‹ Rabelais et son uvreChapitre 29 sur 187 · RABELAIS ET COLIN D'HARLEVILLE · texte numérisé non relu

RABELAIS ET COLIN D'HARLEVILLE

J'en allais enrager tout bas?

Parle. '.-moi donc avec franchise.'

— Eh bien, ne vous mariez pas.

— J'en ai cependant grande envie, Mon amoureuse est si jolie !

C'est Babet, la fille à Thomas, Morgue ! je l'aime à la folie.

— Ah! ah! Mariez-vous, Colas.

Mais Colas a les mêmes appréhensions que Panurge :

— Oui, mais de ma femme peut-être Un grivois lorgnant les appas...

[Des maris trompés je fais cas].

Mais pour rien je ne voudrais l'être.

— Oh ! ne vous mariez donc pas.

C'est la phrase de Panurge: < J'aime bien les maris trompés, ils me semblent gens de bien et les hante volontiers; mais, pour mourir, je ne le voudrais être.»

Colas insiste. Il a froid dans son lit en hiver, il trouve que c'est triste de rester seul toute la nuit. — Mariez-vous, lui dit son ami.

— Mais si Babet de haut en bas Me traite et fait le diable à quatre, Moi qui n'aime pas les débats,

Je serai forcé de la battre.

— J'entends. Ne vous mariez pas.

-- Aussi quel plaisir quand on baise Deux ou trois marmots gros et gras De sa façon! . J'en mourrais d'aise.

— Allons, mariez-vous, Colas.

— Mais, si ma femme trop féconde En mettait dix ou douze au monde, Voici bien un autre embarras ?

— Peste ! ne vous mariez pas.

— Ecoutez donc, Lucas, j'espère Que, quand je serai vieux et las Ces enfants nourriront leur père.

40 LIVSE III. — I. LE MAEIAGE DE PANUKGE.

— C'est vrai. Mariez-vous, Colas.

— Mais la mort, qui frappe à toute heure, N'a qu'à me rendre veuf... hélas !

Compère, il faudra que j'en meure.

— Parbleu ! ne vous mariez pas.

C'est le dernier mot de Lucas. Colas se fâche contre le donneur d'avis, mais il en fait à sa tête :

Or ça, messieurs les avocats, A loisir discutez le cas, En attendant je me marie.

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