CHAPITRE I
OA l'on tftte an pea det eliemUi§ «c fer améHcalnf.
Avec de Tor, on vient à bout de tout, môme du dimanche américain. Si bien que, malgré la loi qui interdit au commun des martyrs toute espèce de chemins de fer, en ce jour trop consacré, nous pouvons, grâce à une assez jolie collection de portraits de la Liberté, nous embarquer dans le train spécial de la poste et quitter New-York de toute la vitesse de... nos mulets 1 Mon Dieu, oui, des mulets, pd6 davantage I La vapeur ne vient que plus tard. . mais elle vient I On nous avait dit beaucoup de mal des chemins de fer américains, et, comme après tout, personne de nous n'a eu
le moindre membre cassé, nous aurions mauvaise grâce à nous plaindre ; mais c'est égal, quand on sort de là sain et sauf, on peut dire que la chance vous a terriblement favorisé.
C'est inconcevable le peu de précautions qu'ils prennent pour éviter le danger.
Les rails sont tout bonnement posés sur les routes, dans les rues, au beau milieu des villages.
Et ne vous figurez pas au moins qu'il y ait des garde-fous, des barrières quelconques. Est-ce que les Américains ont le temps de songer à toutes ces oiaiseries-Ià !
Tant que le convoi ne marche qu'à force de mulets, c'est très-bien ; mais quand la vapeur s'en mêle et qu'elle passe comme la foudre à travers ces rues et ces places publiques, sans (fu'une malheureuse balustrade empêche les promeneurs et les animaux de venir se faire broyer sous les roues de cette machine enragée, on est profondément stupéfié qu'il n'arrive pas encore plus d'accidents.
Qnand on traverse une rue ou un village, on sonne la cloche, voilà tout. Tant pis pour les sourds !
Une autre manie de ce pays, c'est de n'avoir qu'une seule ligne : ce qui est charmant, parce que, lorsque deux convois arrivent l'un sur l'autre, on est sûr de son affaire; mais ils sont si pressés, ces fils du Nouveau-Monde I...
Deux li^^nes, ça eût pris le double de temps et ça n'aurait pas servi davantage. Cela eût peut-être épargné la vie de quelques millieis d'individus 1 Bast ! qu'est-ce que la vie des hommes dans ce pays?
Ils ne tiennent qu'à une chose, là, c'est à faire vite tout
ce qu'ils font. • •
Aussi, à voir ces rues qu'ils se donnent à peine le temps de paver avec les galets de la mer, ces trottoirs qu'ils se
dépèchent tellement de construire qu'ils sont, dès le lendexnain, brisés en cinquante endroits différents ; ces maisons qu'ils bâtissent en un jour, vrais châteaux de cartes qu'un coup de vent fait écrouler, et, pour en revenir à nos moutons, à voir ces chemins de fer fantastiques fabriqués pour Tamour du diable, jetés au beau milieu des rivières, sur des sables mouvants, on est tenté de penser que ce peuple, qui se trouve là par hasard, après tout, n'a pas une grande foi lui-même dans son existence et qu'il se dépêche de vivre.
Ah 1 c'est bien pour lui que la vapeur a été inventée ! Partout, dans tous les coins, on l'entend qui travaille. On bâtit à la vapeur ; on fait le pain à la vapeur ; on blanchit à la vapeur ; on mange à la vapeur ; on fait de l'art à la vapeur ; on fait tout à la vapeur.
Ils ont positivement l'air d'être convaincus que^ d'un moment à l'autre, un cataclysme va les engloutir eux et leur Amérique dans les abîmes de la mer qui grogne à l'entour de leurs villes et semble attendre sa proie.
« Certes, il ne viendra jamais à l'idée de personne de nier les immenses avantages que vaut à la civilisation la découverte de la vapeur. Sous ce rapport, il n'est guère de pays qui en ait tiré meilleur parti que les Etats-Unis. Mais, toute médaille a son revers, et en voici la triste preuve : Le Lloyd's Steamhoat Directory nous apprend que, depuis son introduction dans la navigation des eaux de l'Ouest, la vapeur y a coûté la vie à 39,672 personnes, et causé la perte de 381 bateaux avec leurs cargaisons. Le tout montant à une somme de 867,000,000 dollars. Nous ignorons à quelle époque précise s'arrête cet effrayant recensement ; mais chacun sait que, malheureusement, le compte reste toujours ouvert à de nouveaux appoints. » {Courier.)