‹ RacineChapitre 25 sur 64 · II · texte numérisé non relu

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lo4 LE ROMANTISME DES CLASSIQUES

des Dames consistait, dit le Mémorial de Saint-Cyr^ en un manteau et une jupe d'étamine noire, des souliers de maroquin noir, des gants noirs bronzés, avec un gant blanc dedans; pour coiffure, un bonnet de taffetas noir, avec une gaze noire autour, qui laissait voir ua peu de cheveux ; un ruban noir sur la tête, une coiffe de taffetas, avec une espèce de voile froncé par derrière, qui descendait aussi bas que les coudes; sur le cou un mouchoir, une collerette de taffetas noir, avec un bord de toile de batiste, large de quatre doigts; des manchettes de toile unie et médiocrement fine, et une croix parsemée de fleurs de lys, pendante sur la poitrine : sur celte croix étaient gravées d'un côté l'image du Christ, et do l'autre l'image de Saint-Louis. Celle (]ue portaient les Dames était d'or, celle des Sœurs converses était d'argent, et sur la croix d'or portée par la Supérieure l'image du Christ était en relief. Les Dames portaient en outre un grand manteau d'église, d'une légère étamine noire... L'habit des Demoiselles était uniforme aussi, et consistait en un manteau et une jupe d'étamine bleue, un bonnet blanc entouré d'une dentelle, qui laissait voir les cheveux, avec un ruban noué sur la tête, de la couleur de leur classe, de même que celui delà ceinture; elles avaient autour du cou un bord de dentelle ou de mousseline, qui se rattachait au manteau qu'on ne portait qu'au chœur, les jours de solennité. »

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Le Roi, ayant été malade, ne put venir inaugurer la Maison qu'au mois de septembre. — Si l'on en croit une tradition curieuse, le chant dont on le salua à son arrivée, le jour de cette inauguration, chant dont les paroles « Grand Dieu, sauvez le Roi d avaient été composées par madame de Brinon, la directrice, et la musique par Lulli, serait devenu le chant national des Anglais, God save the King, Le célèbre compositeur allemand Handel, l'ayant entendu dans une visite qu'il fit à Saint-Cyr en 1721, en aurait été si frappé, qu'il l'aurait retenu, puis noté de mémoire, à peu de chose près, pour le roi d'Angleterre, George 1®'. Les Anglais, au contraire, prétendent que c'est la France qui leur a emprunté l'air de Handel, pour en faire un chant consacré à Louis XV. Mais les Dames de Saint- Louis aiïirment dans leurs Mémoires que cet hymne fut chanté à Louis XIV dès le premier jour où il visita leur Maison, en septembre 1686, et ensuite presque toutes les fois qu'il y revint.

Madame de Maintenon, pour remercier Dieu de son extraordinaire élévation par des voies si imprévues et si étranges, donna tous ses soins à cette Maison. Elle avait d'ailleurs le goût de l'éducation, et s'éprit de son œuvre. « Il flmt, disait-elle, réjouir leur éducation et divertir leur instruction. » — « Rien ne m'est plus cher, disait-elle encore, que mes enfants de Saint-Cyr. J'en aime tout, jusqu'à leur poussière. »

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Or, pour orner Fesprit des Demoiselles, on leur faisait apprendre par cœur les plus beaux vers de nos poètes, notamment de Corneille et de Racine, les plus beaux passages de Cinna, d*Iphigénie et (ïAndromaqv£. Mais voilà que ces jeunes filles y mirent tant d'âme et de chaleur, qu'on crut devoir chercher d'autres textes. Madame de Maintenon écrivit à Racine : « Nos petites filles ont joué hier Andromaquey et l'ont jouée si bien, qu'elles ne la joueront plus, ni aucune de vos pièces. »

Du moins aucune des pièces qu'il avait faites jusque-là, pour le monde, pour le public et pour la Cour; mais elle lui demanda ensuite s'il ne pourrait pas en faire quelque autre, sur un sujet qui convint mieux à ces jeunes filles et qui fût uniquement pour elles. C'est alors qu'il conçut le projet d*^5ther^y et qu'il en soumit l'idée à madame de Maintenon. « Celle-ci en fut charmée», nous dit madame de Caylus, qui est une élève de Saint-Cyr et qui a écrit ses Souvenirs d'une plume fine, agréable, et un peu

1. En 1578, Pierre Mathieu, historien et poète, avait donné une tragédie A'Esther. À la dernière scène, on entendait les plaintes et les cris de Zarès, privée de son mari et de ses dix enfants, Pharsandatha, Delphon, Esphatha, Phoralha, Adalia. Aridatha, Phermestha, Arisaif, Aridaî el Jézatba, qui suivaient leur père au gibet. — Ces noms se trouvent au livre d'Esther, Ghap. IX, versets 7, 8, 9.

En 1602, Montchrestien donna une tragédie d'Aman, dans laquelle Assuérus exprime ainsi son amour :

Mettant sans y penser la léte à la fenôlrc,

J'fti TU ma belle Esiher comme un soleil parallrQ.cv.p.nTyDote.)

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malicieuse parfois, comme en ce passage même, — « celle-ci en fut charmée, et sa modestie ne put Tempêcher de trouver dans le caractère d'Esther et dans quelques circonstances de ce sujet des choses flatteuses pour elle. La Vasthi avait ses applications*; Aman, des traits de ressemblance"; et, indépendamment de ces idées, Thistoire d'Esther convenait parfaitement à Saint-Cyr. »

Parfaitement? c'est ce que nous auronsà examiner tout à rheure. >— Madame de Caylus continue ainsi : « Les chœurs, que Racine, à l'imitation des Grecs, avait toujours eu en vue de remettre sur la scène, se trouvaient placés naturellement dans Esther; et il était ravi d'avoir eu cette occasion de les faire connaître et d'en donner le goût. »

La pièce faite. Racine fut chargé, avec l'aide de son ami Despréaux, de choisir les Demoiselles qui devaient la jouer; puis il la leur fit répéter (comme '1 avait fait répéter jadis ses autres pièces à mademoiselle Du Parc et à mademoiselle De Champmeslé): et les Demoiselles de Saint-Cyr aussi, avec un tel maître, furent bientôt d'excellentes actrices. Les Mémoires des Dames de Saint-Louis racontent tout cela à merveille ^. Voici les noms des Dc-

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