‹ Rachel et le nouveau-mondeChapitre 45 sur 88 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

<^al a mpport aux éieetlom ei «nx êeitrciilit.

Mademoiselle Rachel est partie avec toute la compagnie. Son rhume ne semble pas prêt à le quitter, car elle tousse^ fréquemment pendant le voyage. Ces petites promenades ne sont pas faites pour la guérir, — quoiqu'on les fasse pourtant avec tout le comfortable possible»

Ainsi, nous avons un wagon réservé^ où pas un seul étranger n'a été admis. — Là, tout en nous attendant à quelque déraillement, à quelque accident plus ou. moins désagréable, nous n'en faisons pas moins un- léger souper aux trufifes et au Champagne, qui nous fait paraître la route un peu moins longue.

Notre wagon est immense ;* on pourrait y tenir cinquante

l'aise.

Un malheur, c'est qu'il y a' dans cette grande boîte un poêle qui fume presque toujours et des banquettes dont les dossiers sont juste ce qu'il faut pour nous empêcher d'ap* puyer notre tête et.de dormir un peu I

Àus^ né eommed-Hioug nsHemeiit attristée ée débarifier, à trois heures du matin, dans cette fameuse ville de Boston, la cité puritaine par exceUeilee, décorée par ses habitants du: surnom pompeux de la N0uulU'Mhè»»ê.

Mademoisdle Rachel et sa famille descendent à Trémenfs^ House, — la compagnie, à Jdams' -Hôtel ^ — endroit fort cher, fort mal tenu, mais où la nourriture est complètement impossible, -r Nourriture américaine pur sang. — Ils servent tout à la fois sur la table. Or, comme il fait un froid de loup dans cette ville, vous ne pouvez rien manger de chaud !.. Âh ! si fait!.. On fait le pain ju^e au moment du dîner, et il e$t brûloat quand on vous l'apporte. — Ça imite assez bien des boules de colle.

Un autre agrément, c'est que cette maison est un hôtel de tempérance j et là, pas moyen d'obtenir la plus maigre bouteille de Bordeaux.

Inutile €le dire que, le lendemain, nous étions installés ail* leurs, -^ chez un Français, ma foi, un brave Bourguignon, (^i iK)uft a donné à'assez bon vin, une noarriture à peu près honnête ; maia qui a un peu abusé à notre endroit, du ragoût djécureuils.

Ah! noo^en «-t-il foit avaler, deTécureuil ! C'est effrayant !.. Je n'aurais jamais pensé qu'une ville comme Boston pût produire autant de ces petits animiuix à longue queue !

Du reste, j'ai toujours eu un soupçon, c'est que, de temps en temps, son ragoût d'écureuils n'était autre chose qu'tme fricassée de rats !

Eh ! mon Dieix, ces quadrupèdes ne sont-ils pas tous deux de Tordre des rongeurs? — Tous deux ne sont-ils pas d'un goût également désagréable? Qu'importe le reste?

Malgré sa spécialité d'écureuils, la l^mtvelle-Mhineê n'en est pas moins une assez belle ville. — Pas excessivement gaie ; oh ! non, assez triste, mêiùe !

Heureusement, nous sommes au moment d^une fête, une espèce de concours agricole, qui avait attiré un assez grand nombre d'étrangers.

C'était en outre le moment des élections, et cela nous a quelque peu réjouis. — Comme les élections de 48 sont peu de chose auprès de celles-ci!.. Que d'affiches, de lettres, de bulletins, de pancartes, de réclames I — Une chose admirable, c'est la naïveté des candidats, faisant faire leur portrait à la détrempe^ sur de gi;ands transparents, pour séduire les éleicteurs !— Comprend-on celai.. Leur portrait!...

Dans toutes les rues, des cordes sont tendues d'une maison à l'autre, et à ces cordes se balancent doucement les têtes, plus grosses que nature de tous ces futurs représentants. Quand on voit danser tout cela au gré des vents, on croit assister au Ballet des grosses têtes de (de la Corde de pendu). C'est fort gai 1 Ce qui l'est moins, c'est la déplorable habitude qu'on a, aux Etats-Unis^ pendant les élections, de causer trop souvent le couteau ou le revolver à la main. De temps à autre, on lit dans le journal :

« M. X... vient d'être enterré ce matin. Il a reçu hier, par mègtarde^ une balle en pleine poitrine. »

Et tout est dit. On se garderait bien d'ajouter : « La justice informe. »

Belle affaire, vraiment, pour la justice qu'une balle de plus ou de moins dans la poitrine d'un citoyen. Qu'il reste chez lui !..

Exemple : « La nuit des élections (à New- York), une procession politique défilait dans la 10* rue, lorsqu'un coup de pistolet se fit entendre, M. Jonh Martin, demeurant 8« rue, n^ 317, tomba aussitôt dans les rangs, atteint d'une balle à la cuisse. — Il fut d'abord transporté à son domicile, où la balle fut extraite; mais la blessure ayant ensuite présenté des symptômes d'infiammation très-grave, M. Jonh Martin a été transporté dans un hospice particulier. Ce qui semblera tout d'abord extraordinaire, c'est que le coupable n'a point été arrêté. » (Courrier des Etats-Unis.)

Du reste quand bien même on arrêterait le maladroit qui a tué par mégarde^ il n'aurait qu'à fournir caution et tout serait dit.

Des dollars 1 toujours des dollars ! Avec cela, on se passe toutes ses petites fantaisies sous le beau ciel de l'Amérique 1 Tant pis pour les pauvres, et vive la liberté!

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