‹ Rabelais et son uvreChapitre 168 sur 187 · RABELAIS DANS LE KOMAN · texte numérisé non relu

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une sorte de divination. Nous ne citerons qu'une seule erreur de ce genre. Balzac aura trouvé le futur lairra, le conditionnel lairrait, qui sont employés encore aujourd'hui en divers patois. Il en a conclu à l'existence d'un verbe lairrer, qui n'a jamais existé, et il dit quelque part: «il a lairré> au passé indéfini ; il emploie il lairra, futur, dans le sens du passé défini laissa. Les formes lairra, lairrait ne proviennent pas de laisser, mais du verbe la'ier, usité au XIIe siècle, et qui a disparu devant laisser. Ch. Nodier n'aurait pas fait cette faute.

Nous venons de voir Balzac réussir très incomplètement dans sa tentative de ressusciter Rabelais. D'autres ont essayé cette résurrection avant et après lui; ils ont été plus malheureux encore. En général, ni Rabelais, ni ses personnages n'ont inspiré heureusement les romanciers ni les auteurs dramatiques.

Sous le Directoire, un romancier médiocre et fécond, Robert Lesuire, publia, en trois volumes in 18, les Confessions de Rabelais, de Marot, de Michel de Montaigne. Ces trois ouvrages, écrits d' un style prolixe , vulgaire et incorrect , moururent en naissant. L'auteur, dit De l'Aulnaye en parlant du premier de ces romans, «n'a pas eu le talent de saisir un seul trait du héros dont il avait entrepris de composer l'histoire. »

Le bibliophile Jacob ou, si on l'aime mieux, M. Paul Lacroix était mieux préparé. Lorsqu'il écrivit son roman : Une servante de Rabelais, il avait déjà publié deux éditions de l'écrivain qu'il voulait

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ressusciter. Rabelais dans ce livre parle un langage plus convenable. Il y a même çà et là, dans les conversations qu'on lui prête, des phrases extraites plus ou moins complètement de ses œuvres. Seulement le rôle qu'il y joue n'est pas digne de lui, bien qu'il soit moins inconvenant que celui que lui prête Lesuire. Au moment choisi par le romancier , Rabelais, qui a déjà publié les deux premiers livres de son roman, se trouve à Montpellier, professeur à la Faculté de médecine. On Ta envoyé auprès du chancelier Duprat accomplir la mission que nous connaissons. Avant son départ, il avait pris à son service une jeune fille charmante, belle de sa gaîté et séduisante de ses seize ans ; il était épris d'elle et. l'amour grandissant dans l'absence, il avait formé le projet de l'épouser, décidé si l'église lui refusait son consentement, à se rendre à Bâle et à se faire calviniste. Comme il a cinquante-deux ans, il hésite quelque peu et consulte, comme Panurge, un théologien , un jurisconsulte et un médecin. Il faut dire que pendant son absence la joyeuse Guyonne a lié connaissance , et connaissance intime avec tous ceux que Rabelais veut consulter, et quelques autres encore. Les réponses qu'on lui fait manquant de précision, il consulte uu fou qu'il a amené avec lui. Celui-ci lui conseille de faire le mort au moyen d'une drogue soporifique et de voir ce qui en adviendra. Rabelais suit le conseil , et Guyonne, comme la Belcolor de Musset, prise en flagrant délit, ou peu s'en faut, près du cercueil, est fustigée d'importance par ceux qu'elle a trompés. Quant à Rabelais qu'elle avait, par imprudence, compromis devant le tribunal inquisitorial, il s'enfuit et

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