CHAPITRÉ H
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La Ristoci! — à çppipter d^ cet iust^nt, o'^at ^ell^^ & elle^ seule que la foule enthpusiaste apporte ces bouquets Qt cea. acclamations, que Timprudente Ba^çbet Qse (jédaigi^e^ ! La Ristori ! — elle devient a 1^ grancje aventure du Pari^ de Texposition I » comme dit Auguste. YiUemot, dans Tune de ses charmantes causeries du Figaro.
La Ristori! '— « Qu'est-ce donc? » — ajoute plus loin le spirituel chroniqueur, — (Pardon, mon cher Villçmot ; je vous pille comme dans un boisl) — « Qu'est-ce donc? — un talent, un génie ou un hasard? — Faut-il accepter son succès en valeur intrinsèque, ou faut-il en déduire le malin plaisir qu'on semble avoir à s'en servir compae d'une machine de guerre pour battre en ruine la réputation de mademoiselle Rachel. — CellQ-ci, avec ses sorties dédaigneuses et ses rentrées triomphantes, trouve enfin à qui parler, -rr Lia critique hostile a maintenant un^ base d'opération, et l'œuvre de démolition, menée à la s^pe souterraine, va d'un train d'enfer. — La synagogue ea|t fbrt émue, et le gfaad rabbin a
oMonné des prières. — Je crois très-sincèrement que mademoiselle Rachel survivra à cette tuile, mais elle apprendra de là qu^il ne faut rien mépriser, pas même le public, un libertin qui aime les aventures nouvelles.
« Donc , pour Tamour qu'on lui porte ou pour la rancune t}u'on garde à sa rivale, la Ristori voit tout Paris à ses pieds. «^ La vogue, capricieuse déesse* qui, dans ce pays-ci, embrasse ses favoris jusqu*à les étouffer, lui a mis au front cette étoile des élus qui signale une réputation aux qiiatre coins dn globe. —* La Ristori ! Âvez-vous vu la Ristori? Parleznous de la Ristori !
« Peut-il être question d'autre chose? en prose^ en vers, sous forme de feuilleton ou sous forme de causerie, dans toutes les formules de la langue humaine, n*y a-t-il pas un consentement universel pour célébrer la diva. — M. Jules Janina écrit sur elle, inter alias, un feuilleton très-éloquent. — Seulement il m*a semblé que, dans la dernière colonne 4jB son édifice, il s'essoufflait un peu pour démontrer que la Ristori laisse la Rachel intacte et invulnérable. — Notre public parisien procède malheureusement toujours par voie de comparaison et d'exclusion. — La réaction et la malignité aidant, il ne manque pas de gens qui s'avisent aujoiord'hui que mademoiselle Rachel n'a jamais su dire un hémistiche sans le déshonorer. — Ceci me rappelle un très-beau mouvement de madame de Staè'l : — Un homme, qui savait ses rancunes contre TEmpereur, disait un jour devant elle, croyant la flatter infiniment, que Bonaparte n*avait jamais eu ni talent ni courage. — « Monsieur, répliqua sévèrement » l'auteur de Corinne, vous aurez beaucoup de peine à me N persuader que l'Europe s'est prosternée pendant quinze aux pieds d'un imbécile et d'un poltron. »
« A notre tour il nous aemble difficile d'admettre que mademoiselle Rachel ait, pendant plus de quinze ans, englo^>é dans une inriinense mystification toutes les supériorités de Tintelligence/la presse, les artistes et le seigneur pul^ic, qui sait bien aussi se défendre, quand on prétend lui irappscr ce qui n*est pas de son goût. — Pendant quinze ana on a jeté aux jambes de mademoiselle Rachel des Maxime et des Araldi pour la faire trébucher. — Elle a passé sur ces mannequins en poursuivant sa marche triomphante. — Aujourd'hui le cas est beaucoup plus grave ; la Ristori tient la lyre aux sept cordes, et il semble que de ces sept notes de l'âme humaine, Rachel n'en ait jamais tou(^ que deux Voilà l'état de la question » Kt ce brave Figaro qui est assez juste de son naturel, s'écrie ailleurs à propos de tout cela :
« Nous sommes, en vérité, de bien grands enfants ; — quand nous avons pris quelque temps plaisir avec un beau joujou, et qu'on nous en donne un autre, nous oublions aussitôt le premier; — heureux est-il quand nous ne le brisons pas en le frappant avec le jeune.
« Nous avions un beau joujou tragique : mademoiselle Rachel; — les Italiens nous en montrent un autre : la Ristori ; crac ! nous voilà occupés à vouloir, en ce moment, casser Rachel avec la Ristori; comme si l'art théâtral n'était pas assez vaste pour offrir deux places d'honneur à deux femmes de talents divers, mais équivalents, l'un dans la tragédie, l'autre dans le drame.
» Le plus grand moutard de ce siècle, le papa Dumas, est un de ceux qui ont rejeté le plus vivement le joujou Rachel pour le joujou Ristori.— Il est vrai que le joujou Rachel ne l'a jamais beaucoup diverti... dans son temps. — Rachel a joué t trop leSaint-Ybaret pas assez le Dumas ; — voilà son critérium.
« Uautre jour donc, Dumas, le papa, assistait dans sa loge à la représentation de Marie Stuart, — et Tenthousiaste s'écriait, dans son délire : *
' • — Bravo! bravissimo!... c'est Mars, c'est Dorval, c'est Leoouvreur, c'est Clairon, c'est Duchesnois, c'est Georges, c'est Le Kain, c'est Talma, c'est Rean, c'est Macready, réunis en un 0^ul talent que cette femme I... bravo!... bravo I...
« Une personne balbutia timidement près de lui : — Pourtant, monsieur Dumas, mademoiselle Rachel...
« — Ëh ! Monsieur, répartit brusquement Dumas, pour bien juger le génie de la Ristori il faut connaître à fond l'italien. .. Savez-vous bien l'italien?
« — r Oui, nu)nsieur Dumas, comme vous savez le français!...
« — Alors, dit Dumas avec la plus spirituelle bonhomie, je le disais bien, vous ne savez pas l'italien! »