‹ Racine et ShakespeareChapitre 25 sur 61 · PLUSIEURS MOIS ET SE PASSE EN DIVERS LIEUX · texte numérisé non relu

PLUSIEURS MOIS ET SE PASSE EN DIVERS LIEUX

Lorsque les Romains construiront ces monuments qui nous frappent encore d'admiration après tant de siècles (l’arc de triomphe de Septime-Sévère, l’arc de triomphe de Constantin, l’arc de Titus, etc.), ils représentèrent sur

Journal des Débats du 11 mai 1824.

Journal des Débats du 50 mars I82~.

RACINE ET SHAKSPEARE. 17 y

les faces de ces arcs célèbres des soldais armés de casques, de boucliers, d’épées; rien de plus simple, c’étaient les armes avec lesquelles leurs soldats venaient de vaincre les Germains, les Parthes, les Juifs, etc.

Lorsque Louis XIV se fit élever l’arc de triomphe connu sous le nom de Porte-Saint-Martin, on plaça dans un bas-relief, qui est sur la face du nord, des soldats français attaquant les murs d’une ville; ils sont armés de casques et de boucliers, et couverts de la cotte d’armes. Or, je le demande, les soldats de Turenne et du grand Condé, qui gagnaient les batailles de, Louis XIV, étaient-ils armés de boucliers? A quoi sert un bouclier contre un boulet de canon? Turenne est-il mort par un javelot?

Les artistes romains furent romantiques; ils représentèrent ce qui, de leur temps, était vrai, et par conséquent touchant pour leurs compatriotes.

Les sculpteurs de Louis XIV ont été classiques; ils ont placé dans les bas-reliefs de leur arc de triomphe, bien digne de l'ignoble nom de Porte-Saint-Martin , des figures qui ne ressemblaient à rien de ce qu'on voyait de leur temps.

Je le demande aux jeunes gens qui n'ont pas encore fait leur tragédie reçue aux Français, et qu* partant mettent de la bonne foi dans cette discussion frivole, après un exemple aussi clair, aussi palpable, aussi aisé à vérifier un jour que vous allez voir Mazurier, pourrat-on dire aux romantiques qu’ils ne savent pas s'expliquer. qu’ils ne donnent pas une idée nette et claire de

ce que c’est dans les arts qu’être romantique ou classique? Je ne demande pas, monsieur, que l’on dise que mon idée est juste, mais je désire qu’on veuille bien avouer que, bonne ou mauvaise, on la comprend.

Je suis, etc.

Page 1