‹ RacineChapitre 14 sur 64 · L ANGE · texte numérisé non relu

L ANGE

Remets ton Cousteau en son lieu Garde bien de ta main estendre Dessus l'enfant, ny d'entreprendre De l'outrager aucunement.

Or peux-je voir tout clairement Quel amour tu as au Seigneur, Puisque lui portes cet honneur De vouloir, pour le contenter, Ton fils à la mort présenter.

Puis les deux personnages humains reprennent, dans le rythme ordinaire, avec stupeur et attendrissement.

drissement.

ABRAHAll.

Dieu I

ISAAG.

Dieu I

ABRAHAM

Seigneur, voilà que

c'est

De t'obéir.

Icy prend le mouton.

Etc.

Quoique cette tragédie de Théodore de Bèze, destinée d'ailleurs à des écoliers, parle une langue qui bégaye encore, tandis que celle de la tragédie du dix-septième siècle est mûre et achevée, peutêtre cependant aurez-vous trouvé que cette pièce, même quand on la lit après celle de Racine, est

eucore bien émouyanie, notamment dans le discours d'Isaac à son père , et d'un sentiment moral extrêmement élevé. On arrive au sublime par une pente insensible et, en quelque sorte, de plainpied. Isaac, comme l'Iphigénie de Rotrou, console son père qui va Timmoler. Et puis il lui adresse cette sorte de reproche respectueux, pour imprimer à son courage la secousse nécessaire : « M'empècherez-vous donc d'aller à Dieu ? » Cela est vraiment beau, et sans avoir Tair d'y songer.

Assurément il ne peut entrer dans ma pensée de mettre ni de près ni de loin Fessai de Théodore de Bèze sur la même ligne que la tragédie de Racine, qui est un de ses chefs-d'œuvre ; mais il me semble que cet essai est, par endroits, d'une vigueur remarquable, et en d'autres d'une générosité touchante, que rehausse la naïveté. Si cette naïveté même est justement tout l'opposé de l'élégance raffinée du grand poète de la cour de Louis XIV , il m'a paru qu'après avoir admiré un tableau de Raphaël , on pouvait trouver encore du plaisir à regarder le même sujet traité par Cimabue ou par Giotto.

Page 1