PHÈDRE. — LA LIGNE DROITE
Recette : 46,920 francs.
Depuis une douzaine de jours, les Français de New- York, et principalement les Gardes-Lafayette, passent une partie de leur existence à réclamer de mademoiselle Rachel Thymne de la MarseillaUe,
Déjà ! — Enfinj — Mademoiselle Rachel a refusé jusqu'à ce jour avec persistance! — Mais les Gardes-Lafayette ne se tiennent pas pour battus, et, ce soir même, ils vont lui donner, après le spectacle, une superbe sérénade, après laquelle elle sera bien forcée d'acquiescer à leur vœu.
Cette nouvelle circule dans le public, et, après Phèdre^ tout le monde se sauve du côté d» la maison de mademoiselle Rachel, pour jouir du coup-d*œiI.
déception profonde! ô joies évanouies! Lasérénad«^
tombée dans Teaul... Et quand je dis dans Teau, je parle textuellement. — Il fait un temps hideux, une ondée à détrôner le déluge ! — Les musiciens étaient déjà à leur poste ; mais Torage a tout dispersé ! — Dans les ruisseaux gonflés et changés en rivières, on a vu des flageolets et des contrebasses flottant au gré des eaux !
Vous croyez peut-être^qjie^Ies.Çardes-Lafayetteont renoncé à leur projet!... Ah 1 bien oui 1 — Le surlendemain, pas plus tard, après la représentation de
ADVIENNE de plus en plus X^COUVREUR.
La musique des Gardés-Lafayette stationne devant Tes fenêtres de mademoiselle Rachel, qui soupe en ce moment avec sa famille.
La sérénade commence. — On accourt de tous les c^tés. — A la fin de ce concert en plein vent, oacrie avec fureur : La MarseillaiieJ
Lps musiciens jouejjt la Marseillaise. — Après l'exécution de cet air patriotique „oa recrie.de plus belle : La Marseillaise/ la Mçtrseillaise / ' ' ■• ■ ■ ■ , .
Cette fois, c'est à l'adresse de mademoisel^ RachjBl. — Un grand. temps, — .P^rsqpne ne paraît au balcon, — Jes persiennes restent closes. — Murmures dans la foule. — Un autre grand temps. — Enfin les persienqes s'ouvrent : Rachel paraît à.la fenêtre, entourée de, sa fapaille. Applaudissements d^psja fouje. — Les pausiciens profitent de cela pour rec^îl^^inençer.la J^arseillaise et pour jpuer un, peu l'aimationaMes Yankeçs. — M^demoi^e J[iacl^el applaudit, — puis elle se lève.
Ah! elle va.pi^rler! Çrayo! jÇrjreurl.Aiis^^^dt. levée,. elle
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qtrîtte la fenêtre,' et le domesfique referme graveïnent lés' per^ennes àu grand ébahisseitieiïtdù'pubfic étdfe musîcîehs.'' — Encore urt grand temps et pas mal de murmures. — On est Irès-vexé.
Mais, ô surprise, Raplïâël Félix* le directeur, parait sur le perron. — Les chuchollemerits s'apaisent, Tespérance renaît et Ton écoute avidement l'envoyé de la grande tragédienne.
Voici son dîscoiïrs t... on plutôt, noh, son discours, je ne vous le dîi?aî pas, car je ne m*en souviens plus. — Tout ce que je sais, c'est qu'il promet solennellement que, dans l'une des prochaine^ représentations, mademoiselle Rachel chantera cette fameuse MarêeiliaUe dont ils ont un si pressant . besoin.
Le peuple rassuré regagne son domicile en se livrant â des acclamations prolongées.
Quant à moi, je monte chez la reine de la fête pour la féliciter de cette aubade nôctiirne.
On ne me reconnaît pas d'abord, et l'on m'empêche de pénétrer dans le sanctuaire de Melpoméne, comme on dit, je ne sais plus dans quoi I
Mademoiselle Rachel, — me dit-6n, — a été tellement émue par cette scène musicale, qu'elle est indisposée en ce mbmontet ne peut recevoir !
Mais je décline mes noms et prénoms, j'entre, et je m'aperçois que, Dieu merci, mademoiselle Rachel n'est pas aussi indisposée que je le craignais, car je la trouve, ainsi que sa famille, en train d'achever, avec un exce^iTt' appétit, le souper non moins excellent que la musique des GardesLafayette avait si patriotiquement interrompu 1
Ce souper; si excellent' qu'il soit, n'emplôchôatrcunameiit Raphaël Félix, d'ofifrir, le dimanche Sifîvant; à dès artistes 6t
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à ploneors jonrai^tea, oo graoRl dtper ea rhonneiir de sa ftte, sa Restaurant Delmonico. — On est généralement fort gai. — Mademoiselle Rachel, elle-même, contre son habitude, se hasarde à chanter un peu. — Pas la Marseillaise ! oh ! \
non!... La chansonnette de Levassor, tout simplement: ^
m (fest bonhomme qu'on me nomme ! * En somme, tout le monde est d'un entrain merveilleux, et l'on porte de nombreux toats à V Amérique^ à l'entreprise Rachel, et surtout à la prise de Séhastopol!...tSiT il y a trois jours le Steamship VAfrica nous a apporté cette immense nouvelle ! Le lendemain de ce gala administratif, on joue