PYLADE
Tiens, Oreste, voici la lettre que je t'apporte, et que je te remets de la part de ta sœur.
Il IT.
ORESTE
• •.0 sœur chérie! dans mon étonnement, mes bras qui te serrent ne peuvent croire à mon bonheur... »
(Vers 755 à 797.)
Âristote, dans le passage de sa Poétique auquel j'ai fait allusion^ dit : « La plus belle de toutes les reconnaissances est celle qui naît des incidents mêmes du drame, et qui produit une très grande surprise par des moyens vraisemblables, comme dans VŒdipe de Sophocle, et dans Ylphigénie d'Euripide. Car il est très vraisemblable qu'CEdipe soit curieux ^, et quTphigénie écrive une lettre à Oreste. » Au chapitre xv, où il fait aussi ressortir le mérite de la pièce d'Euripide, il cite la manière dont un autre poète , Polyeidès, traitant le même sujet, amenait la reconnaissance. Au moment de recevoir le coup mortel, Oreste s'écriait : a Ce n'est donc pas assez que ma sœur ait été sacrifiée à Aulis, il faut que je le sois à mon tour ! » A cette parole Iphigénie reconnaissait son frère. Au dixhuitième sîèele, Guimond de la Touche s'est souvenu de ce moyen.
On a souvent parlé du pathétique de cette tragédie d'Euripide ; je n'ai pas vu qu'on ait appelé
1. Nous avons seulement remarqué gue cette curiosité a sommeillé pendant longues années. Mais, ane fois réveillée, elle ne se rendort plus.
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Taltention sur un autre aspect de la même pièce qui fait un singulier contraste avec celui-là. C'est» à savoir, une veine tragi-comiquo de mensonge et de ruse, pour tromper le tyran Thoas, d'une manière un peu enfantine, mais qui devait plaire au peuple grec, comme Taventnre d'Ulysse et du Cyclope. Le tyran Thoas est dupé par Iphigénie, pour le bon motif, à peu près comme Polyphème par le rusé fils de Laërle. De sorte que, après avoir développé la terreur et la pitié, cette pièce finit comme un conte de fée, et fait penser à l'Ogre ridiculement trompé parle petit Poucet.
Il s'agit de faire évader les prisonniers emportant la statue de la Déesse; et même... oh! si la prétresse pouvait s'évader avec eux! et retourner à Ârgos ! Déjà, à la seule nouvelle qu'Oreste n'était pas mort, Iphigénie s'était écriée avec allégresse : « Envolez- vous, songes, mensonges! vous n'étiez rien. » A présent qu'elle a retrouvé ce frère chéri, elle lui dit, d'abord au sujet de la statue à enlever : a Mais comment échapper aux yeux de la Déesse, el au tyran, lorsqu'il trouvera le socle de pierre vide de la statue ? Comment me soustraire à la mort? Que pourrai-je dire ? » Puis elle ajoute : « Ah ! si tu pouvais faire du môme coup deux choses, enlever la statue de la Déesse et m'emmener sur ton vaisseau, ce serait un péril qui en vaudrait la peine. Mais, si je reste sans la statue, je périrai, et toi, sauvé, tu auras la joie de revoir ta patrie.
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Xe crois pas c^pend.al que je recule mjfne deTant la crainte de la mort pour saarer ta TÎe...
OEESTK.
Non, je ne serai pjint ton meurtrier, conume je fus celai de ma mère. Cest assez de soo sang. Je Yeux qae, sauvé oa perdu, moi sort soit pareil au ten. Je taramèneiaî dans uoire mai^o, si je ne succombe pas dans moi entreprise; ou, si je dois mourir, ce sera ici près de toi. Mats écoute ce que je pense : si Tenlèvement de la statue déplairait à Diane, comment Apollon aurait-il commandé de porter cette statue dans la Tilie de Pallas, et m*aurait-il promis la joie de te reYoir? £•) mettant tout cela ensemble, je co&çois l'espoir d*un heureux retour.
(Vers 995 à 1016.)
Et voici alors le singulier moyen imaginé par Ipbigénie pour tromper les gardiens sacrés et le tyran : « Je me servirai de tes fureurs mêmes. . . Je dirai que tu es exilé d'Ârgos parce que tu es le meurtrier de ta mère ;... qu'il n'est pas permis de sacrifier à la Déesse une victime impure comme toi souillé par ce crime, et que je t'immolerai quand tu seras purifié.
OBESTB.
Comment nous sera-t-il plus aisé ainsi d'enlever la aluet
IPHIGÉNIE
Je dirai que je veux te piiiificr dans les eaux de la mer.
ORESTE
La statue^ objet de notre voyage, est encore dans le temple.
IPHIGÉNIE
Je dirai qu'il faut purifi r aussi la statue, souillée par tes mains.
ORESTE
Vers quelle partie du rivage ?
IPHIGÉNIE
 Tendroit où ton vaisseau est attaché par les câbles.
ORESTE
Est-ce toiy ou quelque autre qui portera la statue ?
IPHIGÉNIE
Moi. J'ai seule le droit d'y porter les mains-
ORBSTB.
Et Pylade, où preiidra-t-il rang dans cette entreprise ?
IPHIGÉNIE
On dira qu^il est atteint de !a souillure.
ORESTE
Est-ce à l'insu du Roi, ou à son escient, que tu feras cette tentative?
IPHIGÉNIE
J'emploierai la persuasion : car ce ne peut être à son insu.
ORESTE
El puis, nous avons de bons rameurs sur notre navire.
IPHIGÉNIE
Le reste teregarde, c'est à toi d'y pourvoir. » (Vers 1031 à lOSi.)
Pour le moment, elle leur conseille à tous deux d'entrer dans le temple, parce que le Roi va venir s'informer si le sacrifice est accompli. Oreste et Pyladc suivent son conseil et quittent la scène.
Ipliigéuie invoque le secours de Diane, à qui déjà elle dut son salut, à Âulis. Puis elle entre à son tour dans le temple, pour chercher la statue. Et vous allez voir le singulier rôle que le poète fait jouer au roi Thoas, pour Tunique scène qu'il a dans la pièce. Iphigénie va se moquer de lui, comme le Chai boité se moque de l'Ogre slupide.
THOAS
Où est la fimme grecque, gardienne de ce temple? A-t elle comiricncé le sacrifice des deux étrangers? Leurs corps brûlenhils dans le feu du sanctuaire ?
APPENDICE 30b