‹ Rabelais et son uvreChapitre 92 sur 187 · La science rie Rabelais · texte numérisé non relu

La science rie Rabelais

m. éducation. — 18. L'éducation par les choses et l'éducation par les mots. —19. Les éducateurs du XVIe et du XVIIe siècle: Sturm, les Jésuites, Montaigne, Charron, Coméni, Port-Royal, Fénelon, Cl. Fleury, Rollin. — 20. VEntile de Rousseau. Robinson. — 21 et 22. Rabelais pédagogue apprécié par François Guizot. — 23. Id., par St-Marc Girardin, Ste-Beuve, A. Réville.— 24. Id., par Arnstœdt. — 25. Id., par Michelet. — 26. Influence de Rabelais sur J.-J. Rousseau, Coméni, Pestalozzi, Fourier, Frœbel, M-me PapeCarpantier. — 27. Application des idées pédagogiques de Rabelais.

Nous avons suivi Rabelais pas à pas dans le développement de son livre — et nous y avons noté deux parties tout à fait distinctes : l'une, œuvre de la jeunesse déjà mûre de Fauteur , marchant un peu au hasard , suivant les caprices de la fantaisie — et datée de Lyon; l'autre, produit de la maturité, de la vieillesse même de l'écrivain, non moins folle par les détails, mais plus ferme, plus

régulière, obéissant à un plan tracé d'avance dont Fauteur ne s'écarte plus — et datée de Paris ou de ses environs, St-Maur ou Meudou, incomplète à quelques égards , mais ayant toutefois son commencement, son milieu et sa fin. Arrivés à ce point, Arrêtons-nous sur la colline,

comme dit le poète des Méditations, et jetons un regard sur les idées qui circulent dans cette œuvre tpliffùe et quelque peu confuse.

Dans un article sur Chateaubriand, qui se trouve dans ses Nouveaux Lundis 1, Ste-Beuve pose une règle de critique souvent citée, en Angleterre surtout2, comme une autorité, lorsqu'il s'agit d'apprécier un auteur et un livre.

Tant qu'on ne s'est pas adressé sur un auteur un certain nombre de questions et qu'on n'y a pas répondu, on n'est pas .sur de le tenir tout entier, quand même ces questions sembleraient les plus étrangères à la nature de ses écrits : — Que pensait-il en religion ? — Comment était-il affecté du spectacle de la nature?— Comment se comportait-il sur l'article des femmes? sur l'article de l'argent ? — Etait-il riche ? étaù-il pauvre ? — Quel était son régime ? quelle était sa manière journalière de vivre ? etc. - Enfin, quel était son vice ou son faible ? Tout bomme en a un. Aucune des réponses à ces questions n'est indifférente pour juger l'auteur d'un livre , et le livre lui-même, si ce livre n'est pas un traité de géométrie pure , si c'est surtout un ouvrage littéraire , c'est-à-dire où il entre de tout.

Il est nombre de ces questions auxquelles il nous est impossible de répondre en ce qui concerne Rabelais. On n'était pas très-sensible de son temps au spectacle de la nature; sur plusieurs des points mentionnés, la légende a remplacé l'histoire. Mais il y

1 Nouveaux Lundis, III, p. 30. — 2 Quartcrly JReview, January 1876, article sur Swift, article sur Ste-Beuve.

a là aussi des questions sur lesquelles son livre nous permet de faire une réponse.

Examinons d'abord ce que Rabelais pensait de Dieu, de Pâme, de la religion; — quelles étaient ses idées en philosophie, en politique, en morale, en littérature.

Rabelais était à la fois audacieux et prudent ; il s'arrangeait de manière à faire comprendre sa pensée, mais il mettait souvent une sourdine à sa parole ; c'est convenu. Sous ce rapport on l'a quelquefois comparé à Voltaire, qui entremêlait ses plaisanteries irrévérencieuses de professions de foi d'une orthodoxie exagérée, — qui turlupinait la Bible et faisait construire une église catholique, - qui ne songeait qu'à «écraser l'infâme» — c'est-à-dire non pas l'intolérance, comme on l'a prétendu, mais le christianisme lui-même en tant que religion, — et qui communiait deux fois par-devant notaire. Tout le monde sait de quelles plaisanteries irréligieuses ses derniers ouvrages sont pour ainsi dire péuétrés, mais on y trouve aussi les déclarations les plus explicitement catholiques. Nous avons sous les yeux un petit livre imprimé en 1820 sous ce titre: Voltaire chrétien, où l'on a réuni une série de passages, assez développés, où l'auteur se déclare catholique sincère. Ces passages forment un volume de J44 pages et l'on aurait pu le grossir de moitié en glanant ça et là des phrases et des vers dans la collection des Œuvres complètes. Non-seulement Voltaire proclame ici l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme — il n'a jamais varié sur ces points — mais

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