CHAPITRE XII
Où auideiiiol0€ile Bâcbel aime «atioit ^ae m compagnie
ame plii* loin.
Mademdsdle ftachèl, qui avait d'dbord l'itttdntfofi de^ rester seule â Pile de Cuba, et dô nous ïBiisét revenir sâAi eil« tn France, nous fmt annoncer, la réfÊt de cè méittorabl^ départ, qtie décidément elle s'embarquera avec nous!..
Elle a raison. Le temps commence à devenir légèrement méchant, le golfe du Mexique s'amuse déjà à grogner, et, avant peu, ce polisson d^Atlantique se mettra à faire lé gros dos.
A la Havane, il fait paf ci, par là, d'épouvantables orages, ' auprès desquels t^s les déluges du mondé n'étaient que de la Saint^Jean.
Il y a un pied d*6au dans les rues; la vilte entière est na* vigable. Ces ondées, au reste, ont leur bon côté Ça lave un peu cette bonae capitale, à laquelle, malgré Taffection que je lui porte, je ne puis m*empéch©r d'accorder un brevet Je iaielô, avec g^raatio du gouverneoi^nt. Ce iètàit si stap'Is
de balayer un peu ! . . mais ils ont bien autre chose à faire !.. .
Avant tout, il faut dormir !.. Le reste sera pour une autre foisl — Plus j'y réfléchis, et plus je trouve que le Havanais ressemble à cet intelligent rongeur de la famille des loirs que les naturalistes nomment marmotte et que les Savoyards appellent leur ami.
Il n*y a entre eux deux qu'une petite dififérence, c'est que la marmotte ne dort que Phiver et que le Havanais som« meille hiver comme été. — Et ils sont frileux, dans ce pays 1 — L'orage a un peu, très-peu rafraîchi le temps. — Eh bien! tous les vêtements blancs ont déjà disparu. — On s*enveloppe. — On se met des cache-nez. Les gants de peau de lapin apparaissent et les chaufferettes surgissent de tous les côtés.
Les nègres surtout ont Tair de greloter. Ces malheureux s'entortillent dans de grandissimes manteaux espagnols, qui Itur donnent la dégaine la plus burlesque du monde. On, dirait qu'il gèle à pierre fendre, et nous jouissons cependant encore d'une petite chaleur, comme à Paris au mois de juii-, let... au moins!
Avant de nous diriger définitivement vers cette dernière capitale, la terre promise de beaucoup d'entre nous, nous él^ns à cent lieues de supposer que nous aurions encore .faille à partir avec la tragédie ; nous nous trompions.
Dans une famille créole, où nous nous trouvons, Randoux^ (surnommé à juste titre la terreur des serpents) et moi/ i^ous sommes forcés de nous livrer tour à tom* aux scènes d'Horace et de Curiace, de Nemours et de Polyeucte. Ce qui. ne manque pas son effet et me persuade de plus en plus qu'on aurait fait ici un argent monstre, si l'on avait joué quand même.
Je dirai même plus, c est que la tragédie, qui endormait si fort les Américains du Nord, agit tout différemment sur de charmantes petites Havanaises, qui nous écoutent sans comprendre, et font un effet comique à chaque vers qui leur semble bien. Corneille ne se serait guère attendu à ce genre de succès l Voilà ce que c'est que de voyager !
Console-toi, Corneille ! c'est aujourd'hui le 10 janvier, et ta Rachel, lasse comme toi de cet exil inutile, va te ramener dans ta France bion-aimée! Elle l'a dit!., elle va s'embarquer avec nous!.. ^
Le navire qui va nous emmener n'est autre que le bateau des Antilles. Il arrive de Vera-Cruz et s'arrêtera à l'île Saint- Thomas. Ce bateau s'appelle la Clyde,
Est-ce parce que ce nom est celui d'une rivière d'Ecosse, est-ce pour tout autre motif? toujours est-il qu'au moment de partir, mademoiselle Rachel nous fait faire une seconde anncfhce^ comme la veille, c'est-à-dire non, pas comme la veille.
Les flots et les femmes sont changeants, et, cette fois, elle a redécidé que, jusqu'à nouvel ordre, elle restera à la Havane. Fiat voluntas $ua f
Fauvre Corneille I
Et voilà pourquoi cette infortunée compagnie français, qu'on avait vue si fringante, si pimpante et si confiante, s'embarquer pour le pays aux millions, quitte une fois pour toutes le port de la Havane, moitié gaie, moitié triste, et tout à fait désillusionnée quand aux mines d'or de l'autre monde, et surtout totalement dépourvue de grande tragédienne !...