L*ABBÉ
Oui, Madame.
CAMAR60
Alors, c'est un malheur pour vous: car, sur monàma, Je voulais cet anneau.
l'abbé.
Si vous me l'aviez dit Au moins...
CAMARGO
^ Et sur quoi donc t'en croirai-je, maudit?
Sur quel honneur vas-tu me jurer? Sur laquelle De tes deux mains de s3Dg? Où la marque en est-elle? La chose n'est pai sûre, et lu te peux vanler. Il fallait lui couper h main, et l'apporter.
l'abbé.
Madame, il fôisait nuit, la mer était prochaine, Je l'ai jeté dedans*
CAXAR60*
Je n'en suis pas certainCi
l'abbé.
Mais, Madame, ce fer est chaud, et saigne encor*
CAMARGO
Ni le sang ni le f«u ne sont rares «
l'abbé.
Son corps N*est pas si loin, Madame, il &e peut qu'on se charge...
CAMARGO
La nuit est trop épaisse, et l'Océan trop large.
l'abbé.
Mais, je suis pâle, moi 1 tenez.
CAMARGO
Mon clier abbé, i'étais-je pas ce soir quand j'ai joué Thisbé Dans l'opéra?
l'abbé.
Madame, au nom du ciel!...
CAMARGO
Peut-être Qu'en y regardant bien, vous l'aurez. — Ma fenêtre Donne sur la mer.
EUe sort.
l'abbé.
Mais. . . — Elle est partie, ô Dieu !
J'ai tué mon ami, j'ai mérilé le feu, J'ai taché mon pourpoint, et l'on me congédie ! — G'eat la moralité de cette comédie K
La pièce se termine par ce ricanement. L'ironie fait ici Teffet d'une goutte d'acide qui troue l'étoffe. Ëst-elle moins terrible que la fureur d'Oreste ? Le ton seul est autre. C'est une simple
1. On pourra aussi rapprocher la Camargo de Roxane, et étudier les différences de l'une et de l'autre, dans une situa*» tion qui est la même.
transpositioA , un changement de clef, a La théorie romantique, dit Stendhal, n'est autre que celle qui a servi de poétique à Homère, à Sophocle, au Dante, à TArioste el au Tasse... Voici la théorie romantique : il faut que chaque peuple ait une littérature particulière, et modelée sur son caractère particulier, comme chacun de nous porte un habit modelé pour sa taille particulière^. » Non seulement chaque peuple, mais chaque génération. Celle de Racine était plus sensible au sérieux ; la nôtre, à rironie.
Maintenant rechangeons de clef, et écoutons cd que dit Oreste, après qu'Hermione Ta laissé là, écrasé d'injustes malédictions :
ORBST£.
Que vois-je ? est-ce Hermione? Kt que viens-je d'entendre? Pour qui coule le sang que je viens de répandre 7 Je suis, si je l'en crois, un traître, un assassin. Est-ce Pyrrhus qui meurt ? Et suis-je Oreste enfin? Quoi I j 'étouffe en mon cœur la raison qui m'éclaire, J'assassine à regret un roi que je révère, Je viole en un jour les droits des souverains, Ceux des ambassadeurs, et tous ceux des humains, Ceux même des autels, où ma fureur l'assiège; Je deviens parricide, assassin, sacrilège ; Pour qui ? pour une ingrate, à qui je le promets. Qui même, s'il ne meurt, ne me verra jamais, Dont j'épouse li rage!... Et, quand je Tai servie. Elle me redemande et son sang et sa vie !