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CHAPITRE XXXIII

Comment Pantagruel fut malade, et la façon comment il guéi'it.

Peu de temps après le bon Pantagruel tomba malade, et fut tant prins de l'estomach (280) qu'il ne povoit boire ni manger, et parce qu'un malbeur ne vient jamais seul, luiprint une pisse chaulde (281) qui le tourmenta plus que ne penseriez : mais ses médicins le se-

(280) L'estomac est l'organe principal de la digestion. Quand il est malade, on ne peut donc pas prendre des aliments.

(281) L'estomac, chez Pantagruel, n'était pas le seul organe enflammé : son urètre fut aussi pris par la phlogose. Nous appelons aujourd'hui cette maladie uriirile ou blennorrhagie. Nous préférons, pour notre part, le premier de ces termes, parce qu'il exprime bien la nature de l'affection. Du temps de Rabelais, comme de nos jours encore, on lui donnait le nom de chaude-piste ou piite-chaude, parce que les gens qui en sont atteints éprouvent, au moment du passage de l'urine dans le canal, une sensation de chaleur brûlante, non point à cause de la température de l'urine, mais par suite de l'état inflammatoire de la muqueuse. Le mode de traitement institué pour guérir Pantagruel est connu sous le nom de système émollient et antiphlogislique. Un spécialiste célèbre l'appelle la méthode du letsivage. Elle trouve encore quelques partisans entêtés, mais les trois quarts des médecins actuels savent guérir les chaude-pisses sans se croire obligés de les faire couler : entre leurs mains, le malade qui veut y mettre de la bonne volonté et qui suit le régime indiqué, n'a pas longtemps à pister son malheur.

Nous ne voulons pas clore ces considérations sur l'urélrile sans aire une remarque importante.

La chaude-pisse est à peine citée une fois par livre au cours de 1 œuvre de Rabelais, tandis que le nom de la vérole revient à tous les chapitres. Pourquoi? Nous croyons pouvoir répondie : parce que

PANTAGRUEL

coururent très-bien, et avecques force drogues lénitives et diurétiques le feirent pisser son malheur. Son urine tant estoit chaulde que depuis ce temps-là elle

l'auteur que nous commentons voyait dans l'urétrite et dans la syphilis deux maladies différentes, parce qu'il était dualitte.

Ce dualisme, aujourd'hui admis par tous, avait encore, il y a quelques années, des adversaires implacables. C'étaient des professeurs de celle école, qui est fière à juste titre d'avoir vu sur ses bancs le savant le plus spirituel du seizième siècle. Ils terrassèrent solennellement les dualistes Ricord, Langlebert, Lancereaui, etc., en la personne d'un candidat au doctorat, dont la thèse renfermait les horribles propositions que voici

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