CL. FLEURY Eï RABELAIS
Voilà tout. Eh bien , Rabelais ne s'est jamais permis, à l'endroit de ces dogmes , ni une attaque directe, ni même une allusion railleuse. Il n'a raillé que des points de discipline sur laquelle l'Eglise romaine autorise la libre discussion. Ce qu'il a blâmé, ce qu'il a attaqué, Ta été aussi par d'autres écrivains ecclésiastiques dont l'orthodoxie n'a jamais été mise en doute. Nous avons le choix entre ces écrivains. Nous n'en alléguerons qu'un seul.
Claude Fleury, le collaborateur de Bossuet dans l'éducation du Dauphin, l'auteur d'une Histoire ecclésiastique très savante et très curieuse dont il a publié 22 volumes, sans préjudice de ceux qui ont été publiés il y a une quarantaine d'années et qu'il avait préparés, — l'auteur de divers traités à l'usage de la jeunesse, qui n'ont pas cessé d'être employés dans l'emeignement religieux , Claude Fleury , disons-nous , est , au sujet des abus qui se sont introduits dans l'Eglise , en complet accord avec Rabelais — qu'il n'avait probablement pas lu — et nous retrouvons chez lui, sous la forme modérée, mais ferme qui le caractérise, la plupart des critiques que nous avons rencontrées chez le curé de Meudon.
Il y a trois points entre autres sur lesquels Rabelais revient constamment : les moines, les dévotions, la papauté.
Sur ces trois points, Claude Fleury est aussi sévère que Rabelais.
Il s'emporte à différentes reprises contre l'ignorance des moines, dans laquelle il voit la cause de
«l'incontinence des clercs, des pillages et des violences des laïques, de la simonie ou trafic des choses saintes de la part des uns et des autres. »
Qu'on ne prenne pas la défense de l'ignorance en disant que «cette simplicité conserve la vertu» L'ignorance n'est bonne à rien. C'est dans les siècles les plus ténébreux et chez les nations les plus grossières qu'on voit régner les vices les plus abominables.
Il ajoute qu'au moyen âge les fonctions des clercs étaient presque réduites à chanter des psaumes qu'ils n'entendaient pas , et a pratiquer les cérémonies extérieures. (Troisième Discours. Histoire ecclésiastique. Tome XIII.)
Cl. Fleury constate également la paresse des moines : « Les premiers moines travaillaient de leurs mains, et savaient si bien accorder l'austérité avec la santé qu'ils vivaient souvent cent ans.»
Le travail des mains ayant été méprisé et mis en oubli , «les religieux rentez se sont abandonnez la plupart à la paresse et à la crapule, surtout dans les pays froids. >
La création des ordres mendiants a beaucoup favorisé cette fainéantise. St François «avoit ordonné la travail à ses disciples, et ne leur permettant de mendier que comme dernière ressource. Dans son testament , il déclare qu'il veut formellement que tous les frères s'appliquent a quelque travail honnête.» Quatre ans après sa mort, on trouva cette prescription trop dure, et Ton abandonna le travail pour la mendicité oisive et vagabonde, avide et importune.
Dans les cousents on multiplia les psalmodies, les prières vocales ; il en résulta une grande perte de temps, d'un temps qui aurait pu être employé plus utilement. Les offices, généralement peu compris, chantés machinalement, étaient promptement expédiés ; on ne songeait qu'à en avoir plus tôt fini. Ne vaut-il pas mieux travailler que de prier ainsi ? (Huitième Discours, passim. H. eccl. T. XX.)
Ce sont, on le voit, les mêmes critiques que chez Eabelais.
Cl. Fleury ne condamne pas moins les dévotions,