S RABELAIS
bon d'y jeter un coup d'œil, et de leur demander quelques renseignements sur les tendances morales de Rabelais et de son entourage. Ils nous ont, je crois, sur ce point, suffisamment édifiés.
Continuons donc notre examen des prouesses espoventables de Tarttagruel, et remarquons qu'à partir du UJe et plus encore du IVe livre, la sagesse de Pantagruel est devenue plus inaltérable ; pas une parole légère sur ses lèvres. A mesure qu'il s'éloignait de ses jeunes années, Rabelais faisait vieillir avec lui ses personnages. Hélas 1 les cheveux de Panurge lui-même avaient blanchi. Qu'ils étaient loin, en effet, ces soufHes de jeunesse, ces temps heureux où Taurore du jeune Pantagruel semblait se lever avec l'aurore du monde ! Le sage contemplateur les avait vus disparaître ces parfums d'une terre nouvelle apportés par Colomb, et ces joies de l'imprimerie naissante et de l'antiquité retrouvée, et du premier éveil des sciences...
Il y avait dans l'air, au temps où nous sommes, des pressentiments futièbres. Tous
ces bûchers, qu'était-ce, sinon les feux précurseurs de la Saînt-Barthélemy? Cependant, malgré les années, Panurge et frère Tean> de livre en livre, augmentent en folie et en fougue , on ne sait quel flot de révolte s'élève de leur âme... Toute parole sérieuse de Pantagruel est emportée par leurs bouffonneries quelquefois terribles.
ENDANT qu'il prépare la suite de son, Pantagruel, la rage des bigots, I leurs injures, leurs calomnies répétées, imprimées, prêchées publiquement, devinrent si violentes, que Rabelais finit par s*attrister. Il se voyait attaqué nonseulement par les moines, mais par tous ceux qui, pour défendre leurs doctrines, ne rougissaient pas de répandre le sang (ce sang, fruit des eftorts de la nature entière.) Calvin luimême dénonça Rabelais à la haine de ses sectateurs. Mais il n*y a que les adorateurs
des faux dieux» disait Rabelais, qm veuillent maintenir leur culte sur la ruine de ce qui est la vérité vivante. Ils brûlent le plus beau livre de Dieu, qui est l'homme, pour conserver leurs doctrines éphémères. Mais la doctrine des doctrines, la loi suprême, le verbe divin, a-t-il donc besoin d'eux et de leurs barbaries pour se maintenir étemel? Comme il lisait alors, plus que jamais, l'Écriture sainte, il aimait à s'arrêter sur ces paroles de Job : Numquid Deus inii^ vestro mendaciOy ut pro iîîo loqttamini dolosl — Numquid faciem ejus accipitisy et pro Deo judicare nitiminit (Dieu a-t-il besoin de votre mensonge, et que, pour le défendre, vous stytz recours à ces fraudes? — • Prétendez-vous suf^éer Dieu et jugera sa place?)
Cependant, Us {^os doctes, les plus grands personnages, foute la cour et François I«r luimême, se prononcèrent pour Rabelais. En reconnaissance de son bon y franc et hyài courage, les panugruélistes lui of&irent un flacon en or et argent ayant la fnrme d^im beau ei ample bréviaire.
UÉDEONy ÉCRIVAIN, CURÉ, PRIIOSOPHE. 21 1
Mjûs la Sorbonne ne riait pas ; elle représenta au roi que le IH* livre de Vtmtagrud était un livre plein dliéré^es. François I«r se le fit lire, l'a pp ro uva , en reconnut YutiUtêy et prit en horreur qudqius margeurs de serpents... Leur charité ardente eut recours à un autre moyen: ils inventèrent que Rabelais était l'auteur de livres infimes qui drculdent alors*
Sur-le-champ Rabelais, voulant s'expliquer, voulant remercier le roi et tous les pantagruélistes du royaume, publia par antidpation quelques chapitres du livre IV. Il les fit précéder d'une épttre au cardinal Odet et d'un long /î»%«^.
Sans vous m^toit U ccturfaîRi^ dit-il au cardinal, la caJumnie de certains canibaJes, misantropeSf agélastes (qui ne rient pas), avoit tant contre moy esté atroce et desraisonnie^ qtCeïïe avoit vaincu nui patiente^ a plus n^cstois délibéré éten eserire un iota.
Mais la défense que tant de nobles et grands personnages ont prise de son livre lui a rendu, dit-il, l'espérance et le courage. D'ailleurs
Pantagruel, dans cette tle, recoh de bonnes nouvelles de son père, ce qui Tencourage à continuer son voyage*
Ponçs il se remettent en marche vers f qraçle de Dive Bouteille. Ils parcourent, à travçr$ Içs mer9» des; îles inconnues, mystérieuses, £mtastiques; mai$ au imUeu de quelle tempête !
£^ qu'est-ce que cette tempête» sinon la tempête morale duXVI« ^êde? Tous les éléments se combattent, Tair devient opaque, Iç soleil a diq;>arn,le fanal du navire est êtmt. Autre lumière ne nous affaraissait que des t^n^àrei. Chacun pense à son âme» crie le pitotiç^ n'espérant aide que par n^rack des deux;*
Pantagruel levant les nmos au del ; «iSeir gnquir Dieu^ dit-^U, $auve-nQtt$» nous pén»sons. Nooi touteioiSi ad^nenna ««Ion nps^ affections, nuds ta sainte volonté soit faite t ii
Panurge, pour qui se fait le voyage, dans son eflroi» la raison troublée, veut qu'on arrête : hdsqm surgir ne pouvotti à kon p9rt^ mettons-nous à la raie je ne sais où. Plonge^ toutes vos ancres.
MÉDECIN, éCRIVAIK^ CURÉ, PHILOSOPHE. 21)
au contraire, prendre par le Nord ; ce qui leur fut d'un grand a\antage« car sans naufrage, sans danger, sans perte de leurs gens» en grande sérénité, «xceptè un jour près ht ville dos Màcréons, Us firent le voyage de rinde supérieure en moins de quatre mois, voyage que les portugais feraient à peitie ea trois ans, avec fâcheries et dangers innombrables.
Les void donc, après trois mois de navigation dans nie de Medamodii (lie de Nulle part) y où règne le roi Phildphane (ami des lumières). Ils arrivent juste au moment des grandes foires et y achètent plusieurs belles choses, eQtr*autres un tableau où-sont peintes les idées de Platon et les atomes d'Epicure^ puis trois jeunes licornes vivantes et un tarande, animal grand comme un jeune taureau, portant tète de cerf et qui change de-couleur suivant la variété des lieux où il paie et de^ meure, et reproduit la couleur des arbres, abrisseaux, fleurs, lieux, patis, rochers et généralement de toutes les choses qu*il approche.
ixxiir
ABELAis vivait à Sâlnt-Maur depui$ neuf ans> lorsque François I«r le ipr<:|tecteur des protecteur^, mourut.
Cette mort devais ètrç,. la fin. du -cardinal Du Bellay. Il fut remplacé auprès du nouveau roi, Henri JI, par le. cardinal de' Lorraine (plus connu sous le nom de cardi^nal de Guise). Momentanément il nésolut de quitter la France, de retonrner ù Rome.
Rabelais, quoique dans les bonnes grâces du cardinal de Guise^ jugea prudent de disparaître aussi, et pour la troisième fois il accouda* gna en Italie monseigneur Du Bellay.
Il n*est resté -de ce troisième voyage qu'un seul monument : c'est le récit des fêtes véritablement pantagruéliques que le cardinal donna à Rome pour célébrer la naissance du Dauphin de France; récit curieux, qui montre un certain côté des mœurs du temps. Maître François, dans ce récit, ne fut guère que le
secrétaire de Du Bellay : celui-ci le chargea de rédiger cette Sciomachie pour être envoyée au cardinal de Guise. C'était faire sa coqr en même temjxs au Guise, au roi et à madame de FaUntinoîs, laquelle put voir qu'il y avait eu dans ces fêtes une belle allégorie en son hon- . neur.
Malgré ces hommages à la nouvelle cour»
deux ans s'étaient écoulés, et Ton ne rappelait pas monseigneur Du Bellay de son -exU volontaire. Rabelais, espérant que peut-être il pourrait le servir auprès du ^cardinal de Guise, prend sa résolution, revient seul à Paris, se rend chez 'monseigneur de Guise, s'en £sdt aimer, négocie pour son ancien pfotçcteur^ obtient pour «on Pantagruel la protecsipn du rpi, et publie la an du IVe livre et, de nlus» un alnianach nouveau pour i($o. D'gvûtE revu ses chers, ses bienheureux papimani^, il semble que cela l'eût remis en verve, et ei| gaieté.
Jl montre maintenant nos voyageurs arrêtés dans Tile des Macréons, île tout encombrée de vieux temples ruiMà ^t de sépvlcm antiques.
2l8 RABELAIS
Ils traversent l'île Farouche, visitent le lamentable pays des Papefigues, assujettis, grugés, ruinés, minés, exterminés par les Papîmanes ; Tétat de misère où ils les trouvent leur fait horreur, ils n'osent qu'à grand'peine pénétrer dans leurs terres.
Partis de chez les Papefigues et poussés par un vent frds, ils abordent aux rivages prospères des beaux, des bons, des doux, des gras» des béats Papimanes :
Ogeosli^mux!
OlonMieus!
Us y voient Varchitypê étunpùp$\ ils y en-»
tendent les discours na!& du bcmhomme Homenaz, évèquc de papimanie ; ils y voient le livre dxs Décrétales, par la vertu desfueUés est Vor subtilement tiré de France en Rome,
A cette vue, une tempête d'éclats de rire st soulève parmi les pèlerins : c'est une avalanche d'exclamations, d'histoires, de propCMS... Ils parlent tous à la fois, Homenaz et Pantagruel, Panurgeet frère Jean, Ponocraie et Eudémon, Carpalim et Gymnaste, Rhixo-
tome et Épistémon. Épistémon, quoiqu'il en ait vu bien d'autres, quoiqu'il ait été mort, quoiqu'il ait vu l'enfer et tous les diables, gagne la colique de saisissement à cette cohue décrétaliarcale. Tous racontent pêle-mêle ce qu'ils savent des miracles advenus par les saintes Décrétales ; tous s'écrient ensemble sur leur puissance auriflue^ tous anathématisent et dévouent aux plus épouvantables supplices certains hérétiques dicrétalifugeSy âl" crétalicideSy pires que homicides ^ pires que parri» cidesy décrétalidones du diable,
A tant de ris et de cris les gorges s'altèrent : Beuvt{, mes amis, et que votre âme ne soit jamais troublée, même au spectacle de ces beaux Papîmanes emmortaisant la charpente du monde avec leurs Décrétales ; car, s'ils chevillent mal, l'univers, pour cela, ne s'écroulera pas: science et conscience nous montrent qu'il a pour base la volonté divine, et pour limites l'éternité.
Science et conscience, voilà les Décrétales de vérités, les seuls guides dont se doit servir l'homme, en s'appuyant sur ses frères, et
S20 KABEIAIS
chacun ayant en ce monde un ami : air, â bien sûrement et plaisammefît parfaire h chemin de la connaissance divine, deux choses sont nécessaires : guide de Dieu et compagnie d^Jjomme,
Science, conscience, amitié, Décrétales éternelles I Ensemble vous révélerez aux hommes la bonté et la majesté du Créateur.
Les anciens l'appelaient l'invisible, l'abscons,, le caché ; l'avenir Tappelera la lumière. . . Vous révélerez aux hommes qu*eux-mêmes ils sont bons et bénis de Dieu, et dignes de la liberté.
Telle est la loi, la foi, la consolation qu'apportent au monde les pantagruélistes.
Où manque la conscience iln y a que néant, et Je savoir des plus profonds docteurs ne serait que ténèbres sans cette lueur divine que porte en soi le plus simple homme. C'est elle qui inspire au pauvre bûcheron de ne réclamer que sa cognée de bois, et c'est elle qui porte les dieux à 1 en récompenser. En dehors d'elle, rien ne peut exister, tout tombe et périt ; il n'y a de vie, de durée, de fécondité qu'en elle. Moines, papes, rois, chattemites
et chats fourrés passeront ; ce ne sont que fantômes de rimagination et de la peur ; mais pas un iota ne sera efiEicé de l'universelle conscience. Tout y grandira au contraire, s'y développera et s*y éclairera davantage. Et avec eue croîtront l'amitié, l'harmonie entre les nations ; voilà où s'en va le monde (du^ eufU volmtem fatUy noUntem trahunt), Entendez^vous sa voix crier en toutes les langues : Sinite, viri impii^ çuotnefatcavocantabire?,,» O mes amis, ne travaillons que pour ùàxt briller de plus en plus cette lumière : poésie, arts, philosophie, n'ont pas^ d'autre but, car science sans conscience n*est que ruine de Vdme,
Cependant nos voyageurs, partis de ches les Papimànes, tendent leurs voiles à de nbdveaux soufflés : ils continuent en pleine sécurité, sur les flots, leur causerie étemelle, sans arriver encore au terme de leur voyage. Maî^ quels étranges pays parcouruis! que d'aventures merveilleuses ! quel enchevêtrement bizarre d'histoires réelles et fabuleuses, de détails scientifiques et des plus informes rêves! La raison, le délire, les deux côtés de l'âme
hii^^«»^j sembleaty trouver leur encydopéiJm» U y «vais aussi, pour les contemporains, éans les livres de Rabehds, un charme qui jSi*existe plus pour nous : la publication dis Cbronijues paaidgruili^put était pour eux le .}Oi|rBal longtemps attea^u» ardemment dévoré, où ils retrouvaient les événement^ ^eactiaordinaÎTes survenus dans l'intervalle d'^oe pubUcation à une autre. Les anecdotes vnnes abondent dans le Pantagruel '^ c'était ^our les contemporains une espèce d'eticy- «Ippé^ et de ironique universelle* Tou^ le nondiç, dans c& siècle de batailles» s'était ei^feteiitt d'un combat sanglant livré entre toutes, les pies et tous les geais du royaume réunis dans un Ueu où la tore était restée couverte de leurs cadavres. On voit encore le récit de cette bataille dans des écrivains sérieux, tels que Mézerai par exemple ; on le retrouve aussi daos Rabelais, mais admirable, mais embelU de Fépisode du viiwç oncle Frapin, et du barbier Bahuart,
Voici une autre rencontre encore de Mézerai et de Rabelais.
liëDECIN, éCRIVAXNy CURÉ, PHILOSOPHE. 22^
En 1533» lorsque commença la publication du Fantagrudy il régnait en Emope de- {mis quelque temps déjAnne ^dièresse siMif exemple. Rabelais donne presque enrîaxxt les détaik de cette sédheresse épouvanuMe; mats il n'en est pas moins, malgré ce tott joyeux, l'historien très ftdèfte de son temps;:
« Four eiDrtetidrefplel»0nient Mfetose 'k kison de son ttomS(d« Témktgriiây t om e s off ^ qui \x fut b£lié en baptême, ^fotfs fio tëfefe qu*eii i(^lle ismiiée fut séâieresée tantgrahde fSL tout le pays que passèrent tr cii t fc -' jfiafiiitfo » mns semaines, quatre joters, treiee heures, 4ei 'quelque peu davantage sans pltiié, vrtc chaieurde soleil si véhémente que toute la terre en était aride, et ne fut aujtemps de Hélye I^us échauffée que fut pour lors car il n'étak arbre sur terre qui eut ni feuille, ni fleur.
« Les herbes étaient sans verdure, les rivières taries, les fontaines à sec ; les pauvres poissons, délaissés de leurs propres éléments, vaguants et criants par la terre liorribkment; les oiseaux tombants de l'air parjftute de rosée ; lés loups, les renards, cerfs, sangliers»
daims, lièvres, connils (iapins) belettes, fouines, blaireaux, et autres bêtes Ton trouvait par les champs mortes la gueule baye.
« Au regard des hommes, c'était la grande pitié : vous les eussiez vus tirant la langue comme lièvres qui ont couru six heures. Pluâeurs se jetaient dedans les puits. Autres se mettaient au ventre d'une vache pour être à l'ombre, et les appelle Homère Alibantes.
c Toute la contrée était à l'ancre, c'était pitoyable cas de voir le travail des humains pour se guarantir de cette horrible altération; car il avait prou affaire de sauver Teau bénite par les églises, à ce que ne fC^ déconfite... »
Eh bien I ce qu'on avait pris pour fantaisie chez Rabelais n'est qu'une page d'histoire très exacte — la durée même de cette sécheresse n'est pas exagérée.: ils passèrent trente^ six mois sans pluie, c'est à dire trois ans. Le V* livre de Tantagrueï parut en is^33, il y avait en effet trois ans que l'eau manquait absolument — la sécheresse, suivant Mézeraî, avait commencé de se faire sentir dès 152&, mais elle n'était devenue tout à fait calami-
teuse qu'yen I53i> l'année de la comète; Elle se prolongea jusqu'en 1534 ; mais au moment où Rabdbiis publiait les premiers chapitres du Pantagruelf elle n'avait duré encore
que trente-six mois... notez cependant qu'il eut soin d'ajouter : « Et quelque peu davantage. » — L'histoire des Chiquanous dauhbés en la nuUson du seigneur de Basché n'est qu'un récit très véridique de ce qui s'était passé chez le duc de Bourgogne, Philippe le Bbn, adjoumé par un huissier le propre jour de Saint-André, grande fête de l'ordre de la Toison d'or.
I^ seigneur de Basché habitait, lui aussi, les environs de Chinon, près de Champigny sur les bords d'un ruisseau qui tout près de là se jette dans la Vède. C2pelque chose d'analogue à ce qui s'était passé chez Philippe le Bon put bien se renouveler chez le gentilhomme Tourangeau qui justement, était rendu célèbre par les noces dont il régalait la contrée chaque fois qu'il mariait un de ses enfants. On y rôtissait un bœuf tout entier et le ruisseau faisait tourner la broche. Ra-
3l6 KARKI.ATS
lis ne tnaiu)ius pas de iisdrQ l'élp^ du seigneur de Basché : « homme çouragçi», vertueoxy magnanime, chevalereux. » car U se trouve que son livre qui a l'air d'une critique universelle est au contraire Téloge de tout le monde. Tout ce qui mérite d'être loué Iç fut en eâet, par ce « gentil Rabelais ».
Nous retrouverions jusque dans le catalogue des livres de la bibliothèque Saint- Victor ce mélange du réel çt de la iantaisie. On voit par exemple dans Iç réjouissant catalogue un Ars bonnesU pettandi in societate, per M, Ortuinum ; l'auteur existait, sinon le livre. C'était un ennemi de ReuchUn: il ^'appelait Orthuinus Gratins (Hardoiu de Graçr) : il avait iait un livre intitulé fasçiculu^ rerum expetendarumy et il s'y qualiJ^e du titre de bonarum artium proj^sor, R^t>çlais traduisit cela tout de suite par^rj honrusU pettandi in socie^gU. D'ailleurs, il crut voir cela dans Iç pasci cu- Lus cxp^ândart^m.
Nous trouvons encore dans la bibliothèque fantastique : 'Bricot^ De differentiis sauparum, Bricot existait ; c'était aussi un ennemi de
MÉDEaN, ÉCRIVAIN, CURÉ, PHILOSOPHE. 227
Reuchlin. Bricdy en allemand, signifie ïnmlktt cuit. Aussi Rabelais lui attribue ce UvK : Pe difàrentiis souparum. Aussi eroy«£ que les contemporains lettrés savaient très bien à quelles sort^ d'écriu il itak fait alionmia dans ces titres de livres indiqués^par Rabek^ t
LeTehiondethéolcgiCf
te Moutardier tU pénitence^
Le Càbat des notaires^
TariareuSf de modo cacandi^
Les Fanfares de ^Hfime^
Lu Savate d^humiUtéf
Lfs Hannicrochements des confesseurs,
La CroquignolU des curis^
Lt$ Limettes de Romipetes,
La Trofiteroîle des indulgences.
Les oiises de vie monacale^
Le Umasson des rimasseurs,
La *Bed(mdaine des présidents.
Le Ramoneur d^astrologUi
Le Tirepet des apothicaires.
Qa^f VSk dQ9 lantero^ U reocpmre U Laniirue dM fyojt ; ç'^t^ 9wr^t qu'on ,nut
surnommé ainsi. Il y rencontre le grand et le petit luminaire des apothicaires et, en efifet, il y avait un livre célèbre intitulé : Luminare apoihecariorumy auquel avait été ajouté comme complément le Luminare minus.
Cela ressort parfaitement de notes curieuses et très détaillées d'une édition des œuvres de Rabelais, imprimée à Amsterdam, cher Henri Bordesius, en 1725.
Tout le mondé aussi avait reconnu Charles- Qjiint dans la fameuse histoire de Picrochole et de ses fouaders.... — H y a dans le Pati" tagrud plusieurs chapitres tout fait pour l'histoire. Ce qui enchantait les contemporains, c'est que le conte était brodé de telle façon sur l'histoire, qu'il devenait quasi impossible de distinguer l'un de l'autre. Les deux mondes Êmtastique et réel s'absôrbdent mutuellement d'un bout à l'autre du livre, qui devenait ainsi chose indéfinissable comme la >de même, un mélange de sublime et de burlesque que Ton ne peut point se retenir d'aimer, parce qu'on y sent, au fond, quelque chose d'inmiuable et d'étemel: Ifon espoir y gU,
n ne faut pas oublier combien le fantas-.
tique, l'obscur, tenaient de place alors dans les esprits ; ce âècle apparaissait comme un grand sortilège : la nuit du moyen âge allait .finir, des scintillations de lumière apparais* saient partout et donnaient à la création une lueur douteuse d*autant'plus ef&ayante alors que l'on ne savait pas encore ce que l'on voyait. Dans ce combat de la nuit et de la lumière, il se formait je ne saTs quelles bmbres soudaines qui, îfàcilement, étaxéili prises pour le mauvais Esprit. Luther^ aussi bien que Loypla, nous affirmé qu'il a vu le diable. «Le diable disait Michelet, était peint sur toutes les rétines. »'
Ambroise Paré, le père de la chirurgie française, ua des hommes les plus dévoués de ce siècle à L'affermissement de la science et dé la raison, n'ien croyait pas moins à la magie-, aux démons, aux plus épouvantables histoires, aux diables transformés en crapauds, chats-huants, corbeaux, boucs, ânes, chiens, chats,loups, taureaux, transformés en hommes et même en anges de lumière. La nuit, il les
330 KABUAIS
CDtoid hurl^, traix)sr d9$ch9iXK$, gercer tes enOints, feuilleter ses livres tx com p ter son frgent. Il parle de cbâleami souleva en l'air fu Ips démons et remis à l^ur pls^,.. Mais, 4 la même époque, Vu^çéa^ enseigr^it dis bien autres mystères!..,
riang les livres de «^"^^«^^ ks oins vantés gir lisait les métnes dioses que dans l'Apoca- ^pse. ^imagination, depuis dessiMes, avait entassé dans ces annales à^ rêve Ifs bêtes le^ pins &ntastiques: dragpns v(4anis> loup$- §arous, licornes, leucrotatçs, mantjchor^t catoplèbes, etc. Pline décrit des hommes saqs bouche qui ne parlent ni ne mangent; d'autre^ qui ont des oreilles si grandes qu'ils s'çn eaveloppent tout le corps comme d'un manteau, n rapporte qu'en de certains pays Içs jumeQts sont fécondées par le vent. Qjielques voyageurs prétendaient avoir vu dans Tîîe de Cimhtûon un arbre dont les feuilles en tpmbant se transfonnaient en aniipaux très agiles, qui sur-le-champ se mettaient à courir et ne ^e nourrissaient que d'air. Un autre arbre, pour jse garantir du froid, avait la faculté de se
raccourcir et de rentrer dans la terre ; les botanistes les plus célèbres au XVI* siècle vous racontaient sans broncher ces histoires.
Là sdemë iftaii alors dans un tel dédale 4|uedéjà^ trois sièdies auparavant, Roger Ba- ^ooiit ee précurseur de Cuvier (de l'a^âs de Cttvito iUiHaéme)^ avait émis le vœu qu'oh Mil^t téus icâ livrés afin que l'esprit humain^ 'é'Igiq^dss rêves du passé, pût entrer libre*ineiit dans une oboervatioa nouvelle de toutfc dAiBittâ:«v .'
' ViDilà».pQut le bîto comprendre, au miUeii -4cqtttllM somhr&i vVsions il faut replacer le ^9iiig!niticB»btlmy€uivukt le vœu M Ro- -Her SadoQ, f M^it éun» ua grand feu de foie toutes iés vieiUeries du ^ys de Oui-4irè>,
N a souvent parlé de robscénité du livre de Rabelais ; qu'on se rappelle , donc les mœurs de ce temps-là, et les conversations même des dames (bn les peut voir encore dans Brantôme, ain^ si que les occupations des gentilhommes dV lors) ; contentons-nous, sur ce point, d'une seule remarque : dans le temps même ob tous les esprits ét^ent pleins des œuvres de TArétin, lorsqu*on les trouvait, avec les gravures de Marc-Antoine, au chevet de tant de cardinaux eux-mêmes, Rabelais, qui, cependant, n'oubliait rien dans sa chronique, ne lui fit jamais l'honneur de le nommer. S'il ne nous était resté de ce siècle que le Panta» grueîy l'Arétin eût été à jamais eSucé de la mémoire des hommes.
Puisque, sans y songer, je me suis laissé aller à ces digressions sur la chronique pantagruélique, je veux dire encore ceci : qu'il est arrivé à Rabelais ce qui est arrivé à tous
ceux qui ont caché la sagesse sous des bouffonneries; des esprits grossiers n*ont pas craint de toucher à ses œuvres , de les interpoler.
C'est ainsi que, dans le V* livre du 'Pantagruel, qui n*en est pas moins le meilleur, je ne puis attribuer à Rabelais le tournoi de la Quinte.lX faut, si Ton veut éviter les langueurs et Tennui dans ce livre, passer tout de suite du chapitre àts chats fourrés au chapitre des frères Fredons.
En effet, ce V* livre, qui -fut publié après la mort de Rabelais, parut d*abord sans l'épisode de la Quinte ; ce ne fut que quelque temps après qu'un éditeur s'avisa de cette augmentation. Peut-être ces chapitres intercalés furent-ils à^s chapitres trouvés à Tétât de projet dans les papiers de maître François, dont la rédaction et la mise en ordre furent confiées à quelque écrivain du temps. On sent que dans ce long épisode le souffie manque ; ce n'est qu'un interminable procèsverbal sans invention, sans verve, sans génie.
Dans le chapitre sur les Fredons, au concontraire, on le retrouve tout entier. Les
Fredons ne parient que par monosyllabes mais le dialogue avec eux n'en est pas moins intéressant :
Panurge qui veut tout savoir, entrant au manoir des Fredons demande à Tun d'eux :
•— Frater Fredon, fredonnant, fredondiUe ave2-vous beaucoup de filles céans?
Le Fredon. Peu.
Panurge — combien au vraisont-dles?
Le Fredon — vingt. Panurge — combien en voudriec-voos?
Le Fredon — cent.
Mais voilà que chez les Fredons Epistemon !9é ràd à blâmer le carême sur quoi Panurge iiceotstànt le frater fredonnant lui demande :
-^ Qjie vous semble de celui-ci? n'est-il pas hérétique?
Lé Fredon — très.
Panurge — doit-il pas être brûlé?
Le Ffédon — doit.
Panurge — en quelle manière?
Le Fredon — vif.
Panurge — ôh êù a brûlé Uùt d'autres.
"*. .1' ^i^vm."
MÉDECIN, ÉCRIVAIN, CURÉ, FUiLOSOPHl 255
Le Fredon — tant,
Panurge — qui ^ent hérétiques.
Le Fredon — moins.
Panurge — encore en brûlera-t-on?
Le Fredon — maints.
Panurge — les faut-il tous brûler?
. Le Fredon — faut.
C'est bien Rabelais encore que nous re« trouvons dans la visite à l'Ile de Satin et dan9 le pays de Lantemois, seulement s'il eut publié lui-même ces chapitres, je me figure qu'il )es eut placés ailleurs, ou rattachés'd'une autre manière au voyage à Ttle Sonnante. Peut être le V« livre n'aurait-il pas été encore le flemier..Sans doute, l'arrivée au temple delà Pive est bijen la fin du livre ; mais, dans le plan qu'il s'était tracé, avant d'en arriver là jl pouv^t ajouter indéfiniment. Toutefois, ei| cas de mort, il écrivit d'avance cette 6fï te^ Umentaire de son Tantagruelf qui en est évidemment la partie la plus soignée de forme et Upl\i9 inspirée»
lES voyageurs pantagruélistes arrivent donc avec ce cinquième livre dans rilè Sonnante. Les voici au milieu de la population chantante des évégauts, caidingaux» abbégauts, moine*»^ gaux^ capucingauts. Ils sont promenés dans toute Tîle par j'évêque Editue ; il leur explique les mystères du pays et comment il n*est peuplé que par des oiseaux étrangers qui, faute de savoir ou vouloir rien faire, tii travailler en quelque honnête métier ni se soumettre à gens de bien se sont réfugiés en cette He, de même que ceux qui n'ont pa jouïr de leurs amours qui n'ont pu réussir dans leurs entreprises et sont désespérés, oii ceux qui ont commis quelque crime, que Ton cherche pour les punir ignominieusement, et qui ici trouvent asile, protection, abondance', indemnité, franchise et y deviennent gras et fleurissants
RABEIAIS 237
Cas monstreux ! il n*y a point de femelle^ en ce pays...
Enfin, après bien des difficultés, on leur montre le Papegaut.
— Il y a, par Dieu, de la piperie, friperie et riperie tant et ^us en ce manoir.
— Parlez bas, dit Editue, si une fois on vous entend ainsi blasphémer, vous êtes perdus, bonnes gens. Voyez-vous, dans sa cage, un bassin? il en sortira foudre^ tonnerre, éclairs,diables et tempêtes, par lesquels serez, en un moment, cent pieds sous terre abimés.
<— Mais, dit Pantagruel, faites-nous ici quelque peu chanter ce Pa{>egaut, afin que nous ôitendions son harmonie.
— Il ne ch^mte qu'à ses jours répondit JEdituej et ne mange qu'à ses heures.
. Us rencontrent ensuite un vieil, évégaut ronflant sous un arbre, accompagné de son souJBBegaut.Près de lui était une jolie abber gesse, laquelle joyeusement chantait et ils y prennent plaisir si grand ^'ils eussent désiré tous leurs membres en oreilles convertir pour ne rien perdre de son chant et n'être par rien distraits, afin d'y vaquer tout entier.
i3S KABELAIS
— Cette belle abbegesse dit Panui^ge, se rompt la tête à force de chanter, et ce froé vilain évégaut ronfle, pendant ce temps li.
Je le ferai bien tout à Theure chanter, de par le diable. -^ Alors il sonna une cloche suspendue au-dessus de sa cage ; mais tant plus il sonnait, tant plus ronflait Tévégaut.
— Pardieu I s'écria-t-il, vieille buse, - par autre moyen je vpus ferai chanter. -*- Alorf prit une grosse pierre, pour l'en frappor $ua milieu du corps. Hsàs Editue s'ôcria ;
— Homme de bien, fi:appe, feris, tua «t meurtris tous rois et princes du monde, en trahison, par venin ou autrement, quand tu voudras ; déniche des cieux les anges de tout auras pardon du Papegaut ; mais à ces sacrés oiseaux jamais ne tpuche, si tu aimca la vie de toi, de tes parents et amis, vivants ou trépassa; m6me ceux qvà par à*apsèi naîtraient d'eux en seraient i&jfortuoé« .
!▲ seconde |taitiç du IV* Uv«0 V0oaft de paraître et avsiil été, par Henril| , déclarée profitable, lorsque le car^ 'dinal de Guise et monseigneur Du Bellay, d*accord dans leur admirationi dans leur amitié poui* maître Françrâ» 1« nommèrent ensfemble curé de Meudon^
Rabelab accepta avec joie. Ce titre de cça^ (du latin curare, avoir soin) lui plaisait être** pondait bien à ses propres instincts. U était s) bien né ppur cela que ce titre, dis qu'il l'eu^ lui resta par-devant U po^éri^é, pfur-devan^ toutes les traditions populaires, qu^u*il ai^ été curé ibr; peu de t^mps (deux gQs seulement), et 4tt'il ait été, au contraire, lûnj;ues années professeur, médecin ^ seqrétiure d'am« Isiassiade. Mais la postérité presque jamais ne se trompe dans le point par où elle saisit un homme. D'ailleurs, le n^onde attend toujours le oiré de 1% Frgnce, et I^bekûs est resté le
type de ce magistrat national des âmes. Il s" été le premier prêtre d'en bas qui ait replacé les choses de Dieu dïms la liberté, dans Tes-^ prit de la France, qui ait été curé suivant le triple idéal de la conscience, de la patrie et ée lï vérité.
n venait, d'ailieurs, dans des conditions qui étaient celles que Tinstinct de tous les peuples demande à Téducateur religieux : il était âgé, il était éprouvé, connu ; il avait vaillamment combattu dans la grande mêlée de son siècle, il était en droit, maintenant, de demander quelques années de repos. Ajoutons qu'il pouvait être aussi, par sa science, le médecin des corps, le conseiller universeh Qyri n'aurait confié volontiers à un tel homme* l'éducation de sa famille? Car l'éducation, Finef&çable empreinte donnée à l'enfant ne vient pas de celui qui lui apprend à lire, mais de celui qui lui apprend le mieux la nature. C'est celui-là qu'on aime, car il satisfait les premiers, les plus* puissants besoins de l'esprit.
Rabekis comprit d'abord que ce titre de curé le devait élever au-dessus 4c toute polé«
miqne ; il cessa de rieapublier d'avantage de son Pantagruel,
li voulut npnrseulement que sa vie fut inigiQçente, maisepcore qu'elle apparut telle à ce' troupeau auquel il se croyait chargé d'enseigner d'abord q ue la vertu n'est pas une chînaèrei qu'on la peut voir en, ce monde. Il voulut, malgré son âge, malgré le besoin qu'il avait alors de tendres attentions, qu'aucune femme n'entrât dans son presbytère. Au dire même de ses ennemis,il s'acquittait scrupuleusement de tous ses devoirs. U prêchait, le dimanche; ses paroissiens assemblés, et faisait chaque îour la leçon aux petits enflants. Qjii n'eût . voulu l'entendre I qui n'eût voulu contempler sa majestueuse et sereine figure, lorsque, à Pâques par. exemple, entendant chanter autour de lui : Quetnadmodum desiderat cervus ad fontes aquaruiHy il repensait, en souriant,, à cette soif infinie de son Pantagruel!
Il apprenait, dit-on, le plain-chant à ses enfants de chœur ; il montrait â Ihre aux plus .pauvres, se plaisait à orner lui-même soa.
.église, le Ésdsait avec goût et n'y employait.
24S KABBLAIS
k plus souvent que des ficurs. Il Its avait, oa effet, toujours dmées ; elles av^ent été Tob^ jet de ses premiers triomphes à Montpellier^ elles lui rappellent les charmantes années passées à Legugé, et ses études sur la botanique. Quoi de plus simple qu'il aimât à s'emourer de ces fleurs bienfaisantes, destin nées par Nature à charmer et guérir? On accourait de Paris pour le voir, pour sln* struire avec lui et pour Fentendre non pas prêcher mais causer.
La tradition rapporte qu'aux jours de fête il fit quelquefois danser lui-même les jeunes gens de Meudon devant le presbytère ; c'est un vrai bonheur de croire à cette histoire :
elle répond à ce besoin que nous avons tous de sentir mieux notre fraternité par la pré*sence, au milieu de nous, d'un vieux consôller paternel c'est en cela qu'il était vraiment curé.
Dans ses heures de loisir, il se délecult à lire les Moraux àe Plutarque^ ks heaux êUh hgtus de Tîaton, mais surtout VÉvaftpU. Pui» il se rappelait toute sa vie passée : il avsk
MÉDECIN, ÉOUVMN, CUBÉ, PHILOSOPRE. 34]
pkrcoarn lu dt& les plus encbintcreSKSt Florence, Rome, Venise, etc., il ivoît connn les plus illustres et les plus puissants persa&< nages : savsn», poètes, c^itaines, ambassadeurs, rois, empereurs, papes; et cependant, chose étrange I ce qui lui revenait le plus souvent an cœur, ce n'étaient ni les rois, ni les papes, ni les vaillants hommes de guenc, ni les dtxrteurs illustres, ni les dtés glorieuses ; c'étaient les buveurs de Chinon, c'était le cabaret de son père. Telle est la force des souvenirs d'enfance 1 1l les avait vus i l'éveil de lui-même, et les avait enveloppés de son innoceni:e d'alors. D'ailleuis, ils avaient tous des &guressi cordiales,si franches, si joyeuses! Et puis, lorsqu'ils ninquaient.
il partait de leurs yeux une telle étincelle qu'il semblait, après soixante ans, an solitaire curé de Meudon, que ion Ime en était encore péa ért e. n lui semblait que son génie se f&t «Uomé tu choc, au Mtig de leurt verres; les prenkn, et pour toujoun, ils lui avaient téMi U boiué humaine. Aussi, dans la jttnsées sérietues <]iû l'occapaieot alon pour
244 " RABÈT.AIS ^
les derniers chapitres de son Tantagudy qu'il
ne voulait pas publier, mais qu'il voulait que Ton trouvât terminé après sa mort ; dans le temps même où nous le voyons trouver cette Sublime définition de Dieu, que Pascal lui a enlevée (sphère infinie étcnt h centre est partout et la circonférence nulle part), le mot sacramentel qu'il fait prononcer à la pontifie Bacbuc, quel est-il ? C'est la chère syllabe : Trino. Qiiand on songe à tout ce que signifie ce mot pour lui, on voit bien ce qu'il a pu entendre par là, c'est-à-dire : Aimez- vous, mes amis, soyez bons et rapprochez vos coeurs^ comme les buveurs de Chinon.TWw^/ Oh! s'il m'était permis de parler ici, non plus avec les seules pensées d'un homme du XVI« siècle, mais comme un homme du XIX"*, c'est-à-dire avec les espérances permises en ce temps-ci, je dirais que le mot fatidique, inscrit dans les « entrailles de la terre, non pour les individus
seulement, mais pour les nations, est aussi
le mdt'/rVM^. Puissent les peuplés, dans ua
rapprochement fraternel, le réaliser bientôt !-
Mais nous voici partis bien loin du presby-
■ml
tèi€ de Meudon. Retoumons-y; pourtant ne nous hâtons pas trop non plus, car nous n*y rentrerons que pour assister aux derniers moments de Rabelais.
On a aucun détail sur la maladie qui l'emporta ; on sait seulement qu'étant venu à Paris aux premiers jours d'avril 1553»
après deux ans de résidence à Meudon, il y mourut le 9 du même mois, dans la rue.- des Jardins, à Tâge de soixante et dix ans.
S'étant senti malade, n'aurait-il pas quitté, ne le pensant faire que pour quelques jours, sa solitude de Meudon, pour venir chercher des soins dans la famille de l'un de ses amis, de Tiraqueau, par exemple?
Qpoi qu'il en soit, le bruit de sa maladie, qui, sans doute, prit tout à coup un caraaère grave, se répandit bien vite, et il était à ses derniers moments et venait de recevoir Pextrême-onction, lorsqu'un domestique, assez niais, de monseigneur le cardinal Du Bellay, se vint informer de son état. Rabelais voulut lui parler lui-même : « Mon a];ni,lui dit-il, tu diias an noble cardinal dans quel eut tu me
vois ; que je suis prêt â partir pour la mtvîgxtion saprôme ; que l'aurai tout à l'heure I9 véritable mot de la Dive-Bouteilki dis-lui adieu de ma part, et qu'il continue d'étrf heureux en ce monde, et que, pour mcû, je vais quérir un grand peut-être. »
Le domestique crut que le grand pemt4tn était le diable d'enfer ; il fut épouvanté. Ce mourant qui, d'un regard terrible, dans son agonie, lui avait parlé de houUiUe^ c* était plus pour le pauvre garçon qu'il n'en pouvait oomr prendre. U courut dire au cardinal Du Bellay que M. le ciiré de Meudon était mort ivre.
Cependant Rabelais respirait encOre.H parlait, il souiiait à ceux qui Fentouraieat* Lorsqu'il sentit monter son dernier sou^i il dit ces paroles : Tire:^ U rideau, h comédie estfiniey et il rentra en paix dans lesdn de U vérité étemelle.
Ses funérailles se firent à Saint-Paul, d^ U manière la plus simple. Son corps fut déposé au pied d'un arbre que 'Ton montrait encore un siècle après, et que Molière et La Fontaine ont pu voir.
Qpant aux paroissiens de Meudon, ils voulurent, puisqu'ils ne le trouvaient plus au presbytère, avoir au moins son portrait sur la porte, ce qui eut lieu, et il y resta longtemps. Combien de bonnes gens, jusqu'à ce que la génération eût disparu, lui jetèrent, en passant, un regard de reconnaissance!...
Plusieurs vieillards, à Meudon, au temps de Henri IV, parlaient encore de lui avec respect. C'était là, non dans les livres, qu'il eût fallu chercher la vraie tradition sur son compte.
Un siècle après sa mort, le peuple de Paris disait encore, en proverbe : «Allez à Meudon demander conseil à M. le curé. »
Et vous qui lisez sa légende, si, dans des circonstances difficiles et tristes, vous vous sentiez abattus, si surtout vous sentiez faiblir en vous Tesprit de la France, moi aussi, je vous dirais, mes amis, de demander conseil à François Rabelais.
FIK.