l'île des créateurs d'impôts ou des Apodeftes
Le cinquième livre ne parut complètement que dix ans après la mort de Rabelais; la première édition complète est même de 1564, c'est-à-dire postérieure de douze ans à cette mort.
Ce long retard à publier un ouvrage qui devait être vivement attendu , des défaillances dans l'exécution, diverses contradictions de détail, ont fait contester l'authenticité de ce livre ; certains éditeurs refusent même résolument d'y reconnaître l'œuvre de Rabelais.
AUTHENTICITÉ PU Ve LIVRE. 193
D'un examen attentif des objections formulées et de l'ouvrage lui-même, voici ce qui nous paraît résulter.
L'authenticité du cinquième livre ne peut être niée entièrement que par ceux qui se représentant Rabelais marchant au hasard, entassant les épisodes sur les épisodes sans un plan déterminé d'avance. Nous croyons avoir montré que ce plan existe, qu'il est très précis, que Rabelais le suit minutieusement et ne s'en écarte jamais. Jusqu'ici tous les incidents, ceux mêmes qui paraissent insignifiants au premier abord, rentrent dans ce plan, et se rattachent sans exception à la même donnée fondamentale.
Cette donnée fondamentale continue-t-elle à se développer dans le cinquième livre ? A mesure que nous avançons, nous rapprochons-nous de la conclusion ? Toute la question est Là. Si la conclusion est la conséquence des prémisses , la question est résolue ; Rabelais est l'auteur du cinquième livre, au moins pour le plan et pour l'idée.
Eh bien, nous tâcherons de démontrer que, entre les divers épisodes qui composent ce livre, il n'en est pas un qui ne soit le développement du plan primitivement tracé.
Les objections contre l'authenticité de cette partie de l'ouvrage portent, les unes sur la forme, les autres sur le fonds.
On relève dans ce livre un certain nombre de
plaisanteries fades. On prétend que d'une partie à
l'autre, Tanurge a perdu une notable portion de sa
finesse et de son esprit. Le fait est vrai, mais si
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cette objection était seule, elle ne suffirait pas à infirmer l'authenticité du livre. Dans les chapitres de l'ouvrage que personne ne conteste à Rabelais, toutes les plaisanteries ne sont pas bonnes, il s'en faut. Rien d'ailleurs n'empêche de supposer que la verve, le gaîté de l'auteur se sont refroidies en vieillissant. L'.histoire littéraire est pleine de faits de ce genre. Le Barbier de Sêvïlle, par exemple, et le Mariage de Figaro sont des comédies pétillantes d'esprit, des comédies où tous les mots portent. Relisez ces pièces, et puis relisez aussi leur suite: la Mère coupable. L'auteur est le même , les personnages sont les mêmes, mais quelle différence d'entrain dans le style ! comme l'esprit de Figaro s'est émoussé d'une œuvre à l'autre ! Si Beaumarchais en vieillissant a perdu sa verve et sa gaité, le même malheur aurait pu arriver à Rabelais sous le coup de la vieillesse et du chagrin qu'avait dû lui occasionner la nécessité de renoncer à des fonctions qui composaient son principal moyen d'existence.
On s'en prend aussi aux détails du style, faible ici , là entortillé , peu intelligible quelquefois , et trop chargé d'érudition. On pourrait répondre qu'à toutes les époques de sa carrière littéraire, Rabelais a abusé de l'érudition et s'est amusé à entortiller, à guillocher son style. La faiblesse cependant n'est jamais son défaut , et il y a dans le cinquième livre des pages évidemment très faibles, le prologue surtout.
La seconde objection, c'est que Rabelais, dans cette partie, est beaucoup plus agressif que dans les autres. Jusqu'ici il a ri, il a plaisanté, soit de certains points de la discipline de l'église romaine, soit de