RABELAIS A L'ÉTRANGER
Les œuvres de Rabelais ont un caractère telle-
ment français , ses idées semblent si bien jetées dans le moule de notre vieille langue , qu'il paraît difficile de les faire passer dans un idiome étranger. Le genre de plaisanterie familier à Rabelais, qui procède par allusions fines et à peine indiquées, qui, sous un mot, en laisse entendre un autre et vous fait penser souvent à tout autre chose qu'à ce qu'on vous dit, ne saurait passer facilement dans une langue étrangère, parce que les mots des langues se correspondent rarement dans toute l'étendue de leur signification, et que telle expression qui a un double sens, un primitif et l'autre figuré, dans une langue, n'en a le plus souvent qu'un dans la langue voisine. Pour un étranger, comprendre Rabelais, ce doit être déjà un travail assez pénible, et le traduire doit être presque impossible.
Les peuples du midi ne semblent pas y avoir pris goût. Les œuvres de Rabelais ont eu le sort du rGman du Benard. Très populaires chez les peuples de l'Europe moyenne, ni l'un ni l'autre de ces ouvrages n'ont passé les Alpes ni les Pyrénées. L'inquisition établie en Italie et en Espagne à partir du XVIe siècle , est pour beaucoup dans cette absence de communication. Plus tard lorsque les douanes pour la protection de la foi sont devenues moins sévères, on a traduit, on a imité des ouvrages plus au goût du jour, et Rabelais, déjà vieilli par le style et par les idées, est resté à peu près ignoré.
Mais les Anglais l'ont connu de bonne heure. Il y a des allusions à l'ouvrage de Rabelais dans Shakespeare et les autres comiques du temps. Une phrase d'As you like it s'y réfère positivement.
De 1592 à 1594, il parut à Londres deux livres