RABELAIS EN ANGLETERRE
sous ce titre: Gargantua, his prophétie et Thehistory of Gargantua. Une traduction du premier livre de Rabelais fut imprimée en 1035; la traduction complète parut deux ans après, en 1637, avec deux noms de traducteurs Urchard et Pierre Le Motteux.
Les traducteurs ont joint à leur édition des notes curieuses, qui ont été traduites et figurent dans plusieurs éditions françaises. Le Motteux a un système à lui sur l'interprétation historique de l'œuvre. Il veut absolument que les personnages soient des princes de la maison de Navarre, ancêtres de Henri IV.
La traduction de Le Motteux a été réimprimée cinq lois de 1635 à 1807.
Dunlop dans son History of fiction (1816) professe une grande admiration pour Rabelais- Hallam, dans son Introduction à Vhistoire de la littérature européenne , consacre un article à Rabelais, qu'il montre voisin de Lucien et beaucoup plus voisin d'Aristophane ; il reproche aux critiques français d'avoir été généralement injustes envers lui. Une crititique rigoureuse peut sans doute trouver à reprendre dans son œuvre, mais il y a peu de livres qui possèdent à un plus haut point le cachet de l'originalité et manifesteDt une plus abondante richesse, de langage toujours, d'imagination quelquefois. En somme, Hallam voit dans Rabelais une de plus belles figures de la Renaissance.
Les autres critiques anglais ne sont pas moins sympathiques à Rabelais. Walter Scott lui a consacré une notice dans sa Biographie des romanciers célèbres ; Coleridge lui a consacré un long article dans le Quart erly Revieiv (1837). M. Thomas Wright,
dans son Histoire de la caricature, donne une analyse détaillée de l'œuvre de Rabelais, etc.
Nous extrayons quelques lignes du livre de M. Wright :
Les ouvrages [de Rabelais] présentent une espèce d'orgie folle, sans beaucoup d'ordre ni de plan, sauf le cadre de l'histoire, cadre où se remarque un fonds extraordinaire de connaissances dans tous les genres de littérature, depuis la plus érudite jusqu'à la plus populaire ; le tout présenté avec une merveilleuse richesse de langage, une grande imagination, une certaine dose de poésie, et revêtant à chaque instant un cachet licencieux... C'est une caricature hardie, assez pauvre quant à l'intrigue, mais enrichie de détails, remplis d'images brillantes, quoique grossiers en général, et qui servent d'occasion pour tourner en ridicule tout ce qui existait '...
Une traduction de Rabelais en hollandais a été imprimée en 16S2, 2 v. in-8°. Le traducteur s'est déguisé sous le pseudonyme de Claudio Gallitalo.
Quant aux Allemands , ils ont eu dès le XVIe siècle une traduction du Gargantua seul, par Fischart. Le docteur Arnstsedt en parle longuement et reproduit dans l'appendice de son livre les chapitres de cette version qui se rapportent à l'éducation de Gargantua.
Une traduction des cinq livres par Sanders parut en 1785-87 à Hambourg. Elle forme trois volumes in- 8°; elle est loin d'être exacte, le traducteur paraphrase, supprime, substitue quelquefois ses inventions à celles de l'auteur. C'est une imitation et non une traduction.
1 Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans Vart, par Thomas Wright, trad. d'Octave Sachot, avec 238 gravures, grand in-8°, 1075.
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La version la plus fidèle et la meilleure de Rabelais est celle que Gottlob Régis a publiée en 1832 sous ce titre : Meister Franz Rabelais, der Arzeney Boctoren, Gargantua und Pantagruel, aus dem Franzôsischen verdeutscht, 2 vol. en trois parties. Beuchot, dans son article de la Biographie Universelle, dit que Rabelais est un de ces auteurs susceptibles d'avoir un commentaire plus ample que le texte. Le traducteur allemand a suivi ce conseil, il a ajouté beaucoup de notes à son livre , mais ces notes sont savantes et conçues dans un excellent esprit. Arnstaedt, dans l'appendice de son ouvrage, a placé la traduction de Régis à côté de celle de Fischart. Elle est beaucoup plus courte, parce que le traducteur du XVIe siècle a notablement modifié et paraphrasé son original.
Ajoutons que Gervinus dans sa «Geschichte der poetischen Nationalliteratur», 1838, Leipzig, 3 vol., a apprécié Rabelais avec une saine critique. L'article que Scherr a consacré à notre auteur dans son Histoire générale de la littérature est très étendu, et contient une appréciation tout à fait sympathique et élogieuse de ce «frère jumeau d'Aristophane.»
Toutes les Histoires de la littérature française publiées en allemand, en russe, etc. , contiennent des appréciations très bienveillantes de Rabelais.
Nous avons signalé l'appréciation peu favorable qui se trouve dans Y Histoire universelle de Cantù en italien. Nous ne sachons pas que Rabelais ait été l'objet d'une critique étendue en Espagne, ni en Italie.
Conclusion.
Résumons en quelques mots l'étude à laquelle nous venons de nous livrer et marquons nettement la place de Rabelais dans l'histoire de l'esprit humain.
Il y a eu en France au XVIe et au XVIIIe siècle deux mouvements intellectuels qui ne manquent pas d'analogie. Au XVIIIe siècle, à l'époque de critique personnifiée par Voltaire , succède une période organique personnifiée par Montesquieu et surtout par J.-J. Rousseau. Ces deux mouvements tendent en somme au même but et s'ajoutent.
Il n'en est pas de même à l'époque de Rabelais. Le XVIe siècle a aussi son double mouvement intellectuel : la Renaissance domine pendant la première moitié, la Réforme dans la seconde. Seulement les deux mouvements ne s'ajoutent pas. Tous deux étaient partis d'une même idée : la réaction contre le moyen âge, le retour à l'antiquité ; mais la Renaissance prenait tout de l'antiquité, elle cherchait à s'assimiler toute la civilisation de la Grèce et de Rome ; la Réforme ne prenait de l'antiquité que le développement chrétien, qui s'était posé en adversaire de cette civilisation, et elle se bornait à opposer à l'interprétation traditionnelle, l'interprétation individuelle de la Bible. Les deux mouvements, sympathiques au début, se séparèrent bientôt. Le plus restreint absorba le plus large, la Renaissance fut étouffée par la Réforme et par la réaction catholique qui la suivit. Les deux mouvements du XVIIIe siècle, ajoutés l'un à l'autre, ont abouti à la révolution française qui, après une période agitée et sanglante, a opéré une heureuse