‹ RacineChapitre 2 sur 64 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

et le dix-septième. Aussi Euripide jugea-t-il nécessaire ( nous ne pouvons parler des deux autres, puisque leurs pièces sont perdues) de chercher des atténuations qui rendissent le sujet acceptable, étant donnés les sentiments adoucis de ses contemporains , en adoptant par exemple l'idée , que fournissait une autre tradition, de substituer, dans la catastrophe finale, une biche à une victime humaine. A plus forte raison Racine étaitil obligé d'atténuer Tatrocité du sujet. Et cependant, plus gêné qu'Euripide, il a dû maintenir l'immolation d'une vierge soit par un personnage religieux, soit par elle-même, et se contenter de remplacer une jeune fille par une autre, attendu que les spectateurs de son temps n'eussent pas pris au sérieux la biche substituée à la jeune princesse , eux qui pourtant^ avec les yeux de la foi, admettaient très bien le bélier substitué à Isaac près d'être immolé par son père, également pour obéir à Tordre du Ciel.

Cette substitution, du reste, il en trouvait aussi l'idée chez les anciens. De même que, pour sa tragédie d*Andromaque, il avait ciioisi entre les deux traditions au sujet d'Astyauax celle qui se prêtait le mieux à sa fable, de même, entre les trois traditions au sujet du sacrifice d'Iphigénie qu'il rappelle au début de sa préface, il prit celle qui lui fournissait un dénouement plus admissible dans l'état de notre civilisation et de nos mœurs.

IPH1GÉNIE 11

Selon la première des trois, Iphigénie avait été immolée ; selon la seconde, Diane avait fait trouver à sa place ou une biche ou une autre victime de cette nature^ : Euripide a suivi cette fable, et Ovide l'a mise au nombre des Métamorphoses ; enfin, selon la troisième, on admettait bien qu'une princesse nommée Iphigénie avait été sacrifiée ; mais cette Iphigénie était une fille qu'Hélène, avant son mariage avec Ménélas, avait eue de Thésée. Cette dernière tradition était celle qui convenait le mieux au dénouement de Racine, et qui apportait à Toracle, point de départ de la piè;:ey une solution inattendue :

Un autre sang d'Hélène, une aatre Iphigénie >.

Si le romantisme est la forme toujours la plus actuelle de Tart, par conséquent, le cas échéant, l'appropriation des sujets anciens aux publics modernes, l'adaptation des faits d'autrefois aux croyances et aux sentiments présents, il résulte de là qu'Euripide d'abord a dû faire et a fait œuvre romantique, et Racine à son tom pareillement ; et que, par suite, dans l'œuvre dou blement composite qui est sortie de ces deux appropriations successives, le romantisme de celui-

1. Les uns, au lieu d'une biche, disaient que c'était un taureau; d'autres, un ours; d'autres, une vieille femme.

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