Madame de Montespan
2. Louvois. Mais nous aurons à discuter celte interprétation de madame de Caylus.
3. Et, d'après elles, M. Théophile Lavallée, dans son ex-* ccllepte Histoire de Saint-Cyr.
moi sel les qui jouèrent la pièce; la plupart restèrent ensuite dans la Maison en qualité de Dames, et ce furent quelques-unes d'entre-elies qui tinrent la plume, à Teffet de célébrer ces journées d'éternelle mémoire pour la Maison de Saint-Louis ;
Mademoiselle de Veillane ou de Veilhenne, faisait Esthcr. « Elle avait bien de Tesprit et une figure convenable à ce personnage » disent les Mémoires. Elle n'était âgée que de quinze ans.
Mademoiselle de Lastic faisait Assuérus. Madame de Maintenon dit qu' a elle était belle comme le jour ».
Mademoiselle de La Maisonfort faisait Élise.
C'était la sœur cadette de cette chanoinesse à qui madame de Maintenon avait confié le soin des classes. « Le Roi la distinguait, disent les Mémoires, à cause de sa grâce extrême et de sa jolie voix. »
Mademoiselle de Glapion jouait le Juif Mardochce. C'était une grande et belle personne de seize ans, d'un esprit élevé, qui devint Supérieure de la Maison de Saint-Louis, l'amie et la confidente de madame de Maintenon. Racine disait d'elle : « J'ai trouvé un Mardochée dont la voix va au cœur. »
Les rôles étaient distribués, quand madame de Cavlus survint et souhaita vivement d'en avoir un. C'est alors que le Prologue fut fait tout exprès pour elle. Elle était fille du marquis de Villette,
et cousine de madame de Maintenon, qui l'appelait sa nièce, et Taimait beaucoup. M. di Villette était le fils de cette sœur de Constant d'Aubigné, qui recueillit la future madame de Maintenon, Françoise d'Aubigné, à son retour d'Amérique. Cette demoiselle de Villette avait été élevée dans la maison de Su'nt-Cyr. Au moment où nous sommes, âgée de dix-sept ans seulement, mais mariée depuis deux ans au comte de Caylus, elle avait assisté aux lectures que Racine avait faites de sa pièce à madame de Maintenon, et la savait par cœur tout entière ; de sorte que, dans la suite, quand une des aclrices se trouvait indisposée, elle jouait tantôt un rôle, tantôt Tautre, et principalement celui d*Esther. Tout le monde s'accorde à faire d'elle un portrait charmant. « Jamais, dit Saint-Simon, un visage si spirituel, si touchant, si parlant; jamais une fraîcheur pareille; jamais tant de grâce, ni plus d'esprit; jamais tant de gaieté et d'agrément; jamais créature plus séduisante. Elle surpassait les plus fameuses actrices à jouer des comédies ; elle s'y surpassa à celle A'Esther devant le Roi. »
Madame de Maintenon, ne négligeant rien pour assurer le succès de son projet, avait fait dessiner et exécuter des costumes à la persane, ornés de perles et depierreries, qui avaient jadis servi au Roi dans SCS ballets. Le tout coûta plus de 14,000 livres: somme qui, en monnaie et valeur d'aujour-
d'hui, doit être au moins quintuplée. Racine, à propos de ces costumes, dit dans sa préface : « Je crois qu'il est bon d'avertir ici que, bien qu'il y ait dans Esther des personnages d'hommes, ces personnages n'ont pas laissé d'être représentés par des filles avec toute la bienséance de leur sexe. La chose leur a été d'autant plus aisée qu'anciennement les habits des Persans et des Juifs étaient de longues robes qui tombaient jusqu'à terre. »
Les décors furent brossés par Borin, peintre décorateur des spectacles de la Cour. On dressa un théâtre dans le grand vestibule des dortoirs, au deuxième étage. Ce vestibule fut divisé en deux parties, un tiers pour le théâtre, deux pour les spectateurs. Sur des gradins le long des murs, les Dames d'un côlé, les Demoiselles de l'autre, étaient rangées : en haut, les rouges, c'étaient les plus petites, âgées de sept à dix ans, et ayant des rubans rouges sur leur uniforme; au-dessous d'elles, les vertes, âgées de dix à quatorze; au-dessous de celles-ci, les jaunes, de quatorze à seize; enfin, en bas, les bleties, les plus grandes, de dix-sept à vingt, sous les yeux du Roi ; mais n'était-il pas naturel que les grandes fussent mieux placées que les petites? Entre ces deux longs amphithéâtres latéraux, étaient des sièges pour les personnes du dehors; en d'autres termes, pour le Roi et sa suite. — Le tout était éclairé par des lustres de cristal.
Quant à la musique, c'étaient les musiciens du Roi: ils jouaient de la musique de Moreau, composée exprès; et Nivers, Torganisle de la Maison, accompagnait les voix sur le clavecin. Ce clavecin, un peu mince peut-être, n'achève-t-il pas le tableau? Combien les décors et les accessoires ninivites du Théâtre-Français d'aujourd'hui détonnent avec le souvenir de ce petit clavecin !
Le bruit de tous ces préparatifs s'était répandu à la Cour, et bientôt on ne parla plus d'autre chose que de cette pièce a que les petites filles devaient jouer devant le Roi * ».
Madame de Maintenon fit d'abord essayer la pièce, devant elle et quelques amis particuliers, afin de donner de l'assurance aux Demoiselles. Puis, quand elle vit que tout marchait à souhait et était en état d'être montré au Roi, « elle pria sa Majesté, disent les Mémoires, de venir à Saint-Cyr voir Esther. Le Roi arriva pour ce spectacle, le mercredi 26 janvier 1689, à deux heures après midi; il n'avait avec lui que le Dauphin, le prince de Condé, et peu de suite. » Il fut d'abord reçu dans la salle de la Communauté, et témoigna à ces dames « le plaisir qu'il aurait à les voir au spectacle d'Esthcr ». r^rsqu'il fut monté dans le vestibule où était dressé le théâtre, — je cite encore les Mémoires