‹ Rabelais et son uvreChapitre 169 sur 187 · RABELAIS DANS LE KOMAN · texte numérisé non relu

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va retrouver à Rome le cardinal du Bellay, qui arrangera l'affaire.

L'auteur a fait figurer sur le second plan quelques personnages qui figurent aussi dans la vie ou les écrits de Rabelais, mais on souffre de les voir habillés en caricatures. Rondelet, par exemple, qui, sous le nom de Rondibilis, parle si sagement, si pratiquement même, dans Pantagruel, est transformé en sale et puant collectionneur de poissons. Tiraqueau, le sage Tiraqueau, est un pédant qui passe tout son temps à commenter un demi-vers de Virgile, — et frère Jean est transformé en ivrogne constamment ivre , qui se fait entretenir par Guyonne et la vole à l'occasion. En outre, frère Jean nous est donné comme briffault, et attaché à un couvent d'hommes. Mais les briffaulx, Rabelais lui-même nous l'apprend, étaient attachés à des couvents de femmes pour lesquelles ils allaient quêter. Ajoutons que le langage des personnages est bien moins heureusement imité du XVIe siècle qu'on n'aurait eu le droit de l'attendre de M. Paul Lacroix. Les caractères d'ailleurs sont mal dessinés- Cette Guyonne, qui est au premier plan, aurait dû être mieux étudiée. Pour nous faire comprendre la fantaisie que Rabelais a de l'épouser, il aurait fallu montrer la sirène à l'œuvre, et expliquer comment le sage de cinquantedeux ans avait été pris dans les filets de cette Dalila. L'abbé Constant, qui a publié plus tard, sous le nom d'Eliphas Lévy, divers ouvrages sur le spiritisme et entre autres une Histoire de la magie, 1860, in 8*, et un Dogme et rituel de la haute magie, 1856, 2 v. in 8°, a fait paraître, en 1843, un petit roman intitulé Rabelais à la Basmette, dans lequel il repro-

duit assez fidèlement, non le Rabelais tel que nous pouvons l'imaginer d'après ses œuvres, mais le Rabelais de la légende.

Dans ces deux ouvrages, l'auteur de Pantagruel est touché avec un certain respect. Les auteurs dramatiques ne se sont pas toujours montrés aussi convenables. Dans le Quart d'heure de Rabelais, par exemple, vaudeville en un acte de Dieulafoi et Prévost d'Iray, où Ton nous présente Rabelais obligé de ruser pour payer son dîner, on fait parler et agir le grand écrivain comme un aventurier quelconque ou plutôt comme un commis voyageur. Il joue un rôle un peu plus convenable , mais secondaire dans Clément Marot , vaudeville d'Armand Gouffé et George Duval, joué la même année (1799). Dans un des couplets, on dit de l'ouvrage de Rabelais :

C'est un fort beau livre sans doute, A ce que dit plus d'un savant ; Mais tel le vante bien souvent, Qui, je crois, n'y voit goutte.

Tel était évidemment le cas de Dumersan quand il composa son Gargantua ou Rabelais en voyage, joué en 1S13. Ici encore il s'agit du fameux souper. Mais l'auteur n'a rien imaginé de mieux que d'introduire Rabelais dans un grand mannequin représentant Gargantua et de lui faire servir, par l'énorme bouche du géant, le dîner qu'il ne sait comment payer. Au reste le public, si nous en croyons les journaux du temps, trouva cette profanation de mauvais goût et siffla à outrance.

Après la révolution de juillet et sous le coup de

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cette révolution anti-cléricale, on représenta en 1831 au Palais- Royal une comédie-anecdote en un acte signée A. Leuven et Charles, intitulée: Rabelais ou le Presbytère de Meudon. Rabelais, dans cette pièce, est un vrai curé de Béranger, et nous le voyons jouer du violon pour faire danser ses paysans en parodiant une chanson bien connue du poète :

Je ne suis qu'un vieux bonhomme,

Gai pasteur de ce hameau, etc.

Il a pour vicaire un personnage hypocrite et ambitieux qui veut avoir sa place, et, dans ce but, l'accuse auprès du cardinal du Bellay, leur évêque, de nourrir une passion coupable à l'adresse d'une jeune fille recueillie au presbytère. Or cette jeune fille, Rabelais ne l'ignore pas, est le fruit d'un péché de jeunesse du cardinal, et quand celui-ci arrive mécontent et disposé à faire des reproches, Rabelais n'a qu'à lui raconter la vérité pour que l'affaire s'arrange. On la marie à un neveu du cardinal, dont elle est éprise, et le vicaire est envoyé curé à Surène, où il pourra se régaler du vin du crû, moins aigre que son caractère.

Cette bluette, qui ne manque pas d'esprit, porte sa date dans sa contexture. On ne l'aurait pas jouée sous la Restauration. Quelques années plus tard, elle aurait paru vieillie.

Passons aux personnages du roman. Nous avons indiqué l'essai assez malheureux de Dulaurens pour ressusciter frère Jean, moins malheureux toutefois que celui du bibliophile Jacob.

Les héros de Rabelais n'ont pas été plus favorisés au théâtre.

Les Anecdotes dramatiques nous apprennent qu'en 1654 Jacques Pousset, sieur de Montauban, fit jouer une comédie en trois actes intitulée, Pantagruel, imprimée la même année, et, en 1674, une comédie en cinq actes, les Aventures de Panurge, non imprimée.

Autreau, auquel on doit quelques comédies assez jolies, entre autres la Magie de V Amour, fit jouer en 1720 deux pièces en un acte intitulées, Tune Panurge à marier, l'autre Panurge marié dans les espaces imaginaires, qui figurent dans le premier volume des Œuvres de l'auteur.

Le petit opéra Panurge dans Vile des Lanternes (1785) eut beaucoup de succès, dans le temps, grâce à la musique de Grétry. Le héros n'a guère de commun que le nom avec le personnage de Rabelais. Panurge s'est marié en France, puis il a abandonné sa femme et s'est mis à voyager. Il arrive en Chine au moment de la fête des Lanternes. Sa femme, qui a été transportée là par des pirates, le reconnaît, et, après quelques scènes de coquetterie, se réconcilie avec lui. On attribue cette pièce à trois écrivains : les frères Parfaict, auteurs d'une savante Histoire du Théâtre français, le roi Louis XVIII, alors comte de Provence, et un certain Morel, qui l'a signée et qui l'aurait volée aux frères Parfaict. En la lisant on est tenté de dire avec le poète : Que je plains le voleur !

On a représenté en 1855 à l'Opéra un ballet en un acte intitulé Pantagruel, libretto de M. Trianon, musique de Labarre.

Les catalogues de pièces de théâtre mentionnent plusieurs ballets où figure la sibylle de Panzoust. L'un de ces ballets: Y Oracle de la sibylle de Pati-

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soust, imprimé en 1645, a été reproduit par M. Victor Foumel dans ses Contemporains de Molière, t. ii et par M. Paul Lacroix, dans ses Ballets et 3Iascarades de cour sous Henri IV et Louis XIII, t. vi. M. Paul Lacroix est tenté d'attribuer ce ballet à Molière, mais les raisons qu'il en donne sont loin d'être convaincantes- Bernier cite aussi un ballet du Mariage de Panurge.

On trouvera danss'le chapitre suivant l'analyse des Dialogues où Etienne Pasquier, Voltaire et Népomucène Lemercier ont donné la parole à Rabelais.

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