‹ Racine (volume 2)Chapitre 81 sur 82 · I. âo · texte numérisé non relu

I. âo

— C'est, lui dit Got, que la bosse n'est pas essen-» tielle au rôle de Triboulet. Il y a des scènes où cette bosse doit être oubliée du public ; où même elle serait gênante. Si je la figurais par un moyen matériel, je serais obligé de la garder toujours égale sur mon dos ; mais il me sera permis d*eifacer cette bosse, de la faire disparaître aux yeux du spectateur dans les scènes où je dois être simplement terrible et pathétique. »

» Got, ici, en grand artiste qu'il est, ou plutôt en grand philosophe de Tart, subordonnait à la vérité poétique la réalité vulgaire; il sentait la nécessité de traduire aux yeux Fidée seule du poète, et il comprenait que jeter, au travers, l'image d'un bossu^ c'était dérouter les yeux et l'imagination de la foule.

9 Si Glocester, dans les Enfants d'Edouard, a le droit de rester bossu tel que la nature l'avait fait, ce n'est pas du tout parce qu'il faut rendre exactement la réalité, c'est parce que, dans l'idée du poète, il est bossu d'un bout à l'autre du drame ; sa bosse fait partie intégrante de sa personne : elle est l'inspiratrice de ses vengeances et de sa politique. Bossu il entre, bossu il doit rester jusqu'à la fin du drame, parce que dans ce drame le poète a voulu figurer les passions d'un bossu, et que, sans sa bosse, Glocester ne serait pas Glocester.

- Je pourrais citer des centaines d exemples, j'en

pourrais citer des milliers^ qui tous tendraient à la même démonstration. A quoi bon? Ceux que je viens de donner suffisent aux hommes réfléchis pour leur faire comprendre que, dans la mise en scène des pièces historiques, l'exactitude iconogra* phique n'est jamais utile et peut être souvent fâcheuse; que la mise en scène doit toujours être conventionnelle : un compromis entre l'idée que le poète s'est faite de la chose et l'idée que le public s'est formée de cette idée. »

FIN DU TOUfE PREMIER DE LA DEUXIÈME SÉRIE

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