CHAPITRE III
Oft nuMemoiseUê laelitl se ééelde à s'expatrier.
En voyant cette rage, cette fureur, cet enthousiasme sans nom pour la nouvelle venue, mademoiselle Rachel, qui tout d^abord, était moins que décidée à céder aux propositions de son frère Raphaël, et qui trouvait chaque jour quelque nouveau motif pour ne pas signer définitivement rengagement américain, en arrive maintenant à vouloir, au plus tôt, quitter cet insolent pays, qui a i*audace d'inventer une autre grande tragédienne^ une étrangère !
L'autorité supérieure fait tout au monde pour la retenir!.. C'est peine perdue!
Elle ne fait même pas attention à sa nomination de pro« fesseur de déclamatfon au Conservatoire, laquelle nomination parait tout au long dans le Moniteur Universel,
Il faut qu'elle parte !
Pour cela, elle consent à tout, même à donner au Théâtre- Français une série de représentations (chose qu'elle avait ju8ou*alors refusée avec adiarnement).
,0n dit, du reste, à ce sujet : (est-ce vrai ? — voilà la question) que ce ne fut pas uniquement pour obéir à l'autoriW qu'elle daigna reparaître sur la scène française ; mais bteD un peu pour prouver à ses anciens courtisans que s'ils avaient changé, eux, elle n'avait pas changé, elle 1...
Et en effet, elle eut plusieurs soirées véritablement splen^ dides, ^t ce fut en reine qu'elle quitta son palais de la rue Richelieu.
A une représentation de Phèdre, on dit encore (est-ce un faux bruit?); qu'elle fit envoyer une loge à sa triomphante rivale, avec une lettre charoiante.
Myrrha s'empressa d'accepter et la lettre et la loge, et ne se fît pas prier pour applaudir.
— Ah ! — disait-elle, avec envie, — que cette Rachel est heureuse ! Les Français la conipreiuient, elle!
Oui, les Français la comprennent ; mais elle leur préfère maintenant les Américains qui, à coup sûr, ne la comprendront pas !
Dire cependant que si Rachel n'eût pas songé à aller aux Etats Unis, la Ristori eût eu peut-être en France le sort de Macready et de tant d'autres ; et si cette même Ristori n'eût pas été accueillie ici comme elle l'a été, peut-être aussi Rachel n'eût elle jamais hasardé sa vie pour aller chercher en Amérique des millions imaginaires, dont elle n'avait nul besoin.
Gela est si vrai, qu'avant l'apparition de la nouvelle étoile tragique, c'étaient, de la part de mademoiselle Rachel, des hésitations perpétuelles.
A cbpque instant, Raphaël Félix, secil et unique directeur de l'entreprise transatlantique, croyait que tout était tombé dans Teau,
La grande tragédienne avait autour d*elle nombre de personnes qui faisaient tous leurs efforts pour la retenir dans son bon pays français; elle, de son côté, ne se représentait pas sous des teintes complètement roses ce lointain pèlerinage, si bien que ce ne fut qu'à la dernière extrémité qu'elle 8e décida sérieusement. — Enfm, lasse des attaques incessantes de la presse, dépitée coBtre tout ce monde et contre ellemême, un peu fascinée (et cela se comprend I) par les promesses aussi splendides qu'invraisemblables, que lui faisait r Amérique par Torggne de son frère, elle prononça le oui, si impatiemment attendu.