‹ Racine (volume 2)Chapitre 25 sur 82 · Aeux(&\cvo«, épithète homérique · texte numérisé non relu

Aeux(&\cvo«, épithète homérique

la presse, plus elle recale... Alors, il éclate, il menace :

Le fils me répondra des mépris de la mère.

» Dans une autre scène, Pyrrhus reparaît devant Ândromaque ; elle feint dé ne pas le voir, car que lui dire ? elle va se retirer; Pyrrhus l'arrête parce mot cruel :

.... Allons aux Grecs livrer le fils d'Hector.

» Alors la mère oublie Tépouse. Elle se jette aux pieds de Pyrrhus, elle lui rappelle ses serments « d'amitié », mot qui lui en épargne un autre; elle s'excuse d'un reste de fierté; enfin, la femme venant encore au secours de la mère, elle rend malgré elle quelque espoir à Pyrrhus. Cette lutte dure jusqu'au dénouement : admirable dépoue^ ment, digne du caractère d'Andromaque. Si elle hésite à se sacrifier pour son fils, c'est que l'épouse doute que la mère en ait le droit. Elle n'existe que par ces deux affections et par ces deux devoirs. Ce n'est pas la femme qui se révolte à l'idée d'entrer dans le lit du meurtrier de sa famille; c'est la veuve d'Hector qui résiste à immoler au salut du fils la fidélité qu'elle doit à la mémoire du père. Hector, à qui elle appartient, peut lui tracer son devoir.. « Allons, dit-elle.

Allons sur son tombeau consulter mon époux.

ÀNDROMAQUE 105

)) Assurément rÂndromaque de Racine n'est ni celle d'Homère qui donne de ses belles mains lé pur froment aux chevaux d'Hector ^, ni celle de Virgile, trois fois mariée, mais si touchante par la foi qu'elle garde au souvenir d'Hector ; encore moins l' Andromaque d'Euripide, devenue la veuve de Pyrrhus et la mère de Molossos. C'est comme l'a très bien fait remarquer Chateaubriand*, la femme de la société moderne, telle que l'a faite le christianisme, c'est l'àme de l'Andromaque antique, perfectionnée par l'esprit moderne. Que m'importe qu'elle ne soit pas une copie exacte du type grec ? Le théâtre, chez un peuple civilisé, n'est pas fait pour donner aux savants le plaisir d'apprécier l'exactitude d'un pastiche de l'antique, mais pour exprimer des sentiments généraux dans la langue et le génie de ce peuple. On supporte qu'Andromaque parle en vers français et l'on ne veut pas qu'elle sente comme une mère, comme une épouse, comme une Française du dixseptième siècle ! Pour moi, je ne souffrirais pas sur la scène un rôle de femme qui ne réunirait pas tout ce que l'esprit chrétien et l'esprit français, cultivés par les siècles, ont donné de profondeur à la sensibilité des femmes, de force et de grâce à leur raison. S'il se trouvait dans la salle une mère plus tendre, une épouse plus fidèle, une femme d'un

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