneurs de faits. Mais les écrivains auxquels sa pensée se reporte le plus souvent , nous ii 29*

avons déjà eu occasion de le dire, ceux qui ont le plus puissamment agi sur lui, sont Platon, Plutarque et Lucien.

Il cite moins souvent Aristophane, il ne l'allègue même que trois fois dans son livre. Mais les rapports entre ses conceptions et celles de l'auteur des Oiseaux ont frappé tous les yeux. Népomucène Lemercier, V. Hugo, Littré, et d'autres les ont signalés avec détails.

Chez l'un et chez l'autre, même fantaisie gigantesque, mêmes allégories, même genre de folies et d'allusions. Ils imaginent l'un et l'autre quelque construction étrange, et de là ils font pleuvoir, comme de ces machines de guerre d'autrefois , un feu roulant d'épigrammes et de malices sur tout ce qui les entoure, sur tout ce qui leur déplaît. Aristophane a son chœur de Grenouilles pour railler Euripide, son chœur de Nuées pour bafouer Socrate, comme Kabelais ses oiseaux chanteurs pour railler l'église romaine , son tribunal de Chats fourrés pour bafouer les juges prévaricateurs. L'un fait bâtir une ville en l'air par des oiseaux, l'autre nous présente une ville dont les habitants sont des lampes ; l'un personnifie le peuple d'Athènes sous les traits de l'imbécile Démos, l'autre le pédantisme routinier sous les traits de Janotus de Bragmardo ; les Guêpes de l'un font pendant aux Chicanous de l'autre ; Panurge délibérant sur son mariage rappelle Lisistrata délibérant sur le veuvage forcé imposé aux maris. L'un donne un corps à la Paix, à la Richesse, à la Pauvreté, l'autre nous fait voir Quintessence la précieuse, Quaresme-prenant l'étique, et Ouy-Dire tout composé de langues et d'oreilles. Même genre de railleries , mêmes scènes

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