Rachel et la tragédie
TaJma « -ta 1 1 mort; la tragédie était morte avec ce ■ modèle de hardiesse , de naturel et de dignité! « pour parier comme ■ parié madame de Staôl. Cependant, la tragédie étant morte, le drame avait envahi le théâtre <■! le remplissaii de ses [dissions. « l • - ses larmes, de ses douleurs, si Corneille était absent, ri Racine < -i<> ■ t silencieux, si pas un bruit ne venait du côté de Crébillon, du coté de Voltaire, un grand poète, en ce moment du silence universel d<' l.i |KM*>ic ancienne) ii force de génie et d'inspiration, B'était emparé de oh Ames oisives, de ces esprits curieux . de cas imaginations obéissantes ii ses volontés. Memani, joué par mademoiselle Mars, confiante en ces étoiles nouvelles; Manon Delorme, un desgrands rôles de cette éloquente Don al; Huy-Blas, le chef-d'œuvre du grand comédien Prédérik Lemaitre, et tant de belles œuvres de longue haleine h si bien jouées, suffisaient a l'intérêt, à la curiosité, à rémotion de chaque soir, pendant nue M. Scribe, an plus charmants inventeurs oui aient amusé le siècle et la maison, la tille et la cour, la
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province et l'étranger, M. Scribe, le Walter Scott du théâtre européen, suffisait à la comédie, au vaudeville, au petit drame où brillait, oit pleurait, chaque soir, élégante el charmante, madame Volnys! Telles étaient nos fêtes! C'étaient la nos plaisirs, nous n'en demandions pas davantage. En ce temps -là vivaient el régnaient, par toutes les grâces de l'esprit et la toute-puissance de l'invention, M.Alexandre Dumas. M. Frédéric Soulié , M. Bayard. En ce tempslà régnait et vivait Balzac, maître absolu de toutes les imaginations d'alentour. Sans compter ce drame aux mille aspects, rempli de toutes les fièvres, de toutes les \ iolences, de toutes les agonies : Les Mystères de Paris! Eugène Sue... il est mort loin de sa pairie, el se rappelant les heures enivrées, délirantes, passagères, de sa domination.
Seulement dans l'interrègne, el comme, en ce moment de silence et d'oubli, nul ne pensait à se souvenir des grandes journées de la tragédie, il j avait, ça el là, clair-semés, quelques esprits, anciens comme leurs regrets, qui parlaient, a voix basse el d'une voix de fantôme, des tragédies, des tragédiennes et des tragédiens d'autrefois.
[ls disaient les noms, les visages , les manteaux, l'habitude et la déclamation de ces héros de l'âge d'or, méconnus dans notre Age de fer. Ils axaient entendu Lekain déclamer le rôle d'Oreste; ils entendaient encore cette voix puissante, ils revoyaient ce visage énergique :
Quoi! ne m'avez- vous pas Vous-même, ici, tantôt, ordonné son trépas?
Et rien que dans ces deux vers, ils trouvaient le sujet d'une dissertation infinie !
Ainsi les uns soutenaient (pie le comédien avait raison d'appuyer sur chaque circonstance, et pour ainsi dire sur chaque parole d'Hermione, amoureuse de Pyrrhus, et que Lekain faisait bien de parler comme un juge. — Au contraire, disaient les autres, Oreste ici n'est pas un juge, Oreste est un amant; sa parole n'est pas un réquisitoire, elle exprime une plainte, et Talma faisait bien de déclamer ces deux
Bl LA l il M. IDIB. 3 vers avec l'abattement de l;i douleur! Ui-d«ssus «1rs plainns, des parallèles, des oomparaiaone, des disputes bru fin ! Bref, c'était à petit bniil la grande êmotioo déclamatoire des rlassit/ur.% ri «1rs nnimiii l'jui-s . 1 |*heure on M. Arnault, M. de Jouj <•! M. Delrieu n'étaient pu tout 1 Ut morts; 1 r heure ou l'école aux aboie adressait ii S;i Maj«*stè l«" roi «le France une supplique en l'hooneoT
d'Artaz-ercès, «1rs Vénitiens, «!«■ Sylla. Le roi cependant pépondil
avec « 4'ttr ^nVi* exquise ri 1 «m te royale î — Qu'il n'avait pue qualité
pour dérider <lc ces grands déliais, qu'il avait OOOQme tout le monde
sii place nu parterre, et que c'était au a décida !
Bientôt même, a l'une <!•• [Kirler «le l'aiirirniir li.i-' <ln- rl «lr* îiii-
ciens tragédiens , lis obstinés de l'ancien riode avaient fini par a'en l»lu> rien dire... Ha h mouraient, ila étaient morte : us avaient perdu,
l'imr après l'autre, loutrs !<•«. hataillis qu'ils avaient li\iv«-v, et OH
batailles étaient autant de Waterloo. Il- étaient restée i<»m an plue une vingtaine pour admirer l«- Petiùtaa <!<• M. krnanli, «t pour saluer, d'un gémissement plaintif, la dernière rentrée et lr rrloui définitif de mademoiselle Duclusnois. morte en rileooa, 80 lOUtude, a la |>einede cet art qu'elle avait tant aimé, et qui - échappait comme une vaine poussière il«* ses doigts amaigris.
De la tragédie a ranrirnne marque, rt levait plus i'| <
raltrei le /untUt nYuJiM de M. Vndrieux est le deniier «vbanlillon «lotit m ois a\ons garde le souvenir. !>■ M. indlieUX, qui BUSail parfois des comédies |iour mademoiselle Mars, !<• Juniui BnUm était la première rl la dernière tragédie ; «-Ile était l'es|ieranoe Bt bl 00O10lation dr >a vieillesse; au moins a «vlui-la on nr |m»ii\ itit pa» appliquer OS joli ><t> «lonl «m avait fait une r-|N-« <• «lr pro>erbe :
M«mi lit» en 1 ln-Uiri»]!!*' .t l.nl «.< li.i • '!<••
M. AndÉrieua était on rhéteur de sortante et <li\ ans lorsqu'il tii représenter >a tragédie, au mois <!<• septembre 1880, profitant ainsi de la Liberté nouvelle, et triomphant de la maison de Bourbon, <|ni
avait eu peur, disait-il, de ce Junius /indus, comme si Brutus se fût appelé Royer-Collard !
Aussitôt donc que l'affiche eut annonce ce dernier des Romains, l'anxiété fut grande au camp de la tragédie. On s'abordait en grand mystère; on se félicitait de ce triomphe inespéré; on proclamait tout au moins que les beaux jours de VAgamemnon de M. Lemercier et de la Ch/temitestre de M. Soumet allaient revenir. Cette fois M. Andrieux avait concilié le Brutus de Voltaire avec le Brutus d'Alfieri; il avait mêlé l'un à l'autre, et secundum artem, d'après les proportions antiques et solennelles, Dcnys d'Halicarnasse , Plutarque et Tite-Live; il s'était souvenu de ce que le poète lui-même avait écrit dans le Temple du goût ■
Donnez pins d'intrigne à Brutus
Enfin, comme il voulait obéir aux exigences déjà impérieuses de l'école nouvelle et à'Hernani triomphant, il nous avait montré, non pas le sénat, mieux que le sénal. le forum; on criait : Aux armes! plus de Tarquins, plus de tyrans ! On portait le corps de Lucrèce
égorgée et violée et, ceci fait , nous arrivions péniblement à la
catastrophe inévitable, au meurtre définitif, au vieux Brutus disant, en assez mauvais français, les plaintes du Brutus italien :
Io sono
L'uom |)iù infeliee che si;i nato mai.
Et, chose étonnante! à ce douloureux spectacle, à cette tragédie écrite dans le geste et dans l'accent des plus anciennes tragédies, ce peuple enivré des batailles récentes resta froid, morne, immobile, et la tragédie, et Brutus, et la hache, et les faisceaux, les licteurs, la déclamation, le grand cri : Liberté! liberté! toutes ces belles choses furent à peine écoutées... Le public en était venu à ne plus se fâcher contre la tragédie... il la regardait sans la voir, il l'écoutait sans l'entendre; il était semblable à cet enfant que son précepteur avait
ET L A T R A < i K I ) I H. 5
ootidyit a Bajazet, et qui disait à son précepteur : « Pas d'ennui, pas d'amusement! » Poètes et comédiens , depuis que l'aima était mort enseveli dans son dernier triomphe, ils avaient l>euu redoubler de zèle et de déclamation, mil ne voulait plus ci ne savait plus leur prêter une oreUle attentive. C'en est hit, cette émotion naguère -i puissante qu'une seule tragédie était, pour le poète, une fortune,
IUM gloire, on ne savait [ilus qu'en l'aire a cette heure. An JOUT
indiqué pour la nouvelle tragédie, on arrive en B'excusanl de venir entendre... une bagatelle. On s'assied nonchalamment comme pour s'endormir. La toile se lève au milieu de l'indifférence publique, et l'on écoute à peine... on écoute l'ironie a la lèvre, et le regard ci et la. perdu dans un lointain sans limites.
D'abord le public s'étonne , comme s'il \ avait de quoi s'étonner, comme s'il ne s'attendait pas ;i trouver justement ce qu'on lui donne; puis de I domicilient stupide le voila qui passe a la brutalité sauvage du lion ipu vous tue d'un coup d'oncle, il la férocité câline du chat <|ui joue avec sa V ictime. On filil : Chut I < luit I pOUT mieux égorger celle malheureuse |x>ésie; ou veut qu'elle meure, et Burtoul qu'elle se sente mourir ! <■ Fais donc qu'il >e sente mourir! disait le tyran au bourreau. Autour de cette Composition malheiireuse el chargée, hélas! de tant d'esjMTances . autour de celle tragédie qui a coûté tant de veilles, il se l'ail soudain et tour .1 tour des tumultes a tout briser, des >ilcn<e> ,1 tout démolir. Ce public féroce qui écoule avec tant de sang-froid e\erce par B00 attention même la plus cruelle des vengeant es. premier acte |>asse hahi-
tuebemenl Bans trop d'encombre; par un raffinement de cruauté, on va même jusqu'à applaudir < poète malheureux qui commence
à espérer qucltpie avenir! Ix» second acte est reçu plu- froidement : en vain I auteur. Imcii a regret >;ni> doute, .1 consenti a taire des concessions au iront de >e> cher> contemporains, on ne lui lient compte ni de sa forêt, ni de >a caverne, ni de BOU hou ermite, en un mol. de celle COitleW Inrulr (un harhari>mc de 066 temps mule»)
qui avaii tant Bervi M. Casimir Delavigne quand il écrivait Louû Yi
cl Marino Faliero. Non, le parterre ;i été pris trop souvent à ces pièges romantiques pour s'y prendre encore une fois; sous le masque et sous l'habit du drame, il a bientôt reconnu la tragédie, et le voilà déjà qui murmure. Il s'agite, il s'impatiente, et comment veut-il donc, s'il n'y met pas quelque peu de patience et de lionne volonlé, que le poëte lui raconte celle étrange histoire?
En ce moment décisif (la grande moitié du second acte) une autre défection se fait sentir, et cette défection passe du parterre au théâtre; les comédiens, eux aussi, \eulenl a\oir leur part dans cette immense curée d une tragédie en cinq actes, et soit l'entraînement de l'exemple, soil la naïveté du théâtre qui veut cela, ces messieurs et ces dames, complices volontaires des cruautés de la salle, font ronfler comme à plaisir les vers malheureux qui entraînent avec eu\ quelque double sens auquel personne jusqu'à ce moment n'avail songé. Pourtant c'était au troisième acte qu'il fallait redoubler d'attention et d'indulgence; en ce moment l'action se noue, et par conséquent se remplit de nuages ; en ce moment le mystère s'épaissit pour briller, l'instant d'après, d'une clarté plus vive; dans l'œuvre dramatique, le troisième acte est de la plus haute importance : on peut manquer les deux premiers et se relever au troisième, puis du troisième acte au cinquième il n'y a qu'un pas. Mais allez donc, au milieu des interruptions, des injures, du silence moqueur, des ironies, expliquer vos combinaisons dramatiques ! Allez donc vous débattre, seul avec votre talent, contre de méchants sourds -qui ne veulent pas vous entendre!
Au quatrième acte, l'impatience redouble; l'auteur avait cependant disposé toutes choses pour que le public se reposât dans une inaction inattendue. C'est fêle au château de l'héroïne ou du héros tragique. Illumination splendide et fête plénière. Rien ne manque au costume, à la décoration, à la splendeur. Le moyen âge a été consulté dans ses débris, dans ses ruines, de l'armure au voile et de l'épée au chapelet. C'est superbe , et Cicéri n'a jamais inventé un plus beau château gothique, au milieu d'une forêt féodale...
ET LA THAliEME. 7 Hélas! hélas! rien n'x hit, et rien n'x saurai I fléchir 08 parterre
hostfle a la tragédie. Au beau milieu «I»* ces magnificences de la toile (M'iute et du velours, les murmurai augmentent, l'orage grandit, le parterre a peur que son martyr De lui échappe. Eh! l'étrange accident, il attend < 1 1 h ■ si proie loi -oit livrée. Triste hallali, c'est le siffle! qui le sonne, c'est l'ironie qui l'achève! La terrible aven tore, cette rage mal contenue d'uu seul contre tous, cette colère que [M'uveni soulever dans «les mânes inertes kea ueuvres les j »1 u> innocentes! (l'est tout a l'ait l'histoire «le l'affranchie en cette Hrtîre de Ju vénal. Hier encore, la l»clle affranchie « tait reine el maîtresse absolue en ce palais de marbre, orne des dé|H>uillefl d* Athènes, de ( Ai rt liage et de (lotinthe; son sourire étaH DO Ordre, et SOU moindre
désir devenait la loi inèi le cette maison. Voilà qu'aujourd'hui
un vil esclave : — > ( )te-toi d'ici, xa-t en. tu BOUS déplais! dit l*eS* clave a la lielle allranchie. et la malheureuse, ol>éissante a cet ordre, elle s'en va par la pluie et par le brouillard, cherchant une condition meilleure... Kl xoilà comment, de nos jours, axant la WOMM dfl la tragédienne qui allait tout -amer, tout éclairer, tout répara ■ tout ranimer, la tragédie axait disparu du Théâtre-Français, non | ficelles (riionneiir serait trop grand, la com|«irai><m serait trop hrillante) connue disparaît l'éclair dans le nuage, mais |*mi a |ieu.
lentement, et comme s'enfonce un manteau de che>alier. jeté dans le fossé du château. L'eau s'empare goutte a goutte de ce manteau (|ui montrait sa corde, el |n'U a immi rien ne surnage plus sur «-cite onde a peine ridée par le venl du soif.
Chaque fois i|ii une nouvelle tragédie aliordail l'ahii -t lomhait
dans I abiiue. il x avait, sur le hmd de ces fosses du silence et de la nuit, des aina leurs qui s'en prenaient au mauvais goût du public, ennemi des fantômes, et «pu s'écriaient que, si les OfÊÊt <'"<// cei h iienl la place aux /<</// dîtUûr , cel.nl d'abord parce que le-
hommea de la (évolution, de L8d0 manquaieoi d'intelligence i en
second lieu, parce (pie la tragédie, a celte heure, absolument manquai! d interprètes. Kl toujours Yniiuitriir déplorait la mort de
8 MADEMOISELLE liACHEL
Talma, la mort de Lekain ; cl toujours de m | >j )c*I<m- mademoiselle Clairon, mademoiselle Kaucourl et les grandes princesses du temps où la tragédie était vivante, où l'amateur était jeune et naturellement porte, par sa jeunesse même, à la pitié, à la terreur.
Même sans remonter plus haut que le commencement de ce siècle, ['amateur se rappelai! fort bien les tragédiennes qui l'avaient charmé, et dont la voix touchante resonnait encore à son oreille habituée aux bruits sonores des grandes passions. Ainsi l'amateur se souvient... comme on se souvient de ses premiers amours, de la belle, éloquente et superbe mademoiselle Desgarcins, de sa voix touchante, pleine d'accents, de larmes, de pitié, de douleur; l'amateur se rappelle aussi mademoiselle Sainval, si belle dans Y Emilie de Cinna, dans l'Ariane abandonnée, dans la Roxane de Bqjazet : elle était pleine de fierté, de vigueur, de mouvement; elle n'était jamais plus à l'aise qu'au milieu du choc terrible des passions contraires. Mon Dieu! disait l'amateur, si nous avions seulement madame Talma! .Madame Talma avait une voix charmante, et rien qu'à l'entendre pleurer on se prenait à pleurer.
Mademoiselle Yolnais excellait dans le rôle d'Agrippine. Rien n'était plus joli, disons-le, plus virginal et plus chaste que mademoiselle Bourgoin sous les voiles d'Iphigénie. En fait de jolies femmes, œil tendre, avenant sourire, limpide regard, taille élancée, jeune cœur qui bat au hasard , vous aviez mademoiselle Lange et mademoiselle Mézerai. Mademoiselle Lange jouait la comédie comme une rose sans épine; elle épousa un gros financier de ce temps-là, et elle disparut, emportée, ou plutôt empêtrée dans cette fortune. Mademoiselle Mézerai, au contraire, elle, resta fidèle au théâtre jusqu'à ce qu'elle fut obligée de disparaître! Hélas! l'amour avait troublé la raison de cette pauvre Sainval. Elle mourut folle, en plein désordre de sa fortune et de ses sens. Ah ! l'étrange accident, quand il tombe à l' improviste sur ces gens heureux qui vivent de l'esprit des autres, et qui n'ont pas d'autres soucis que d'y mêler un peu de leur esprit, de leur imagination et de leur cœur !
I T LA T H Mil. 1)11
Nous aviez auaa, vous dira l'amateur, mademoiselle Bon
Dupuïs, sa ire. intelligente, agréable el bien élevée! Kt ti(»us |ki--.dions madame Sain \ al I aine, un corp- H frêle, une Ame si i:rande. Quand ('Ht' 06 jouait pas la tragédie, madame Sainxal 96 cachait
sou- un aflreui voile noir qui la couvrait de la uMe aux pieds.
N ie austère et lugubre ! Pour celte femme, pas de joie. pas «le repos, pas un sourire, tant elle avait pn- au >neu\ KM rôle
d'impératrice qui persécute ou de reine persécutée! \ Il rencontrer
dans la rue on -e troublait, on firémiCBaît, 00 a\ail peur.
Dans les palais «les reines, froids palais, tristes demeurai qui tombent en ruines, eolonnes renversées, sceptres brises, trônes défoncés, nous a\ion> madame \e-tris. toute froide el toute lilanelie. parfois terrible, («et te feinine avait du feu dans les veux, et pa- de BBOg dans les veineB; on eût dit IIO iBOlome évoqué par les pîissions • le la terre. Mademoiselle KauCOUft, jeune encore et d'une beauté antique; elle était semblable à quelque statue hors de son piédestal. Bile jouait tous les grands râlas ; aile étail tour a tour i kgi ippine de
Hriluniiicii.s , la Cleopàlre de Hodogune, Sémil .mu- . la Jota-le
if Œdipe, la Fredegonde de Vucbeih, Athalic et Mcd«v. et tous n grands rôles que se partageaient mademoiselle (îeorp'sct mademoiselle Ducbeanoia, les iriompbantea. Ah î dîaail l'amateur, quel adunrable instant pour la tragédie! On n'avait [»as rem .mire de (tarions plus \i\es el plus ardentes, depuis les bataille- liomériqUBI D0K Bt contre le vieux (iliieL Ouel miracle éclatant de lieaute. de jeunesse et d'inspiration, mademoiselle Georges h Bâtas •m-! Quelle bérofeM éloquente el touchante, mademoiselle Dm <hesnoisl Que de larmes,
que de pitié] La belle foule attentive, et que BOUS étions loÙl dSi
barbarismes d'Hemant I
Madame l'aradol . mademoiselle l.exerd. ce bon Lefcttt, le dernier de- faunede el de- \clnlle . de- \lpliare- et <|e- /.iin-i . . des Gengîfl et des Pyrrhus, avaient aussi leur plac e dan- les souvenirs. dans les regrets de l'amah'ur. Kl toujours dans ces souvenirs. dans ces regrets, dan- ees déclamations, revenait ls grande
40 MADEMOISELLE U A Cil KL
parole et revenait la grande objection : la tradition! la tradition!
La tradition! voilà le mot par excellence, le mot sacré que les initiés aux mystères <le Tari dramatique ne doivent jamais prononcer qu'avec un respectueux effroi ; le seul mot qui explique le grand œuvre
de la société et de l'ho m considères, comme dirai! M . Cousin . dams
leur triplieité phénoménale. Humainement parlant, il n \ a de certain, en ce l»as monde, que ce que l'on ne discute pas ; et pour continuer sur le même ton, il n'j a point d'avenir pour ce qui n'a point de passé. Ces petites sentences lestes et tranchantes, qui visent tout droit à la profondeur et qui déguisent tant bien que mal, et dans tm Style un peu dur. la plus ancienne vérité connue, ou plutôt la seule vérité, à savoir : <jtC H d'i/ a rien de vrai, auront du moins cet avantage d'apprendre, sur-le-champ, au lecteur, de quoi il est question, et de le tenir en garde contre les aperçus du critique.
Cela nous sembled'une loyauté parfaite. Si donc. àr propos d'Horace et de Bajazet, vous attendez un commentaire sur la restauration de l'ancienne tragédie, de cette pompeuse et noble tragédie du grand siècle, vous êtes avertis de ne pas aller plus avant. Nous ne dissertons pas, nous ne dissertons plus; c'était bon. la dissertation, quand tout le passé de l'art dramatique était mort, quand tout son avenir était en doute; on s'occupait alors des moindres détails de ce grand art qui fut, dans tous les siècles, la \ ive passion, la sérieuse attention, le vrai plaisir du genre humain. Tout comptait alors, l'habit, l'armure, le sceptre et l'éventail. Aux temps dont je parle, il y avait toute une armée et tout un peuple pour ou contre la tragédie. On accusait le drame , on protégeait le drame; les voix les plus animées, les plumes les plus éloquentes, et tout ce qui se fait écouter de la foule intelligente, avaient grand souci de ces questions, éteintes de nos jours et que nous ne verrons pas renaître. Outre la haine extraordinaire que ce peuple nouveau portait à la tragédie, on tenait compte au drame moderne d'avoir quitté les hauteurs de l'épopée, et ses Aristotes le félicitaient hautement de savoir marcher dans la rue et se présenter dans un salon .
ET LA TRAGÉDIE, il
On lui faisait fôte de savoir causer avec un aimable abandon des
jolis petite riens que rejetait I - ■ tragédie On le félicitai! d'être!
avec tant de verve h dam mi ton gj nouveau, le Mis. le frère* l'ami,
le cousin de (ont le monde — On le complimentait d'avoir laissé le manteau, le cothurne, le sceptiv, la main de justice, pour se promener en | m >t i t s souliers, 60 gflel jaune et en cravache, ou luen en bottes feuilletées, en redingote trouée el en ehapeau crasseux.
Bon, disaient le> novateurs, \oila la tragédie, enfin, oui sait comme
on dîne de bon appétit, comme on boit de lu m mu. m m pas dans lu 0DUBS, mais d;ins un \erre a boire, et comme on > 'inquiète a 010001
delà pluie et du beau temps Or. ces nouveaux venus |>oéles, ,-\
ces nouveaux venus sjx'ctateurs . étaient |>arfailciucnl d.ui* leur droit lorsqu'ils disaient, lorsqu'ils démontraient «pie le draine moderne e>i l'expression de la société.
Bn eftet, pour peu que la demande soit bienséante avec l'action dramatique, le drame VA dire au premier venu: Comment \ous mrtez-vous 1 II met en prose, il luel en vers, et en cinq les, lediscours de la Chambre dm députés, la polémique d«*s joui naux, lis circulaires des ministres, des procureurs t;encrau\ et des commissaires de |H»lice ; il parle l'argot «les voleurs, des mendiants, des tilles publiques, avec une vérité et une facilité, une énergie, un accent, qui devaient plaire, et grandement, ;i la foule atU*ntivc et curieux'. \ la lin dune la langue vulgaire était trouvée, employée, acceptée; mous
Antoni disiiii Ircs-hicn , en \ile prose, les poétiques inspirations d'Oreste; le Richelieu de M. Victor II ui;o a |>arfaiteuient ivmplace les dissertations poétique* il propos des héros de la Fronde, quand chacun, dans ce théâtre animé de imites le* fissions du yr.uid Corneille, prenait parti pour M. de di renne ou |«»ur le prince de Gondé, pour le Masarhi ou pour le coadjateur.
C'était encore un de* méi ites du drame moderne applique a l'histoire (cl ce mérite* Jè semblait annoncer que la résurrection de la
tragédie était bien loin de bous) , il avait ahandonnné les anciens veetibules ouverts ■ tous les vents, les palais croulants, le* temples
et les colonnades impossibles, pour transporter sur la scène tout le système des portes et fenêtres, tous les ustensiles, tons les outils dont se servaient les héros de la chevalerie. 11 avait refait l'architecture ; il refaisait la politique et les lois du moyen âge, absolument comme la ville de Nîmes a réparé son cirque , en remplaçant le noir el gigantesque granit des Romains par de la pierre molle et blanche et de bon ciment. D'ailleurs, le drame historique moderne était, de sa nature, un grand artiste ; il avait toutes les passions, tous les vices, toutes les vanités de l'artiste; il en avait l'éloquence et l'accent même, et la couleur. Tantôt il est incrédule autant que Voltaire», et tantôt le vnlà, pris d'une irrésistible ardeur de religion, qui fabrique chaque jour une religion de sa façon; et puis, sa religion faite avec toutes les fantaisies, il se met à l'aimer, il se met à y croire, non point parce qu'elle est vraie, consolante, éternelle, mais parce qu'elle offre aux yeux les détails compliqués d'une amusante architecture ; parce qu'elle a bonne façon; et puis il en faut une. Le drame historique a trouvé cela tout seul ; il est enchanté de sa découverte.
Le jour où fut inauguré au Corps législatif le concordat de 1801, un savetier du coin disait au concierge de M. Portalis : « Le citoyen Portalis a prononcé aujourd'hui un fameux discours sur la religion ! et, vois-tu, il a raison, le citoyen Portalis. On a beau dire, il faut, une religion ; non pas pour toi ou pour moi, ou pour les honnêtes gens; mais il faut de la religion pour le peuple! » Le savetier du coin avait deviné le drame historique.
N'oubliez pas que les héros de ce drame savant et profond, superbement habillés en barons, en chevaliers, en gens d'armes, ou en hommes d'armes , si vous l'aimez mieux , parlaient absolument comme des professeurs de droit, de philosophie et d'esthét ique en l'an de grâce 1840. C'étaient de grands seigneurs terriens, des papes, des empereurs d'il y a mille ans, qui ont vu l'Assemblée des Notables, la prise de la Bastille, le Dix Août, la Convention, l'Empire, la Révolution de Juillet, et qui gouverneraient volontiers leurs États, grands ou petits, en politiques qui ont l'expérience du gouvernement
constitutionnel. Enfin, qu'auraient «lit ces fameux novateurs, à quelque savant leur eût démontré qu'il n'j avait, eu lin décompte, qu'un seul drame vannent historique, a savoir : le François II de M. I»' président llenaut, (|in portait de si belles manchettes, et qui a sain»' du feu le manuscrit de la Henriade? Il q'j a pas dans ce François II un seul mot qui ne soit de l'histoire; toutes les syllabes en sont authentiques, appuyées sur des témoignage! irrécusables.
(Ida pourrait s'imprimer comme le> \'i)i/tii/<:s tin ji-une Anachartii , avec un tas <lc textes français. Jamais on ne pou»a >i loin le
respect de la vérité et la recherche de l'ennui. Il n'en faudrait pas plus pour inspirer au public la plus profonde
horreur de cette vérité, calquée au eraxon. >ur l'hi -loire. Kl que leur
ini|)orie, ii ces lionnètes spectateurs, que \<>> héros «lu moyen âge, \<»> Grecs et \os Romains, aient bien et dûment pensé et dit ce qu'ils \iennenl débiter en alexandrins rimes.' Plus vous serez vrai, plus vous aurez de chances pour ennuyer \olre auditoire. Au contraire,
ce qui lui plaît, dans le drame historique, c'est d'abord votre lanterne
magique de costumes, de meubles, de [wysaires, de chausse-lrapes, de cavernes, de cabarets, de féeries et de balcons ; 08 qui l 'amuse, et beaucoup, c'est votre panoplie en carton, votre attirail de Cuisine et votre petit vocabulaire de jurons, juches a la limite dans les chro- Diques; enfin, ce qui l'intéresse au plus haut point, ce son! le-* idées,
le> passions, les senti ni> vrais ou fora (le faux plus que le vrai
de tous \os personnages; ce sont \<»» tirades iustoriques, <mi il n \ a pas un mot qui ne soit un fabuleux anachronisme.
Le drame lyrique et le drame épique des xxn el win Bédés n\ faisaient point tant de façon.». Il possédait quatre morceaux d<* toile
plus ou moins peinte, qui servaient de palais, de jardin, de forum.
Os quatre morceaux (le toile existaient de droit dix in. Ils servaient aux Hébreux, aux tirées, aux Romains, aux Chinois, aux chevaliers français; ils logeaient Auguste, Alexandre. Attila. TanCfède. Le lieu de la scène était toujours sur le théâtre. Les héros axaient |kmii comparses une nuée «le jeunes seigneurs entre deux xins. Oo se scr-
44 MADEMOISELLE RACI1EL
vait de chandelles à six sous la livre, pour représenter le soleil, la lune et les étoiles. En un mot, il y avait de la franchise dans la tragédie ainsi meublée et logée au hasard. Le spectateur était bien averti; on ne lui cachait pas qu'il venait là pour s'amuser et se distraire tout simplement à ces nobles jeux de l'intelligence. Le drame, au contraire, avait la prétention de l'instruire des choses du passé; il lui adressait des professeurs, des publicistes, des historiens systématiques de ce temps-ci, déguisés en chevaliers de la terre sainte. Pure hypocrisie, à laquelle on se laissait prendre, et très- volontiers.
Mais voici le revers de la médaille, voici qui détruit toutes ces charmantes illusions sur le réveil de la tragédie. Eh ! vous croyez que cette société vieillie, usée, et qui a passé par deux cents ans de drame héroïque, va rajeunir soudain, un beau matin, et retrouver cette fraîcheur d'idées, cette primeur de sensations qu'elle a perdues? Vous pensez donc qu'elle ira se plaire et s'émouvoir au théâtre , comme si le théâtre était d'hier, et qu'un drame, étincelant de génie, aura le droit d'être représenté tous les jours, jusqu'à latin des siècles? Autant vaudrait réciter en grec l 'A ntigone ou ['Œdipe-Roi.
Résignons-nous. La poésie éternelle est soumise aux aventures, aux accidents, aux retours soudains, aux oublis imprévus de toutes les productions de ce bas monde :
Où les plus belles choses Ont le pire destin.
Et puis la grande erreur en toutes ces recherches littéraires, c'est de croire au libre arbitre de la foule. Elle pense, elle agit, elle pleure, elle s'amuse par habitude, et par la grande raison que la foule, il y a cent ans, pleurait, se lamentait et se réjouissait aux mêmes passages. Vous riez ou vous pleurez aujourd'hui... pourquoi? Parce que vos pères vous ont transmis cette douleur ou cette joie en héritage? Il est vrai; mais l'héritage ira diminuant toujours; mais cette joie a son terme, et cette douleur fera place à quelque autre lamentation que vous-mêmes ou vos fils vous aurez trouvée. Ainsi s'en vont les chefs-
I l LA TRAGÉJDIB. M
(I <iMi\ re; heureusement que le génie les ins|iiiv et l'art (jin !<•> enfante m- sauraient mourir.
Dans ces débats entre Tari moderne et la tradition, entre la tragédie expirée et le drame au plus, beau moment de son triomphe, bu moment « I « * M. Vietor Hugo, dans l'ombre de Racine ri le silence de Corneille, il y eut un petit événement <|in ne lit rien praoeentir «neore ; et pourtant ce petit événement était mie grande revotalion.
Nous voulons reproduira in le premier bruit « 1« * mademoiselle Rachel a sou anrora. Elle était encore une enfant, une enfant ii peine vêtue et déjà Hère. Humble était son vêtement ; hautaine Hait son attitude. Klle échappait s l'enfance ; on I eût priée, .1 n démarche, .1 son sourira, ii sou regard ferme et vif, plutôt pour un jeune nomme, un jeune patricien romain oui n;i prendra la robe virile, que pour une princesse, et même une princesse de tragédie. Kn ce moment elle ('tait tout semblable à ce jeune esclave dont il est question dans les Déclamations du arammaineo Orbilius.
déjeune esclave, enfimt «les barbares, était conduit a Rome.dans une barque, et son propriétaire] pour échapper 8 rénorme impôt qui frappait les jeunes captifs, avail déguisé son esclave bous l'habit d'un
ingénu : il portait la toije éclatante et I «• huile d ur. Vinsi \êtu, les
hommes de ls douane romaine prirent ce bel enfimt pour le Bis d'un sénateur, et. loin d'exiger le tribut, ils saluèrent ce jeune patricien plutôt fait pour appartenir h la tribu des Camille ou des Fabius que pour être conduit au marché, les deux pieds blanchis a la craie.
Oui, mais il |>eine ce bel enfant eut touche le >o| de la grande cite, qu'il s'écria: «Je suis citoyen romain! Je suis venu iei comme un homme libre ; eux-mêmes ils m ont l'ait libre, les marchand- qui me
veulent, à cette heure, conduire au marche des esclaves! Romains,
voyez ma toge et voyez nia bulle d'or ! » Il disait mieux, que cela, il disait : « Romains, voyez mon front, voyez mes yeux, voyez ma beauté, voyez si je suis un enfant brave, intelligent, hardi, si ces mains vaillantes sont faites pour la chaîne, et si ces épaules sont faites pour le fouet. » Bref, il était si jeune, il était si beau, il parlait si bien, avec tant de grâce et de véhémence éloquente, que le magistrat déclara qu'il était libre. En effet, il se trouvait affranchi et libre par cet habit, par cette bulle, et par la fiction même qui l'avait introduit à Rome, en trompant les droits du fisc.
Ce fut le premier jour du mois de mai de l'an de grâce 1837 que, sur le théâtre même du Gymnase, le berceau de M. Scribe et de madame Volnys, fut annoncée au public, pour la première fois, mademoiselle Rachel Félix. Modeste était l'annonce , humble et cachée était la débutante; elle allait jouer un petit rôle dans un petit drame en deux actes, un de ces petits drames que le Gymnase a joué trois mille fois peut-être. Ils arrivent, ils partent, ils reviennent, ils s'en vont, enfants de la même famille et réservés au même oubli. Celui-là eût été oublié au bout de quinze jours... on en parlera jusqu'à la fin de l'art dramatique... un art qui n'a pas de commencement, qui n'aura pas de fin.
El pendant que les passants s'en allaient d'un pas calme audevant du printemps qui s'avance, il y avait dans cette salle à demi remplie, inattentive, indifférente et que rien n'avertissait du phénomène et de la révolution , deux ou trois spectateurs, plus habiles, ou peut-être un peu plus habitués que le reste de l'auditoire à prendre un parti dans les questions littéraires, qui contemplaient, non pas sans un certain mouvement voisin de la stupeur, cette étrange enfant tout d'une pièce, attentive, intelligente, émue, et cherchant sa voie et ses splendeurs à travers ces broussailles, ces ronces, ces chansons et ces couplets.
De cet accident, de cet événement, disons mieux, de ce miracle, une page est restée, et cette page, on la donne ici, telle qu'elle fut écrite, un jour après l'événement :
ET LA TRAGÉD1 B. 17
« D'une belle et touchante scène de la Prison d'Edimbourg M. Duport a fait un draine vendéen. C'est une action touchante et courageuse : une pauvre fille qui s'en vient seule. à pied et de si loin, jusqu'au palais du prince, afin d'implorer I « « grâce de sa sœur ou de son père. Il ne faut pas reprocher son plagiat à M. Pau] Duport; vous verrez tout a l'heure que, pour dérober à sir W aller Scott un de ses plus beaux drames, notre auteur avait ses raisons.
« Donc, le général Fresnault est envoyé, par le premier consul, pour pacifier la Vendée. Ce Fresnault e>( un assez bon homme; il ne veut pas la mort du Vendéen, mais cependant il est dévoué au premier consul. Un beau jour. Fresnault reçoit l'ordre de livrer immédiatement il un conseil de guerre un certain paysan vendéen nommé Thibaut. L'ordre fatal est apporte par un jeune et fringant capitaine, aide de camp du général Bonaparte et le cousin de sa femme, très -aimé et très- fêté a la Malmaison. Le jeune homme s'appelle Victor, c'était un nom trèfi a la mode BOUfl l'Empire. Mais, quelle terreur! Quand Victor apporte l'ordre de 90D général, qui est un arrêt de mort pour Thibaut, une pauvre jeune Mlle est là. dans un coin. pâle, hésitante et malheureuse, qui entend, non sans de cruelles douleurs, cet ordre fatal ! Cette jeune tille, c'est Geneviève, la propre fille du Vendéen condamne par celte volonté de fer. Ainsi, plus d'espoir, son père est perdu, son père va mourir!
« Vous devinez tout de suite que (ieuevieve est belle et touchante, et qu'elle a de grands \eu\ irrésistibles, pleins de feu. pleins de larmes et de muettes supplications, i Bah! dit Victor a la vue de celte enfant qui pleure, advienne que pourrai > Et D0UT donner
ii Geneviève le temps d'aller demander lit grftce de son père, \ ictor
jette au feu l'ordre du consul. Voilà, j'espere. un petit sous-lieutenant bien hardi.
« Au second acte, 'nous (tassons de celle cabane vendéenne dans les jardins de la Malmaison. Lit respire en tremblant celte aimable
Joséphine, le bon ange de Bonaparte. Madame Bonaparte est trèsmalheureuse, elle tremble, elle a peur. GeorgOS Cadoodal B reparu:
18 MADEMOISELLE KACIIEL
l'autre jour encore on a voulu enlever le premier consul, et le conduire à Londres sous bonne escorte. Ainsi les Vendéens ne sont pas les bienvenus à cette heure, et le moment est malheureux pour Victor, le jeune capitaine, et pour la petite Geneviève. Justement Victor, est de retour : il implore une audience de sa cousine ; Joséphine arrive , et elle reproche au capitaine toutes ses imprudences. Quoi donc, il a déchiré un ordre de Bonaparte! II a sauvé un ami de Georges Cadoudal ! « Fuyez , vous avez mérité d'être fusillé, Victor, fuyez! » Ainsi parle cette bonne et charmante femme, et comme les reproches de sa cousine lui paraissent pleins de prudence et de bon sens, voilà mon officier qui cherche, en effet, à se sauver. Mais il est arrêté, au même instant, par l'ordre du premier consul. Plus d'espoir!
« Arrive alors au château de la Malmaison la petite Geneviève la Vendéenne. Elle a marché bien longtemps, et quand enfin elle touche à son but, tout lui manque à la fois, son protecteur Viclor, l'espérance et le courage. Hélas! la pauvre enfant, réduite à ses propres forces, tombe à demi évanouie en un coin du salon de l'impératrice. Je dis Y impératrice , et je dis bien : car ce même jour le premier consul a résolu d'en finir avec le consulat à vie et de le troquer bel et bien contre une majesté royale, impériale, héréditaire, éternelle. Pendant que Joséphine, ainsi moulée au faîte des grandeurs, s'abandonne au premier enivrement de cette couronne qui devait lui coûter si cher, elle entend auprès d'elle cette douleur de seize ans qui retient ses sanglots à peine. L'impératrice retourne la tête, elle voit Geneviève à ses pieds, et alors commence entre ces deux femmes une scène touchante, moins touchante cependant que cette autre scène récente, qui s'est passée aux Tuileries, qu'on nous racontait l'autre jour, entre ces deux femmes, l'une si haut placée et l'autre si à plaindre, et que rapprochait ainsi la clémence royale. Grandes vertus, illustres courages, le courage et la vertu qui restent supérieurs aux fictions du drame, et même aux crimes de l'histoire.
« Enfin, si bien la petite Vendéenne a parlé, elle a parlé dans un
acoenl si sympathique et >i vrai, que l'empereur pardonne ii son capitaine Victor et au père de Geneviève; il veul que son règne commence par un acte de clémence, ci que ce beau joui- sans nuage appartienne tout entier a Joséphine.
« Ce petit drame est habilement conduit. L'empire el l;i Vendée, la république et la monarchie, tous les partis el toutes les puissances
y sont heureusement ménagés; il était impossible de se tirer avec plus de bonheur de difficultés plus nombreuses. Mais, en ceci,
l'auteur ne voulait pas seulement faire un drame : il voulait encore
produire un enfant nou\eau-nc dans le draine, une petite tille de quinze ans à peine, nommée Itachel. Cette enfant, grâce au ciel! n'est pas un phénomène ; elle ne fera jamais crier au prodige. Mademoiselle Rachel joue avec beaucoup d'Ame, de coeur, d'esprit,
et Ires-peu d'habileté; elle a naturellement le sentiment du drame
qu'on lui confie, et pour le comprendre, son intelligence lui suffit; elle n'a besoin des leçons et des conseils de personne. NUI effort, nulle exagération; point de cris . point de L-e>tes; au grande sobriété dans tous les mouvements de son corps et de Mm visage; lien (|ui ressemble à la coquetterie, au contraire, quelque chose de brusque el de hardi, de sauvage même dan- le geste, dans la démarche et dans le regard : voilà Rachel. Ceiie enfant , qui a
déjà la conscience de la vérité dans l'art. > habille avec mie scrupuleuse lidélité de costume; sa \oi\ e>l rauque et voilée comme la voi\ d'une enfant; ses mains sont rouges comme le> mains d'une enfant ; son pied BSt comme SB main, peu forme encore; elle n'est pas jolie, mais elle plait; en un mol. il \ B un grand avenir dans ce jeune talent, et déjà (voilà pour le présent) il J B beaucoup de
larmes, d'intérêt et d'émotion. »
Ceci était écrit, et nous le répétons mol pour mol. < >n s'OOOUpait
encore, en l'an de grâce !<So7. de ces questions d'art et de poésie. Une pièce nouvelle était presque un événement, une fillette a son début attirait soudain tous les regards. La presse écoutée et libre avait une grande autorité sur les àme> d'alentour, l e public était
un lecteur infatigable de toutes sortes de livres, la foule était patiente aux spectacles les plus divers. Et cependant le succès de cette enfant du miracle passa inaperçu dans les bruits, dans les romans, dans les conversations et les fêtes de chaque jour. Un petit drame en deux actes, sur le théâtre de M. Scribe, et qui n'était pas de M. Scribe ! On ne s'arrêtait pas pour si peu.
Si bien que la foule passa sans remarquer la Vendéenne, et même l'écrivain qui avait signalé cette merveille fut exposé à bien des railleries. « Vous avez donc fait, lui disait-on, une découverte? Vous avez donc retrouvé mademoiselle Contât, mademoiselle Duchesnois ou madame Perrin? » En même temps, chacun de rire. 11 faut avoir tenu cette baguette de fée guignonne et guignonnante, à savoir, la férule du feuilleton, pour savoir par quels liens inévitables le critique et le poète, le critique et le comédien, sont liés l'un à l'autre, et comment la chute ou le succès du premier rejaillit sur son juge. 0 la misère ! si le drame annoncé comme un chef-d'œuvre, et porté jusqu'aux nues, est soudain abandonné, oublié, méprisé. 0 la misère encore plus grande ! si l'œuvre que vous avez proclamée indigne, indigne absolument de voir le jour, soudain la foule enthousiaste s'y porte avec fureur, brisant sans respect vos jugements les plus vrais, les plus sincères et les mieux motivés. Cette fois, le feuilleton fut impuissant à imposer la petite Rachel aux amis du petit drame, aux amoureux de la petite comédie. Ils avaient, pour suffire à leur admiration, pour contenter leurs petits sentiments de tristesse, et pour amuser leurs joies passagères, ils avaient la comédienne et la tragédienne excellente en tout ce qui tient aux douleurs de la bourgeoise et du bourgeois, ils avaient, ces gens heureux, le plus joli enfant que M. Scribe ait mis au monde, aux plus beaux jours de sa vie, ils avaient mademoiselle Léontine Fay, ils avaient madame Volnys.
Ah! madame Volnys! Elle fut bien étonnée, à l'heure où, mademoiselle Rachel étant venue, madame Volnys comprit enfin qu'elle était détrônée et remplacée. Elle était la contemporaine des belles
années de ce siècle; elle avait quinze ans quand le siècle entrait à peine dans sa vingtième année. On l'avait vue enfant, souriante et chantant les plus jolis couplets qui allaient si bien a sa Ixmche enfantine. Nous-inènie. qui touchons ;iu vieil âge... Eh! oui, nous étions... l' AVENIR!... et nous courions dans la grande allée en jouant au cerceau, quand elle jouait à la poupée; nous étions au collège, livré aux études de l'adolescence, it l'instant oii elle était au théâtre, étudiant cet art difficile de la comédie qui ne s'étudie guère; puis, tout à coup, nous avons été délivré, nous du collège, elle du drame enfantin; nous sommes entre en même temps, nous dans la vie réelle, elle dans le drame sérieux ; le même JOUT nous avons été occupé, elle par M. Scribe et ses collaborateurs « nous par les très -illustres professeurs de l'École de droit. M M . Déniante et Ducmirrov .
Vous souvenez-vous comme nous l'avons vue grandir, l'aimable Bile? Bile a fait autant de pas dans la fictioD que Douseu avons fait dans la réalité. A mesure que nous prenions un rôle DOUVeau (huile inonde, elle créait un rôle nouveau >ur SOD théâtre. Knfant naïve, quand nous étions des enfants; espiègle petite fille, quand nous étions des écoliers; elle fut une grande et belle demoiselle le jour où nous fûmes des jeunes gens assez mal tournes. Puis, a dater de œ premier jour de la jeunesse, le chapitre des jeunes amours commença pour elle et pour nous : pour elle sur le ihéAlre. et |>our nous. Dieu sait dans quels chemins de traverse ! Klle ,i été tout ce que nous avons été, l'aimable et belle l.eonline. D'abord, nous avons habite la mansarde joyeuse, pauvres et gais étudiants qui rêvaient le bonheur et la renommée. Kn ce lemps-là, l.eonline au théâtre habitait aussi la joyeuse mansarde, entourée de jeunes artistes qui se reposaient à son ombre. Bientôt nous avons laissé la mansarde et la poésie et. descendus de quelques étages, nounous sommes mêles au monde bourgeois — l.éonline lit comme nous, elle quitta la mansarde, elle devint une jeune bourgeoise, de
jeune grisette qu'elle était.
Quelle décente grisette! Et quelle piquante bourgeoise elle a faite plus lard! Son tablier était d'abord un tablier en soie, uni et d'un beau noir; elle porta bientôt l'élégant tablier vert à dents de loup, remontant au corsage, et cachant à demi une belle robe en mousseline à fleurs bleues et roses ; elle était devenue alors une jeune demoiselle des grands faubourgs, une héritière, une comtesse en herbe, une duchesse en fleur.
Ainsi elle mena, tout comme nous, cette vie à demi poétique, ii demi réelle, qui remplace la première effervescence du jeune âge ! Elle était alors dans tout l'éclat de la jeunesse , et si belle , et si tendre, avec tant de charme et d'élégance! Elle avait pour nous le charme et l'intérêt même de nos vingt ans; il nous semblait que sa jeunesse appartenait à notre jeunesse, et que ses amours étaient nos amours. 0 Dieu! disions -nous en ce temps-là, voyant que Léontine était si jeune, et que nous aussi, nous étions joyeux, contents, vifs, alertes, sans souci du présent, sans inquiétude pour l'avenir, ô Dieu du printemps de la vie, ô dieux qui faites battre les jeunes cœurs, qui jetez vos rayons sur les jeunes fronts inspirés, qui avez fait de Victor Hugo un poète, et de Balzac un inventeur, vous le maître absolu de tant de beaux esprits à qui nous devons Antony , Marion Delorme, Hernani , le Vase étrusque, les Orientales, Eugénie Grandet, les Mémoires du Diable, Indiana, Yti lenliue, les Paroles il' un Croyant, Volupté, tant de poèmes, tant de romans, tant de chansons, vous qui avez donné à ce siècle, inestimable présent, la jeunesse de Lamartine et tes Méditations, la vieillesse de Chateaubriand et ses Mémoires , protégez et conservez Léontine Volnys; retardez, retardez, grands dieux, son âge mûr; faites que Léontine Volnys n'ait jamais cinquante ans!
Prière égoïste: prier pour elle, hélas! c'était prier pour nousmêmes. Elle était notre sœur, et ceux-là seulement qui vieillissent peuvent savoir à quel point l'esprit humain s'attache aux rêves, aux poèmes, aux contentements des premières années. C'est même ainsi, et seulement ainsi, que peuvent s'expliquer les regrets de tant de
BT LA TBAôÉDtB, ?»
vieillards oublieux de la femme aimée, oublieux même de l'enfoui qu ils oui perdu, et oui pourtant m- souviennent obstinément de h comédienne et du oomédieo qui plaisaient tant a leur jeunesse. Oh ! «lisent-ils avec un profond soupir, si vous aviez ni Fleuri, Moié, Dazincourt, mademoiselle Dumesnil! si vous aviez entendu mademoiselle Coulai! Si mademoiselle l)e\ iemie était apparues VOS V6UX charmés de sa jeunesse! Ah! ces beaux comédiens, ces éclatantes Célimènes^ ces chevaliers Dorante! El Lisette, et Marton, où sontelles? que sonl-ils de venus.» qu'a-t-on lait de ma comédie? Kl voilà comme ils se lamentent. En vain les rois [feu vont, en Nain ils reviennent; les trônes croulent, les sceptres se brisent; les plus grands hommes de la guerre et de la paix . la vieillesse <•! la mort les emportent, illustre et grande proie... Bh bien! dos vieillards
auront plutôt pleure le farceur qui les lai-ail rire. (|iie le ireneral
d'armée ou l'homme politique, leur rempart, leur défense et leur protection.
Même sur les murailles domestiques, au coin le plus choisi de la maison, ii la place antique ou le- hu e- attendaient, docileaet complaisants (la/m mtidentcêl), un brin de fa ri ne. un grain de -ci.
(pielle esl cette iina.ye iitlaelléo avec tant de -nui-, encadrés MW tant d'amour.1 (le n'est pas le roi, non certes, 06 n'est pas même la reine, encore moins le magistrat vaillant, le poète glorieux, l'avocat éloquent, le médecin qui sauve ou le pontife qui plie... tëh ! ce qui soi i ri I il cet an.ide enchanté, c'est le\isai:e de quelque
comédienne morte il \ a vingt ans. Sir QCUlût WC frrrlmt .'
Ne nous étonne/, pas; cette comédienne est le soin en il' le plus
durable ei le plus charmant que ce vieillard ait gardé de aes jeunes
années. Il se \ oit lui - même dan- 08 beau \isaite; il reconnaît son sourire ancien dansée Irai- -ourire. A Contempler cette image, il Noil
passer sous ses yeux éblouis le- meilleures passions de >a rie et les haltements les plus innocents de son c(eur. tant cette femme expirée, el peut-être enfouie, il celle heure, au fond des ahinic-. poi lail dan- 9B8 yeux charmants de larmes, de gaieté, de toute-puissance et d'amour I
Mais, si madame Volnys était notre sœur, mademoiselle Rachel, la nouvelle arrivée, après tant d'années d'attente, était tout simplement notre fille adoptive, et, comme il y eut bien vite autour de cette enfant de la Melpomène errante un vif pressentiment de ses futures destinées, on voulut savoir bien vite où donc elle avait vu le jour, quelle était sa présente destinée, à quelle famille elle appartenait. Grandes questions lorsqu'il s'agit de suivre, et longtemps, tantôt dans le nuage et tantôt dans le sillon lumineux, ces enfants chéris de la Muse immortelle!... On veut savoir leur origine pour leur en faire un piédestal.
Cette enfant, destinée à parler au monde attentif la plus belle et la plus savante langue poétique, un langage athénien, la langue même de Racine et de Corneille, et tout l'enchantement du grand siècle, était née hors de France, à la limite, en Suisse, dans une cabane d'un petit village du canton d'Argovie, le 28 février 1821. Elle naquit dans ce village inconnu , cette habitante des palais de Thèbes, de Corinthe ou de Memphis; elle a vu le jour dans ce village et dans cette cabane , cette enfant vaillante qui portait si bien le sceptre et la couronne, qu'on eût dit qu'elle les avait trouvés dans son berceau; à qui la pourpre allait si bien , que ses langes sans doute étaient de pourpre. Porphyrogénète, en effet; mais la pauvreté cruelle avait frappé cette famille, et le père et la mère allaient au hasard, emportant le petit berceau qui surnageait dans tous ces naufrages. Tout ceci, à le bien prendre, est purement et simplement de la tragédie antique, à l'heure où, Troie étant tombée, on assiste aux malheurs de la race et de la famille de Priam.
Que de plaintes dans YHécube d'Euripide, qui pourraient répondre aux douleurs de la naissante Rachel!... « Infortunée! on m'entraîne « au delà des vastes mers, loin de ma terre natale; mes tristes « regards restent fixés sur cette terre chérie, tandis que le gouvernail « détache le vaisseau du rivage et nous sépare à jamais d'Uiori — « On veut que je meure : eh bien ! j'ai hâte de mourir. Non , je ne « flétrirai point ma gloire par une lâche terreur de la misère ou de
ET LA i KAtiKDii: M
ii la mort! Fille «If rois, destinée à des rois, dans |'<B8pérailOe d'un « hymen aussi doux qu'illustre, reine au milieu d'une cour de » Troxcnnes, semblable enfin aux déesses, moins l'immortalité peutêtre... hélas! je ne suis plus qu'une esclave aujourd'hui. Esclave!
a ah ! ce mot seul me t'ait aimer le trépas. Qui . moi . réduite a Subir « les ordres d'un maître impie, et réservée aux derniers emplois ii des plus viles servantes! »
Voilà bientôt trois mille années que ces plaintes louchantes retentissent dans le drame antique, et depuis ces trois mille années,
rémotion est l;i même. Ie> humes ne vont pas la ries . nOUS entendons encore 068 prières, ces douleurs, ces implications : O mes « enfants! ô mes aïeux ! ô terre abandonnée au désespoir ! ah ! dieux « et déesses ! laisser l'Asie et son trône, et venir 60 Europe, o i .
« chercher les fers de l'esclavage! Pourtant je fus reine autrefois, « je fus une mère fortunée, et maintenant me voilà >aiis trône,
« sans palais et la plus misérable des créatures! Non. je ne
« suis plus lien, pas même une Troyenne, et c'est a peine ■ je
« découvre encore au loin la fumée épaisse qui B'élève des ruines
h de ma pallie \u moins >i de ces bras, de ces mains Irem-
« blanles. de ces pieds chancelants, de ce front dépouillé pouvaient
« sortir mille von plaintives!... » De ces clameurs de l'esclavage et de la pauvreté» la tragédie antique en est pleine. Eschyle, Euripide
et Sophocle, ils n'ont pas d'autre texte a leurs chefs -d'œuVTO, 6t plus leurs rois sont abaisses, plus leurs princesses -mil accablées,
plus la misère est grande, ei plu- \(ii>in est l'échamud, plus on voit
que ees grands poêles savent tirer de celte misère même une douleur, une pitié, une ijrâee, un enivrement.
(le n'était donc pas un mal que la petite Racbel fût née au milieu de ce dénù ment; qu'elle eût Bubî 066 longs exils; qu'elle eût frôlé
toutes les ronces du chemin et brise ms pieds délicats a Imis les cailloux de la roule. Elle avait déjà ce partai:e SV6C le» grandes
images poétiques» avec les prmcooooo troyeones, avec les malheurs
de ces villes ruinées . dépeuplées, incendiées. SVCC tOUS ces béTOS
que Junon a frappés, et dont sa colère même, autant que leurs belles actions, a fait des demi -dieux :
Quem nunquam Juno seriesque immensa laborum Fregeril 1
Sans doute aussi que, du sein même de ces altaissemenls et tout au fond de l'abîme, celle enfant des miracles ;i deviné la sublime
invocation de Polyxène « 0 lumière! » Ainsi s'écriait Polyxène
allant ;i l'autel, victime désignée aux mânes d'Achille... « O lumière! « ô soleil! espérance! el tout ce que la jeunesse a de charme et d'eni- « vrement ! . . . » 0 lumière! Il n'\ a rien de plus touchant danstoul le théâtre grec que celle éloquente invocation. A ses premiers pas dans la carrière, elle aussi. Rachel, s'écriait: o 0 lumière! » Et la lumière obéil a cette voix irrésistible. En même temps il y avait au fond de cette inspirée une \<>i\ qui lui répétait ce conseil d'Hécube ellemême à tous les conquérants de l'avenir : « Mortels insensés, pour- « quoi donc ce travail sans relAche, et pourquoi tant d'esclaves, de « recherches el d'application pour arriver à savoir tant de sciences
« inutiles.» Il n'y a (prune science utile, infaillible, inépuisable,
1 à savoir : l'éloquence! L'éloquence est la vraie et la seule reine à « qui les hommes ne sauraient refuser obéissance; elle loue, elle « blâme, elle conseille, et surtout elle fléchit les cœurs les plus durs. « elle amollit les âmes les plus féroces. » Ainsi parlait cette mère et cette reine au désespoir. Que dites-vous, cependant, de ce conseil inattendu : « Soyez éloquente, ô ma fille, et le monde est à vous »?
De ce passage écrit par un si grand poète à la louange du plus grand de tous les arts... la persuasion, le maître Quinlilien s'est souvenu dans son livre 2 lorsqu'il se glorifie de cette approbation donnée à l'éloquence, à l'art qu'il enseigne, par cette reine infortunée. Enfin, quoi de plus vrai et quel plus grand miracle de l'élo-