CHAPITRE I
Oft l'on QiiitCe Rarlt an vendredi*
Le 27 juillet 4855, quoiqu'il soit à peine huit heures du matin , i'^mbatradère du t^èmin de fer du Nord est déjà rempli de nombreux curieux.
Ah I éàtùe , c'est que Rachel ne part pas tous les jours pour rAmérique ; et , comme il parait que c'est définitivement ce matia qu'elle se met en route pour ce grand voyage, on n'est pas fâché d'assister à un spectacle qu'on suppose, avec quelque raison, ne devoir pas se renouveler de sitôt.
Tous les artistes de la Compagnie sont ex^ts au rendezvous indiqué par le directeur.
Les familles, les amis et con«ai9sances des futurs naviga-
Wurs pressent ces derniers sur leur sein et les inondent , k qui mieux mieux , de protestations , de souhaits et de larmes. Scène vraiment émouvante, qui attendrit jusqu^aux commissionnaires et aux gendarmes.
Seul, Raphaël Félix possède un air de jubilation parfaite.
Le sac au côté , la casquette sur le coin de Foreille, il parcourt, suivi de ses employés, Tembarcadère et le bureau des bagages ; il compte ses artistes , fait enregistrer les nn^les^ pread tes bfltet» àe tout le monde, paye à droite et à gauche, et paratt heureux comme plusieurs dîeox !
Ce qui n'empêche pas les gens superstitieux de remarquer, non sans terreur, que c'est aujourd'hui vBifDRBDi !
Fatal présage !
Ah ! ah ! il se fait un mouvemeut dans la foule : — C'est mademoiselle Rachel qui descend de voiture.
— Ah I pour cette fois, — dit le public , — elle va en Amé« rique, décidément I elle a mis le temps à prendre son parti ; mais enfin elle Ta pris !
La nouvelle de l'arrivée de Rachel court de bouche en bouche ; des courriers extraordinaires partent dans toutes les directions.
— Rachel va en Amérique 1 — répète la foule. — U n'y a plus à en douter.
En effet , elle va pénétrer dans la gare. — Encore deux minutes et elle sera en wagon.
Mais en voici bien d'une autre : au moment décisif, elle change d'idée. Elle ne partira pas par ce convoi.
Et, remontant en voiture, elle disparaît bientôt aux regards de la foule desappointée, qui reprend sur uu autre ton :
— Rachel ne va pas en Amérique. Pourquoi diable nous fait-on poser là depuis ce matin ?
Et chacun de s'éloigner , parfaitement convaincu que jamais, au grand jamais, le Nouveau-Monde n'entendra if déclaration de Ptièdre et les imprécations de Camille.
Quoi qu'il en soit, mademoiselle Rachel quitte Paris le jour même et se trouve, presque en même temps que nous tous, dans la capitale de l'Angleterre.