‹ Rabelais et son uvreChapitre 83 sur 187 · DANDIN · texte numérisé non relu

DANDIN

Il est vrai que du Mans il en vient par douzaine.

Il serait trop long et il est superflu d'indiquer les passages de Dufresny, Boileau, Régnard et autres, où l'on s'égaie au sujet des faux témoins du Maine et de la Normandie.

LA VILLE DES [jÀNTEBNBS. 255

Après cette courte station au pays du mensonge, des traditions menteuses et de l'ennemi acharné de la vérité philosophique, nos voyageurs parviennent enfin au terme de leur voyage à la recherche du plus grand problème que puisse se poser la pensée humaine. Ils abordent au pays de la science, à l'île ou plutôt aux îles des Lanternes. En sortant du pays de Satin, on navigua quatre jours encore; puis un soir on aperçut certains petits feux volants, certaines lueurs, que l'auteur prit d'abord pour celles de poissons phosphorescents. A mesure que l'on approcha, elles se dessinèrent plus nettement, et l'on reconnut les phares et les lanternes du pays désiré.

Il y a, dans la manière dont Pantagruel et ses amis abordent dans le pays de la science, un souvenir très marqué d'un passage de Y Histoire véritable. Voici comment Luciea nous décrit son arrivée à Lychnopolis, la ville des lampes :

29. Nous voguons ensuite une nuit et un jour ; et , vers le soir , nous arrivons à Lychnopolis , après avoir dirigé notre course vers les régions inférieures. Cette ville située dans l'espace aérien qui s'étend entre les Hyades et les Pléiades , est un peu au-dessous du Zodiaque. Xous débarquons, et nous n'y trouvons pas d'hommes, mais des lampes, qui se promenaient sur le port et dans la place publique. Il y en avait de petites, apparemment la populace, et quelques-unes, les grands et les riches, brillantes et lumineuses. Elles avaient chacune leur maison, je veux dire leur lanterne, et chacune leur nom comme les hommes ; nous les entendions même parler. Loin de nous faire aucun mal, elles nous offrent l'hospitalité. Mais nous n'osons accepter, et personne de nous n'a le courage de souper et de passer la nuit avec elles. Le palais du roi est situé au milieu de la ville. Le prince y est assis toute la nuit, appelant chacune d'elles par son nom. Celle qui ne répond pas

est condamnée à mort pour avoir abandonné son poste. La mort, c'est d'être éteinte. Nous nous reudons au palais pour voir ce qui s'y passait, et nous entendons plusieurs lampes se justifiant et exposant les motifs pour lesquels elles arrivaient si tard. Je reconnus parmi ces lampes celle de notre maison : je lui demandai des nouvelles de ma famille, et elle satisfit à mes questions.

Les lampes de Lucien sont remplacées par des lanternes chez Rabelais, mais il donne à ce mot diverses significations. La lanterne est pour lui , suivant les occasions, un édifice, un phare, une lanterne, une personne.

Pantagruel retrouve , comme Lucien , diverses lanternes connues : la lanterne ou phare de La Rochelle , le phare de l'île de Pharos, à Alexandrie, la lanterne de Démosthènes, à Athènes. Près du port de Lanternois est un petit village habité par les Lychnobiens, peuples qui vivent de lanternes, c'est-à-dire d'études, de lumières, comme chez nous les briffaux vivent de nonnains-

Les briffaux avaient pour fonction de quêter en faveur de certains couvents de religieuses qui n'avaient pas un revenu suffisant ; ils vivaient de nonnains puisqu'ils étaient payés par elles.

Des Obéliscolychnies, une lanterne sur la tête, reçurent les voyageurs ; ils faisaient les fonctions de guides du port, et deux des plus qualifiés d'entre eux se chargèrent de conduire Pantagruel et ses compagnons chez la reine. Celle-ci les reçut avec beaucoup d'égards, et leur promit de leur fournir tout ce qui était nécessaire pour consulter l'oracle.

La ville de Lychnopolis n'était peuplée que de lampes; la cour de Lanternois n'était peuplée que de lanternes , et tous les personnages que nous allons ren-

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