‹ Racine et ShakespeareChapitre 30 sur 61 · M. SOUMET · texte numérisé non relu

M. SOUMET

M. LAYA, auteur de Falkland,

'esprit et du talent, entre :

et M DE LAMARTINE;

cl M. DE BÉRANGER;

et M. DE BARANTE ; cl M. FIÉVÉE; et M. GUIZOT; et M. DE LA RENNAIS; et M. VICTOR COUSIN ; et M. le cénéral FOY ; et M. ROYER-COLLARD; et M. FAURIEL; et M. DAUNOU;

et M. PAUL-LOUIS COURIER; et M. BENJAMIN CONSTANT;

cl M. DE PRADT, ancien archevêque de Malincs; et M. SCRIBE; et M. ÉTIENNE.

Aucune manière de raisonner ne peut être plus franche et plus noble que la simple position de cette question. Je suis trop poli pour abuser de mes avantages; je ne me ferai point l’écho de la réponse du public.

Je me suis permis avec d’autant moins de remords d’imprimer ces noms de la seconde colonne, qui font l’orgueil de la France, que, par suite de l’obscurité de ma vie, je ne connais personnellement aucun des hommes distingués qui les portent. Je connais encore moins les académiciens dont les noms pâlissent à côté des leurs. Comme les uns ni les autres ne sont rien pour moi que par leurs écrits, en répétant le jugement du public, j’ai pu me considérer en quelque sorte comme étant déjà la postérité pour eux.

De tout temps il y a eu une petite divergence entre l’opinion du public et les arrêts de l'Académie. Le public désirait voir élire un homme de talent qu’ordinairement l'Académie jalousait ; c’est par exemple sur l’ordre exprès de l’Empereur qu’elle a nommé M. de Chateaubriand. Mais jamais le public n’est arrivé, comme aujourd’hui, jusqu’à trouver des remplaçants pour la majorité de l’Académie française. Ce qu’il y a de fâcheux, c’est que, quand l’opinion publique est bravée à ce point, elle se retire. La défaveur où le Déjeuner a fait tomber l’Académie ne peut que s'accroître ; car jamais la majorité des hommes dont le public admire le talent ne sera appelée à y entrer.

L’Académie fut annulée le jour où elle eut le malheur de se voir recruter par ordonnance. Après un coup si fatal, ce corps, qui ne peut avoir d’existence que par l’opi-

nion, a eu la maladresse de laisser échapper toutes les occasions de la reconquérir. Jamais le plus petit acte de courage, toujours la servilité la plus phrasière et la moins noble. Le bon M. de Montyon fonde un prix de vertu; à ce mot, le ministère a peur ; M. Villemain, qui préside l’Académie ce jour-là, remporte le prix d'adresse, et elle se laisse enlever, sans mot dire, le droit de conférer ce prix. Le prix est ridicule; mais il l’est encore plus de se laisser avilir à ce point, et par quelles gens encore? Qu'auraient fait les ministres si vingt membres de l'Académie avaient envoyé leur démission? Mais celte idée inconvenante est aussi loin de la pauvre Académie française, qu’elle-même est éloignée de posséder aucune influence sur l'opinion publique.

Je lui conseille d’être polie à l’avenir, et le public, sectaire ou non, la laissera mourir en paix.

Je suis avec respect, etc.

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