RÉOUVERTURE
Vous savez que j'ai le dessein d'étudier ua jour ayec vous la Uttérature de notre temps. Mais je trayerse d'abord celle du xvii* siècle, et je montre rapidement dans quelques-uns de ses grands écrivains ce que j'appelle le romantisme des classiques. Nous suivrons plus tard cette idée à travers le xviii® siècle. Et enfin nous arriverons à la révolution littéraire qui a marqué la première moitié du xix', au romantisme proprement dit. J'ai l'air de prendre le plus long, mais en réalité j^abrège, puisque, dans ce détour apparent, j'amasse devant vous une col^ lection de faits et d'exemples, plus utile que des théories abstraites, et trouve mainte occasion de proposer eer tains principes de jugement et de les sou'^ mettre à votre contrôle^ Après que, dans ces études
i LE R0M4NTISME DES CLASSIQUES
préalables, tout expérimentales, plusieurs points auront été bien établis, le reste s'en déduira facilement.
Un de nos principes de critique est qu'il y a plus de force et de finesse à mettre en lumière et en relief les qualités d'une œuvre que ses défauts. Avant de noter ce qui y manque, il faut d'abord faire voir qu'on a bien compris et senti ce qui s'y trouve. La critique des défauts est stérile, Tintelligence des qualités est féconde. Entre deux écrivains que Ton compare, l'infériorité n'est pas toujours à celui qui a le plus de fautes. Passer le temps à dénicher des objections, c'est, comme dit Molière, « chercher des raisonnements pour s'empêcher d'avoir du plaisir* ». Il s'agit d'entrer dans chaque œuvre, et non pas de dresser tout alentour des chevaux de frise pour empêcher d'y pénétrer. Nous croyons, avec Sainte-Beuve, que le critique, avant tout, doit être « sympathique^ », par conséquent plus désireux de faire valoir l'œuvre et l'esprit de l'auteur que de se faire valoir lui-même. C'est dans cette disposition que nous avons étudié Corneille, Rotrou, Molière; c'est celle que nous appliquerons maintenant à l'étude de Racine.
Par une vicissitude singulière, ce poète, contesté d'abord et critiqué de son vivant, comme tous les