‹ Rachel et le nouveau-mondeChapitre 19 sur 88 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Oft Vu tmuMt et cofflre et de flageotet.

Après quelques jours de traversée, le capitaine Nye ( un parfait gentleman et un excellent marin] vient remettre à mademoiselle Rachel, de la part d'un habitant de New- York, un superbe coffre en acajou.

L'auteur de l'envoi désire garder Tanonyme. — Quel est donc ce mystère?

Espérons que Tavônir Téclaircira.

Mais que renferme le coffret ?

Des bijoux?

Allons donc, des bijoux ? C'est trop commun.

Mieux que des bijoux. — Ce sont des parfumeries américaines, rien que cela I

Et pas moyen de savoir de qui émanent toutes ces choses qui sentent si bon 1 — C'est fort triste.

Malgré les présents du parfumeur inconnu, mademoiselle Rachel continue à se peu récréer à bord de ce bon Pacific*

Elle ne quitte plus sa cabine.

Beaucoup de passagers font comme elle, et votre serviteur fait comme eux.

Raphaël Félix est Tun des rares voyageurs qui résistent aux agaceries de rAtlantique.

Il se moque pas mal de rAtlantique. — 11 ne songe qu'aux dollars des Etats-Unis et aux pesos de la flavane I

Quant à moi , tristement étendu "dans le tiroir mal rembourré qui me sert de lit, je ne pense nullement à^cette monnaie en perspective, — J*ai bien autre chose à faire.

Pendant que je me tords sur ma bouche ridicule, 41 s'exhale de la cftbine en lac« de lu mi^fftfe une èdpèce d'air français, sur un flageolet quelconque.

C'est un passager, ami des beaux-arts, qui perche là.

Quand je suis très-malade, il joue un air très- gai ; quand je vais mieux, il commence un air mélancotique et sombre.

Ce flageolet, du reste, est assez original. Aa beau ttiMeu de son air, je l'entends parfois qui sVréte et qui. ^ . .

après quoi, il reprend son air juste à la note où il s'était interrompu.

De nombreux garçons, généralement fort empressés et fort complaisants, sont aux ordres des passagers trop malades pour quitter leurs cabines. Ils leur apportent leur nourriture dans des espèces d'écuelles en faïence. La soupe à Toignon et les pommes de terre frites ont un grand succès.

Accroupis ainsi dans ces boîtes mal coâtmookîs, les passagers ont exactement l'air de gros chiens qui ont la maladie, et à qui l'on apporte leur pâtée dans leur niche.

Fâcheuse ressemblance 1

GSAPITi^ XI.

Tro» 4» kroouyirii.

Le 48, à six heures du matin, nous nommas sur les banei de Terr^Neuve.

Le grand banc de sable que nous côtoyons en ce moment est renommé par le nombre incalculable de morues qui s'y donnent rendez-vous.

Malgré la fréquentation de ces poissons de mœurs paisi-' blés, ces parages sont excessivement dangereux.

C'est là qu'a eu lieu Thorrible naufrage de VArcHc,

Ces souvenirs ne laissent pas que de faire surgir chez les passagers des pensées plus tristes les unes que les autres.

Des brouillards épais entourent le navire de tous les côtés.

C'est à peine ai Ton distingue le haut des mâts.

Tous les préparatifs sont faits en cas de naufrage.

Les barques de sauvetage sont découvertes et munies de cordes et d'avirons.

Le canon d*alarme est prêta faire feu.

La cloche d appel est sur le ^nt.

Pendant tout le temps qu'on navigue dans les brouillards, le capitaine veille.

Le navire a ralenti sa marche ; il semble honteux de sa nouvelle allure.

Tous les voyageurs profitent de cela pour quitter leurs cabines.

Ils sont généralement peu rassurés.

L'un d'eux gonfle sa ceinture de sauvetage et se la passe autour du coi^s. ■

Il couche avec cet instrument toute la nuit, ce qui le gène et l'empêche de fermer l'œil. Une chose consolante, c'est que ça ne lui aurait servi exactement à rien, si Ton avait fait naufrage.

Dans la journée, nous doublons le cap Race, qui est l'en* droit le plus dangereux.

Les passagers commencent à respirer. Malheureusement, un événement fâcheux vient attrister notre soirée.

Un jeune veau, amené deLiverpool par le capitaine, meurt des suites d'un mal de mer trop prolongé.

On jette son cadavre à la mer : un requin affamé en fait son diner.

Pauvre petit veau 1

Le lendemain matin, quand on se réveille, on a quitté les bancs de Terre-Neuve ; les brouillards ont disparu ; un soleil éclatant colore les flots, les mâts et les cordages.

Le pont se couvre d'une multitude de passagers, dont on ne soupçonnait même pas la présence abord.

Voilà dix jours que ces infortunés sont incrustés dans les flancs de ce bâtiment folâtre. — Ont-ils dû s'amuser !

On aperçoit, non loin du navire, deux énormes cachalots qui s^él:» ttent au sein de Tonde amèré.

Des milliers de poissons de toutes sortes apparaissent â la surface des flots et semblent tout joyeux de nous voir pas* ser.

L'aspect de la mer change maintenant de quart d'heUre en quart d'heure.

L*Océan est d'un calme à nul autre pareil.

On s'aperçoit de cela surtout à la salle à manger, qui recommence à se remplir exactement comme au premier jour. Plus qu'au premier jour.

On se trouve face à face avec des appétits furibonds.

Les hideux aliments amoncelés sur la table disparaissent avec une rapidité effrayante.

Faut-il avoir faim I

Le soir, après dîner, un vieux pasteur protestant dit la messe dans la salle de conversation.

Un splendide coucher de soleil termine magnifiquement I ette journée, et nous fait oublier en un moment toutes les misères que nous subissons depuis huit jours.

En moins d'une heure, le ciel change une douzaine de fois (■'^ couleur et d'aspect. Il passe par toutes les teintes imaginables, depuis celle de l'or en fusion jusqu'au bleu le plus f. ncé. — C'est vraiment beau !

Un effet bizarre qui se produit, et que je remarque sur- . out, ce soir-là, c'est celui du cercle parfait que forme l'ho- 1 izon et dont notre navire est le point de centre. — Nous avons beau marcher, nous sommes toujours au milieu.

Nous avons l'air de naviguer dans une immense cuvette, sur laquelle on aurait posé un grand couvercle azuré.

Cette comparaison n'est peut-être pas très-poétique ; mais elle est exacte.

Le soir, un vapeur passe non loin de nous. — Quelques

petits voiliers se distinguent au lointain et se détachent en vigueur sur ie ciel en feu.

la vie arrive giaduellement

La température change du tout au tout.

Hier, sur les bancs de Terre-Neuve, nous grelottions. Aujourd'hui, nous avons trop chaud.

Les mouettes commencent à voltiger à Tentour du navire.

On sent la terre !

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