‹ Rabelais légisteChapitre 2 sur 5 · RESTES DE LA VENERABLE ANTIQUITE · texte numérisé non relu

RESTES DE LA VENERABLE ANTIQUITE

TESTAMENT DE L. CUSPIDIUS

Au nom de Dieu, très bon et très puissant, sans l'assentiment de qui rien ne peut être bien commencé ni heureusement terminé, Voici la disposition et expression des dernières volontés de Lucius Cuspidius,

en ce qu'il désire et arrête être fait après lui, si, contrairement à l'espoir des médecins, il succombait à cette maladie dont il ignore l'issue.

Déclarant vouloir tester en santé d'esprit, afin de quitter cette vie sans dommagepour les siens, ilfait les legs suivants: tout le mobilier domestique à Nonius, professeur de rhétorique à Appollonie, ou en cas de mort de celui-ci, à ses fils, P. et Cn. Cecilius. De plus, je laisse ce que me doit Q. Œmilius à son frère Œmilius et à ses enfants.

J'entends que les champs et fermes que j'ai de Lysius, ensemble la maison, appartiennent en toute sécurité à mes cousins germains, principalement à Lucius, parce qu'il porte mon nom et pour la vive reconnaissance qu'il m'a gardée de son séjour près de moi, comme il sied a un élève qui me tient lieu de fils. A mon oncle Atticus e donne

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la propriété que j'ai habitée à Tusculum, tenant du nord à la voie publique, du midi au temple de Jupiter Stator, du levant à Sextus Pomp (eius ou onius) et du couchant à Suillus Cincinnatus. Moyennant un talent à Philotimus, l'historien, et dix drachmes au grammairien Callinus, Hipparchus sera libéré de sa dette envers moi. Si je n'avais égard à la situation de Niceas qui m'a été fort utile pendant quelque temps et qui vient d'être très éprouvé dans ses ressources par le naufrage de son frère, j'exigerais la restitution immédiate de ce que son intendant m'a emprunté ; mais, comme il m'a paru que cela lui serait difficile, je veux que chaque année il subvienne à l'entretien de ma sœur de lait Dorphyla, qui a vieilli dans le célibat auprès de ma Sempronia, en qui je regrette, au point d'aspirer à la mort, la plus

rare des épouses pour la fidélité, la probité, le courage et les incroyables vertus. A la mort de la vieille, il sera quitte de toutes dettes et de toutes obligations par lui contractées. S'il arrive malheur à Lampridius avant que ses enfants soient à l'âge d'homme, le rhéteur Antiochus en prendra soin et recevra sur mes biens ce qui leur sera nécessaire afin qu'ils soient libéralement instruits et élevés.

J'aime et j'entoure d'une affection très vive le naturel des enfants que je crois destinés à de bons fruits. Toi, Antiochus, en raison de ton attachement pour moi, et pour Lampridius, attachement mutuel qui date de l'enfance, sois leur tuteur afin de ne rien perdre ni de leurs intelligences, ni de tes travaux. A mes amis, je lègue le jardin que j'ai acheté d'Herennius, la promenade et le palais de Nesto-

rius, tenant du nord aux frères Césars, du midi aux Gracques, de l'occident à la mer, de l'orient au Pô; ensemble ma bibliothèque littéraire aux savants Gallus, Fabius , Hirrus, ainsi qu'à tous les citoyens qui voudront y vaquer aux lettres et à l'éloquence, sous la condition toutefois de n'y rien changer, de n'en rien aliéner, et d'y demeurer dans l'indivision, comme dans un temple sacré, un Gymnase commun en possession et en jouissance. Les procureurs du Gymnase partageront mes propriétés d'Egine à usage de livres et d'huile pour la jeunesse studieuse et donneront un salaire convenable au rhéteur que mes cousins germains reconnaîtront le plus utile et le plus propre à diriger les classes. Qu'ils y consentent, eux et mes autres parents, pour l'honneur de mon nom. Qu'ils prennent bien garde

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surtout de recommander à leurs successeurs de conserver le lieu en Tétat et de le transmettre ainsi à la postérité in perpetuum.

C. Atteius et Sex. Capito auront soin de mon enterrement et de mes funérailles ; ils me feront un tombeau comme il leur paraîtra le mieux et régleront les cérémonies funèbres sans parcimonie comme sans prodigalité. Je suis convaincu, en effet, qu'ils s'ententendront non moins bien que moi à foire convenablement les choses et à n'y rien négliger. Quant à mes serviteurs, j'en décide de la sorte.

A Demetrius, je remets le prix de son rachat et lui donne cinq mines, ainsi que mon manteau et ma tunique, pour avoir été mon lecteur. A Taurus, qui m'a beaucoup et longtemps servi, je donne l'affranchissement et quatre talents, afin de pouvoir vivre honorablement. Si Dyo-

nisius, qui est à la chaîne, et Syrus le fugitif continuent à être les vauriens qu'ils sont, j'ordonne qu'on les vende, et qu'avec le produit de la vente on ouvre une rue conduisant aux jardins de l'Académie, on transforme le passage voisin en une voie publique, et nettoyé les voies publiques tout à l'entour. J'abandonne la servante Hermia, parce qu'elle boit : je voue à un esclavage perpétuel les esclaves Mcesus, pour vagabondage, Geta, pour mensonge, Davus et Maurus, pour médisance et rébellion continuelles, afin qu'ils tournent la meule en expiation de leurs fautes.

Reste à instituer un héritier digne de recueillir mes biens, et je sais que plus d'un les convoite. Si tu vivais, mon fils, si tu vivais encore (comme il l'eût fallu!) mon Laetus, je ne serais pas en peine et ne me tourmenterais pas à chercher l'héritier pré-

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féré d'un tel patrimoine, pour toi seul augmenté avec tant de soucis et d'angoisses, pour toi seul conservé avec tant de zèle, de vigilance et de parcimonie. Mais quelque fortune jalouse ou Dieu plutôt I me l'ayant ravi après me l'avoir donné, pour que tout meure avec moi, ma race et mes biens, ce serait une impiété de ne pas m'incliner devant l'arrêt d'en haut. Puisque j'ai les deux fils de mon frère Agathon et mes deux filles, il me faut choisir pour héritiers les uns et les autres, sous déduction des legs ci-dessus : en quoi cependant je dois a viser (ô tristesse !) à ne rien dccLlerqui paraisse moins honnête et moins convenable, moins juste et moins louable à ceux-ci qu'à celles-là. Que Titius et Cnéus, fils de Guspidius, soient donc mes héritiers : au meilleur serviteur de la chose publique, les maisons, champs, jardins, et plants d'oliviers, et toute

ce que je possédais à Scutari; au moins digne, les mille cent quatre-vingts arpents et plus que j'ai acquis l'an dernier à Colchinium.

Quant au reste de mes biens et gens, j'institue mes filles Fausta et Feliciana mes héritièresà raisonde trois quarts pour celle qui aura le plus d'enfants, et du quart pour l'autre.

Et je les substitue réciproquement les uns aux autres avec leurs enfants, mais par souche et non par tête. Je permets à mes filles de se marier chacune selon son choix et j'accorde mon consentement à l'époux choisi.

Je nomme mes exécuteurs testamentaires Silius Necessarius, C. Attilius, M. Capitolinus, qui m'ont porté la plus admirable désaffections et qui, de tous mes amis et parents, ont été les plus fidèles. Au nom d'une amitié qui date de l'école, au nom du grand auteur de toutes choses, je vous supplie de vous rap-

peler quelle confiance je mets en vous, et de remplir avec exactitude le mandat que je vous confie. Ils feront vraiment acte de piété amicale — et tous ceux aussi qui se sont intéressés à moi — en remplissant mes intentions avec soin, malgré leurs occupations et leur vieillesse relative.

En présence des témoins : Q. Martius, C. Septimius, P. Curio, L. Ancapito, M. Terentius, Julius Pansa, C. Sestius, qui ont signé pour leur signature valoir ce que de droit.

Moi-même, Cuspidius, ai écrit de ma main et scellé de mon anneau ce testament que j'ai fait également signer par les témoins. Et je veux que ces dernières volontés aient torce de testament; et, si par hasard il n'était pas juge tel, j'ordonne qu'il tienne lieu de toute autre dernière volonté et, comme telle, observée inviolable ment et jusqu'au bout

par tous mes héritiers et successeurs.

Adieu, vous qui me survivez, et rappelez-vous que vous êtes mortels.

A Rome, Calendes de mars. Cn.

Pompilius et L. Martius Consuls.

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