RABELAIS ET LA RÉFORME
tin ! La passion de l'étude , que gênait la règle de "saint François, fut, pour Rabelais, comme elle l'avait été pour Érasme , la cause apparente de sa rupture avec le monachisme. En vérité, il n'eut jamais du moine que l'habit, car il était également rebelle aux entraînements mystiques et aux mortifications de l'ascétisme Q). L'abstinence lui était odieuse, et l'éternelle solitude de la vie monacale, et les pratiques de la dévotion liturgique, et les longues rêveries de la cellule, si douces aux moines du moyen âge (f). Le portrait de Quaresmeprenant n'est point flatteur : « Confalonnier des ichthyophages,... calcineur de cendres,... foifonnant en pardons, indulgences et ftations; home de bien, bon catholic et de grande dévotion. Il pleure les troys pars du jour. Jamais ne fe trouve aux nopces Q). » Il avait « le cœur, comme une cha-
Q) « Je ne fuis, dit Pantagruel, de Topinion de ceux qui, après longs et obftinez jeufnes cuydent plus avant entrer en contemplation des chofes celeftes. Souvenir affez vous peult comment Gargantua mon père... nous a fouvent did les efcriptz de ces hermites jeufneurs aultant eftre fades, jejunes et de mauvaife falive, comme eftoient leurs corps lorsqu'ils compofoient ; et difficil'e chofe eftre bons et ferains refter les efpritz, eftant le corps en inanition. » III, 13.
(2) Celîa continuata dulcescit, dit V Imitation,
fuble, le lens commun, comme un bourdon, l'imagination, comme un quarillonnement de cloches, les penfées, comme un vol d'eftourneaulx , la'volunté, comme troys noix en une efcuellc (') » . Le malheureux, plongé dans le vide de ses songes, « travailloit ne rien ne faifant; rien ne faifoit travaillant...; beuvoit par imagination. Se baignoit deflus les haulx clochers, fe feichoit dedans les eftangs et rivières... Rien ne craignoit que fon umbre Q. » Il y eut probablement une grande joie, parmi les disciples du pénitent d'Assise, le jour où ce loup s'enfuit de leur bercail.
Il sortit donc à trente-quatre ans de l'institut où s'était écoulée sa jeunesse, emportant en soi, avec le ressentiment de ses griefs contre les moines, l'hostilité sourde que l'ordre des Franciscains nourrissait contre Rome et la domination temporelle de la papauté. Deux groupes de la société religieuse s'ouvraient à lui, au sein desquels il pouvait abriter ce qui lui restait alors de christianisme, celui des mécontents et celui des révoltés , le parti de la réformation catholique de l'Église et celui de la Réforme.
Le premier de ces deux partis était aussi ancien