‹ Rabelais médecin [electronic resource]Chapitre 76 sur 121 · PROLOGUE HE LAIITEUR · texte numérisé non relu

PROLOGUE HE LAIITEUR

bien cogneu par expérience infaillible le grand émolument et utilité qui venoit de ladicte chronique Gargantuine : car 11 en ha esté plus vendu par les imprimeurs en deux mois, qu'il ne sera achepté de Bibles en neufs ans. Voulant doncques (je vostre humble esclave) accroistre vos passe-temps d'avantage, vous offre de présent un aultre livre de mesme billon, sinon qu'il est peu plus équitable et digne de foi que n'estoit l'autre. Car ne croyez (si ne voulez errer à vostre escient!) que j'en parle comme les Juifs de la loi. Je ne suis né en telle planète, et ne m'advint onques en mentir, ou asseurer chose qui ne fust véritable. J'en parle comme un gaillard onocrotale , voire , dis-je, crotenotaire des martyrs amants , et croquenotaire d'amours : j'en parle comme saint Jean de l'Apocalypse, qiiod vidimus teslamur. C'est des horribles faicts et prouesses de Pantagruel, lequel j'ai servi à gages dès ce que je fus hors de page jusques à présent, que par son congé je m'en suis venu visiter mon pays de vache, et sçavoir si en vie estoit parent mien aulcun. Pourtant, affm que je face fin à ce prologue, tout ainsi comme je me donne à cent mille panerées de beaulx diables, corps et âme, tripes et boyaulx ("*) . en cas que j'en mente en toute l'histoire d'un seul mot, pareillement, le feu sainct Antoine vous arde (169), mau de terre (169 A) , bous bire , le lanci (169 B) ,

(*) Nous nous conleiitons de marquer de ce sigre les passages ou les termes rappelant la médecine, quand nous jugerons qu'il est inutile de les commenter.

(169) Feu saint Antoine. V. notes 62, C8 et 107. En 153o, Clément Marot écrivait :

« Que du grief feu de sainct Antoine Soilars le cardinal Le Moyne. »

(169 a) Le mau de terre c'est l'épilepsie, mal qui fait tomber par terre. Cette maladie porte encore ce nom en Provence.

(169 b) Le lanci c'est la foudre. A, ce passage : « Que le lanci vous esclate !» de la nouvelle lxv' de Bonuventure Despériers, le bibliophile Jacob, si exact d'ordinaire, a mis celte note ;

« Lunci pour esquinancie ; en espagnol esquilencia, dont les Languedociens avaient fuit lanti. •

RABELAIS JlliDECiN.

le maulubec (169 C) vous trousse, la caquesangue (169 D) vous vienne, le mau fin feu de riqueraques (169 E), aussi menu que poil de vache, renforcé de vif argent, vous puissse entrer au fondement (*), et comme Sodome et Gomorrhe puissiez tomber en soulphre, en feu et en abysme, en cas que vous ne croyez fermement tout ce que je vous racompterai en ceste présente chronique.

Nous ne savons si du temps de Rabelais les Espagnols prononçaient les L comme les N, ou si l'orthographe a changé depuis, mais le mot espagnol des lexiques est ES^UliN ANCIA. A ce mot de lanci, dont esquiluHcia n'est certes pas le père, nous trouvons un air de parenté avec l'adjectif médical lancinani. On dit d'une douleur qu'elle est lancinante, lorsqu'elle est vive, aiguë, analogue è celle qu'occasionnerait un coup de lance.

Le lancy n'est pas une maladie, c'est la foudre. L'édition Yariontm accepte l'explication qui fait de ce mol un synonyme d'esquinancie ; c'est aussi l'opinion de Oudin et de Le Duchat. Ce dernier ajoute pourtant : Ce mot de tanci se dit de plusieurs mauvaises choses, même de la foudre !

— A la bonne heure.

(169 c) Maulttbcc. V. note 10.

(169 d) Caquesangue. V. note 60. Henri Estienne citant, dans son Apologie pour Hérodote, des jurons iialiens, mentionne celui-ci : 0 Vienne \aCaquesangue à l'inesse qui porta Jésus-Christ à Jérusalem.»

Au livre XVII de VHistoire macaroniqne de Merlin Coccaie, un personnage s'écrie : Que mille Caquesangues se puissent engendrer en ton ventre ! »

Et un aiure au livre x :

« La Caquesangue ne saurait me faire mourir. » La lecture des Cent nouvelU.s nouvelles nous apprend que la maladie appelée Caquesangue s'appelait quelquefois mal des broches. Dans la satire Ménippàe il est dit :

« Le Catholicon a guary le greffier SenauU de la Caquesangue. »

Antoine du Pinet, dans une traduction des œuvres de Dioscorides, publiée en 1572, écrit :

« Ceux à qui on a donné des canlharides jestent par le bas des raclures de boyaux ainsi qu'on voit ès dysenteries et Caquesangues . »

(169 e) Pour l'explication des mots rique raque ou rie et rac, nous renvoyons à Le Duchat, qui entre, à ce sujet, dans des détails tout à fait latins, le latin étant la langue qui, dans les mots, brave le plus l'honnêteté.

PANTAGRUEL

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