‹ Rachel et le nouveau-mondeChapitre 25 sur 88 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Oft cliacuii s'Installe eonmit U peut.

Nous avons dit que mademoiselle Rachel était descendue avec sa famille à Saint- Nicholoi-Hôtel,

Cet hôtel, Tun des plus splendides de touto V Union ^ est situé dans Broadway^ naturellement. (Kègle générale : Tout est situé dans Broadway. )

La façade est eiî marbre blanc, ma foi, ce qui a bien son charme ; quant à l'intérieur, ça n'a aucun rapport avec nos hôtels parisiens. < — Guidez-vous là-dessus 1

Il y a de tout là dedans — (Et tout se paye à part, bien entendu).

Salle de billards, taverne, salon de coiffure, salle de bains, blanchisserie, etc., etc.

C'est«une petite ville

Il y a même , et ce n'est pas là le moins cifl?ieux , il y a dans cet hôtel et dans plusieurs autres de New- York, un télégraphe électrique. — Ne trouvez- vous pas cela trèscommode de n'avoir qu'à desceadre quelques marches , et

— aide pouvoir causer, en pantoufles et en robe de chambre , avec un ami qui demeure à cinq ou six cents lieues ?

tin fait assez bizarre et qui est vrai (des gens dignes de foi Tout affirmé] , c'est que dans tous ces grands hôtels des Etati'UniSf on peut entrer dans les Dining»Jloom$y à rheurs des repas, s'asseoir à table, dîner et s'en aller sans payer. ^ Sans payer î «- 0w , v^Wient ! c'est étrange ; mais c'est comme cela.

11 est vrai de dire que cela arrive rarement; mais enfin, quand cela arrive , personne ne se permet de réclamer la moindre chose^

Vous conviendrez que ceci ne manque pas d'une certliine grandeur.

Je sais bien que c'est une piètre chose que quelques dollars de plus ou de w^m^ pour une maison semblable^ qui rego/ge tellement de voyag^Mrs qu'H n'y ^ jamais uha cha)7ibre v,a<^te j mais cf fpit n'en existe pas mpios ei je m'eo^ress^ de l'enregistèr.

Il y a tant de monde dans cet hôte) qtm^ «saigné W nc^nbre prodigieu]^ des garçons de servie , on n^ ^t j^miûs à qui s'adresser.

C'est un va et viept perpétuel ^ uo remue-ména^ de tpu^ les io^tants. -^ Les g9rçoos passent Imir vie à courir du bas en haut, du haut en bas , de droite à gauche, de g^uebe k droite, sgins jamais 3*arrèt^ it , 1^ plus souvent, sans ot>étr aux ordres qu'on leur donne.

On dirait que tous ces gaillards-là sot^ piqués dp la TV" reptule,

^ bien qu'il est mutériell^meot impossible dp vivrp daos ce lui^ueu;^ c3j*anvansérail pt qu*ayssit^t iu^taiié. Ton na sQUf qu'à uut cbp$9 ; se s^uvc»r au plus yi(t.

Ce fut justement là ce que fît mademoiselle Rachel.

Et, le lendemain même (elle n'avait pas perdu de temps, comme vous voyez), elle habitait, avec ses deux jeunes sœurs Lia et Dinab, non plus un hôtel (elle en avait assez de cette existence fantaisiste!); mais bien une maison particulière, Clinton-Place, n» 5.

Raphaël et M. Félix pi^Q ffV^i!!^ ^'installer d'uû autre côté, dans Broadway, si j*ai bonne mémoire (Ce ne pouvait être que dans Broaiway).

Et ce fut encore dans une autre partie de la capitale que mademoiselle Sarah alla fixer sa résidence.

Cette division de la famille Félix en trois camps différents ne manqua pas d'intriguer très-fort tous les bavards Ne^r-Y.brkais, qui firent suf cet événement une foulQ djB commentaires.

Ce fut, comme toujours, beaucoup de brpit pour rien. On se séparait parce qu'on se séparait, et voilà tput. . >

Quant aux autres membrps de la French-Çompany^ Tborribie fiacre jaune dont nous avons déjà parlé, et qui ^*était emparé d'eux à la sortie de la douane, les avai^ conduits, non sans cahots, je vous prie de le croire, et non sans avoir manqué de les verser nombre de fois, à un certain hôtçl français-espagnol, tenu par une certaine madame Mondon.

GHAPITRB III.

Ott II têt parie d'un tai d*«Bliiuiax dépulMBls.

L'hôtel Mondon ! I^n voilà encore un endroit malsain que je me ferais un plaisir de ne pas recommander à mes amis, s'il existait encore !

Il est mort ! Paix à ses mânes !

Et Ton mangeait pourtant là de la cuisine française, à ce qu'on disait, du moins !

Et c'était la meilleure de toute la ville, à ce qu'on disait toujours I

Ah ! nous nous en souviendrons longtemps des côtelettes que nous avons mangées chez cette brave femme, et de son chocolat à la graisse et de son lait à la cervelle de mouton !

Désiré l à Verdier ! ô Vachette ! ô Bonvalet 1 ô dîner de Paris, même ! Où étiez-vous?

Si nous avions pu dormir, au moins ! c'eût été une consolation, car enfin,

« Qui dort, dtne. * Ûormii L. Ah! bien, oui!. Sous ces latitudes peu tempe-

rées, cet exercice est positivement interdit aux Européens. .

Nos nuits furent horribles...

Une, entre autres, fut quelque chose de hideux pour moi. . Ce fut la première, pardieu 1

Vers une heure du matin, je me réveille en proie à des démangeaisons atroces; j'allume ma bougiu et j'aperçois sur mes bras, sur mes jambes, sur ma poitrine, une armée tout entière de gros cricris rougeâtres, de taracanes énormes, d'un tas d'insectes enfin, dont les entomologistes euxmêmes ignorent le nom, j'en suis sûr, et. que la jeune Amérique a vomis tout exprès pour me déchiqueter !

Et ce n'est pas tout : des milliers de moustiques, des maringouins de toutes sortes se mettent de la partie et me dévorent avec une rage sans égale. — Je sens que ina raison déménage .:

Je fais comme elle et je saute à bas de ce lit trop habité pour me réfugier sur une grande malle où je suis loin d'être bien.

Je gonfle à vue d'œil. .

Comme le superbe Hippolyte, je remarque avec horreur que mon corps n'est bientôt qu'une plaie...

Oh ! afors je maudis l'Amérique, et Christophe Colomb qui l'a inventée, et Raphaël Félix qui vient l'exploiter !.. Et je me rendors !

J'ai un horrible cauchemar î

Il me semble assister à un bal étrange, impossible, où des myriades d'insectes fantastiques se sont donné rendezvous...

Des maringoins énormes, d'effroyables guêpes, des grillons gigantesques forment l'orchestre.

DôB chenilles colossales, de grosses araignées velues, des scorpions monstrueux se livrent à des quadrilles sans nom, à des polkas inconnues, à des valses vertigineuses, à des rondes diaboliques à faire honte au Sabbat!

C'est la nuit de Walpurgis des insectes !

Une araignée hideuse s'avance alors vers moi et, m'enlaçant de ses longues pattes maigres, cheiche à m'entraîner avec elle dans les tourbillons de la valse.

Pour me soustraire aux agaceries d© cette ignoble coryphée, je fais un mouvement tellement violent que je me réveille, et je puis voir sur l'un de mes mollets, déjeunant tout tranquillement avec les dernières gouttes de mon sang, une araignée ; mais une vraie, celte fois, d'un ton rougeâtre^ et ressemblant à s'y méprendre, à ma danseuse de cette nuit.

Voilà comme on dort dans ce pays-là 1 faites donc douze cents lieues pour vous offrir ce diverti ssetnent 1

Pour me calmer, je songe que c'est aujourd'hui le 284*, anniversaire de la Saint-Barthélémy.

En effet, comme tout le monde ici est protestant, ces insectes, qui le sont aussi, naturellement, se sont vengés sur moi, simple catholique, de celte grande l)oucherie des temps passés l

C'est bien fait !

eHAHTRE IT.

Dans leqael eommenee la dbasM aux mlllloiis.

Pour comble d*agrém«iit, à peine fait-il jour qu'un orgue de Barbarie vient jouer sous mes fenêtres la ronde des Pillei de Me^hre et le Sire de Franc-Boiey.

Je croyais en avoir fini avec ces airs-là !

Malgré les blessures sans nombre de ses artistes (car personne n'a été épargné par les moustiques, comme bien vous pensez, mademoiselle Rachel pas plus que les autres), Raphaël Félix fait annoncer officiellement, dans tous les journaux, la première représentation de mademoiselle Rachel et de la cojnpagnie française, pour le 3 septembre 4855, et cela, sans aucune espèce de remise.

Enfin, nous allons donc savoir à quoi nous en tenir : — Tout le monde attend avec une curiosité et une impatience bien naturelles, cette première soirée dont Tissue doit faire voir, à peu de chose près, tous les résultats possibles de Taf* faire.

Jusqu'à présent , cela s'annonce sous d*^cellents auspices.

La presse tout entière semble on ne peut mieux disposée.

Le New-Yark Herald, le Daily 'jyiJmne, le Courrier des Etats-Unis^ et vingt autres journaux plus ou moins importants, consacrent chaque jour quelques colonnes à ce grand événement littéraire, — sans précédent aux Etats- Unis.

La location marche comme sur des roulettes.

La caisse administrative engraisse à faire plaisir.

Du matin au soir, à son office de IFall Street (la rue aux millions !), Raphaël Félix pas^e son temps à échanger contre énormément de dollars une multitude de petits morceaux de carton.

Il est là dans son élément, maintenant !.. Et il faut le voir, expédiant son public, inscrivant tous les noms sur la feuille de location, délivrant les coupons de loges, encaissant les espèces, et donnant à une demi-douzaine d'employés vingt ordres à la fois, sans se tromper jamais.

puissance du dollar ! Lui qui savait à peine quelques phrases d*anglais en débarquant ici, il trouve moyen, à présent, de comprendre cette langue, que les Américains prennent à tâche de rendre tout à fait incompréhensible, et, ce qui est plus fort, il se fait comprendre par eux!

Il y a vraiment, dans ce bureau de ff^all-Sireet , une activité, un mouvement extraordinaires.

Ah 1 c'est que c'est de là que partent tous les ordres relatifs à la grande bataille qui va se livrer bientôt.

Des express sillonnent la ville et répandent sur leur route des milliers de programmes annonçant la composition du répertoire, les noms des artistes, etc., etc.

D'autres vont remettre aux journalistes leurs lettres d*invitation. Lettres dorées sur tranohe, ma foi, rien que cela 1

Enfin, les affiches définitives sont apposées dans tous les coins de la ville, et permettent à la foule curieuse et empressée de lire les détails suivants :

^ METROPOf.lTAN THEATRE.

On monday, sept. 3 rd,

For the first time in this country, M. de Premart's nev7

comedy of .

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