‹ RacineChapitre 43 sur 64 · ABNER · texte numérisé non relu

ABNER

Reine, DieH m'est témoin...

ATHALIB.

Laisse là ton Dieu, traître.

Et venge-moi.

ABNER, se jetant aux pieds de Joas.

Sur qui? Sur Joas, sur mon mattre ?

Lui Joas ? Lui ton roi ? Songez, méchants, songez, Que mes armes encor vous tiennent assiégés !

J'entends à haute voix tout mon camp qui m'appelle, On vient à mon secours : tremblez, troupe rebelle I

Elle affecte une espérance qu'elle n'a point. Ismaël rentre et dit à Joad :

ÀTHÀLIE 243

Seigneur, le Tixnple est libre, et n'a plu» d'ennemis ; L'étranger est en fuite, et le Juif est soumis, Gomme le yent dans l'air dissipe la fumée, La ?oix du Tout-Puissant a chassé celte armée.

Le mouvement de cette catastrophe si théâtrale, rcxpiosion de ce double événement extraordinaire et de tant d'incidents variés, la magie de la poésie qui les illumine, ajoutez-y Venthousiasme religieux des spectateurs de ce temps^là, couvrent et dissimulent l'horreur des moyens employés par ce grand prêtre dans son Temple.

Athalie, avant d'être entraînée hors de la scène pour êti'e égorgée loin des yeux du public, lance à son petit-âls une malédiction qui doit s'accomplir et continuer cette série d'horreurs :

Qu'il règne donc ce fils, ton soin el ton ouvrage ; Et que, pour signaler son empire nouveau, On lui fasse en mon sein enfoncer le couteau 1 Voici ce qil'en mourant lui souhaite sa mère : Que dis-je, souhaiter? je me flatte, j'espère QuMndocile à ton joug, fatigué de ta loi.

Fidèle au sang d'Achah, qu'il a reçu de moi, Conforme à son aïeul, à son père semblable, On verra de David Ihéritier détestable Abolir tes honneurs, profaner ton autel.

Et venger Athalie, Achab et Jézabel.

Elle sort, les Lévites la suivent, l'épée à la main.

JOAD

Qu'à l'instant hors du Temple elle soit emmenSe, Et que la sainteté n'en soit pas profanée.

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Allez, sacrés Tcngeors de ros princes mcortris', De lear sing par sa mort faire ces^r les cris. Si q K'Iijue audacieux embrasse sa qnerel.'e. Qu'à h fureur da glaive on le lirre avec elle.

Un tel dénouement, sans doute, satisfait la couscience du spectateur : l'atrocité des crimes d'Â thalle, ses enfants égorgés par elle pour se frayer un chemin au troue et régner à leur place, empêchent que Joos, échappé malgré elle à ce massacre, paraisse trop odieux en la laissant tuer sans dire un mot pour demander sa grâce; toutefois, à n'écouter que les sentiments modernes, il semble bien pourtant que ce jeune Roi aurait pu mieux commencer son règne que par un consentement aussi tranquille au meurtre de cette femme qui est son aïeule.

Est-ce pour cela que le Ciel, qui a tout conduit •, exaucera un jour la mal^^diction lancée par elle? En effet, un jour viendra où ce Roi, élevé avec tant de soin par le grand prêtre, laissera tuer le fils et successeur de celui-ci, ce Zacharie, avec lequel il a été nourri. Ce nouveau grand prêtre, dans une fête solennelle, reprochant aux Hébreux leurs infidélités, ils se soulèveront contre lui, et Joas le laissera lapider.

1. Meurtris, c'est-à-dire tués^ dans le sens primitif, qui fient du mot meurtre,

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