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LETTRE VI

LF. ROMANTIQUE AU CLASSIQUE

Paris, le 30 avril 4824.

Monsieur,

Dès qu'on parle de tragédie nationale en prose à ces hommes, pleins d’idées positives et d’un respect sans bornes pour les bonnes recettes, qui sont à la tête de l’administration des théâtres, l’on ne voit point chez eux,

par M. de Maistre, considéré dans ses rapports avec la comédie; l’anecdote de MM. deChoiseul et de Praslin, enfin tout ce qui peut de bien loin offenser les puissants. Quel bonheur de vivre à Philadelphie ! me dis-je au premier moment. Peu à peu mes idées se calment, et j’arrive auv considérations suivantes :

l.e gouvernement de la Charle, prcnez-le à toutes ses phases d’énergie en 1819 comme en 1825, a trois grands défauts littéraires :

1 • Il ôte le loisir sans lequel il n’y a point de beaux-arts. L’Italie, en gagnant les deux Chambres, perdra peut-être les Canova et les Rossini.

2* Il jette une défiance raisonneuse dans tous les coeurs. Il sépare les diverses classes de citoyens par la haine. Vous ne demandez plus de cet homme que vous rencontrez dans la société à Dijon ou à Toulouse : Quel est son ridicule? mais bien : Est-il libéral ou ultra? il

comme chez les auteurs qui écrivent en vers, une haine mal déguisée et se cachant avec peine sous la bénignité du sourire académique. Loin de là, les acteurs et directeurs sentent qu'un jour (mais peut-être dans douze ou quinze ans; pour eux, voilà où est toute la question) le

ûle aux différentes classes de citoyens le désir d’être aimables aux yeux les uns des autres, et par conséquent le pouvoir de rire aux dépens les uns des autres.

Un Anglais qui voyage par la diligence de Bath se garde bien de parler et de plaisanter sur la chose du monde la pins indifférente; il peut trouver dans son voisin un homme d’une classe ennemie, un méthodiste ou un tory furieux qui lui répondra en l’envoyant paître, car la colère est un plaisir pour les Anglais, elle leur fait sentir la vie. Comment naîtrait ln finesse d'esprit dans un pays où l’on peut imprimer impunément Georges est un libertin, et où le seul mot de Roi constitue le délit'? 11 11 e resterait dans un tel pays que deux sources de plaisanterie, les faux braves et les maris trompés; le ridicule y prendrait le nom à.’ excentricity .

Dans le despotisme sans échafauds trop fréquents, vraie patrie de la comédie; en France, sous Louis XIV et sous Louis XV, tous les gens voyageant par la ddigence avaient les mêmes intérêts, riaient des mêmes choses, et, qui plus est, cherchaient à rire, éloignés qu’ils étaient des intérêts sérieux de la vie.

3* On dit qu’un habitant de cette Philadelphie que je regrettais, ne songe qu’à gagner des dollars, et sait à peine ce que veut dire le mot ridicule. Le rire est une plante exotique importée d’Europe à grands frais, et qui n’est à l’usage que des plus riches (voyage de l’acteur Mathews). Le manque de finesse et le pédantisme puritain rendent impossible, dans cette république, la comédie A’ Aristophane.

Tout ceci n’empêche pas la justice, la liberté, l’absence des espions, d’être des biens adorables. Le rire n’est qu’une consolation à l’usage des sujets de la monarchie. Mais comme l’huître malade pro-

romantisme fera gagner un million à quelque heureux théâtre de Paris.

Un homme à argent d’un de ces théâtres, auquel je parlais du romantisme et de son triomphe futur, me dit de lui-même : « Je comprends votre idée, on s’est moqué

duit la perle, ces hommes sans liberté, et sans sépulture chrétienne après leur mort, produisent Tartufe et le Retour imprévu.

Je n'ai de la vie parlé i un censeur, mais je m'imagine qu’il pourrait dire pour excuser son métier :

a Quand toute la France le voudrait à l’unanimité, nous ne pour* rions nous refaire des hommes de 1780. L’admirable libretto de Don Juan, mis en musique par Mozart, fut écrit à Vienne, par l'abbé Casli; certes l'oligarchie viennoise n’a jamais passé pour tolérer la licence au théâtre. Eh bien! à Vienne, en 1787, don Juan, dona Anna et dona Elvire chantaient pendant cinq minutes dans la scène du bal : l'ira ta libertà! A Louvois, en 1895, au moment où nous sommes forcés de souffrir les discours du général Foy et de M. de Chateaubriand, il a bien fallu ordonner à don Juan de chanter Yiva tilarilà! L'hilarité n’est-elle pas ce qui nous manque?

a En 1787, personne ne songeait à applaudir la liberté; aujourd’hui il serait à craindre que ce mot ne devînt un drapeau. La guerre est déclarée. Les privilégiés sont en fort petit nombre, riches et enviés, la plaisanterie serait une arme terrible contre eux; n'est-ce pas le seul ennemi qui ait fait peur à Buonaparte? Donc il faut des censeurs si vous ne voulez pas fermer les théâtres, a La comédie peut-elle survivre à cet état de choses? Le roman, qui esquive la censure, ne va-t-il pas hériter de la pauvre défunte? Les courtisans, dans la juste terreur que leur inspire le rire, permettront-ijs qu’on se moque de la classe des avocats, de la classe des médecins, de la classe des compositeurs de musique qui maudissent Rossini, de la classe des vendeurs de croix, et des opticiens qui en achètent; cm qu’on traite ce sujet si plaisant : L’Homme de lettres ou

à Paris, pendant vingt ans, du roman historique; l'Académie a prouvé doctement le ridicule de ce genre, nous y croyions tous, lorsque Walter Scott a paru, son Waverley à la main; et Balantyne, son libraire, vient de mourir

leu vingt places, ou celui-ci : Le Coureur d'héritages ? Toutes les classes de gens ridicules n’ont-ellcs pas des protecteurs naturels qui se coalisent pour le maintien de ce qu’on appelle la décence publique ?

Le premier besoin pour la police n’cst-il pas le maintien de la tranquillité? et que lui importe un chef-d’œuvre de moins? La première violation de l’wm'te de lieu dans Christophe Colomb fit tuer un homme au parterre.

D’un autre côté, si jamais nous avons la liberté complète, qui songera è faire des chefs-d’œuvre? Chacun travaillera, personne ne lira si ce n'est de grands journaux in folio, où toute vérité s’énoncera dans les termes les plus directs et les plus nets. Alors la comédie française aura toute liberté; mais en perdant Sainte-Pélagie et la salle Saint-Martin, nous aurons perdu quant et quant l’esprit qu’il faut pour faire et pour goûter la comédie, ce brillant mélange de vérité de mœurs, de gaieté légère et de satire piquante. Dans une monarchie, pour qu’un Molière soit possible, il faut l’amitié d’un Louis XIV. En attendant ce hasard heureux, et vu les critiques amères dont les Chambres et la société poursuivent les hommes du pouvoir, ce qui ne les met nullement d’humeur à permettre la plaisanterie, essayons la tragédie romantique au théâtre. Chez nous lisons des romans, et jouons des proverbes hardis.

Depuis la Charte, lorsqu’un jeune d... entre dans un salon, il y fait naître un sentiment de malveillance; lui-même est embarrassé. D’où je conclus que les d... auront beaucoup de mérite à l'avenir, et en même temps toute l'hilarité d’un lord anglais.

Ainsi la Charte : 1* ôte le loisir; 2” sépare par la haine; 3° tue la (inesse d’esprit. En revanche nous lui devons l’éloquence du général Foy.

millionnaire. La seule barrière qui s’interpose entre la caisse du théâtre et d’excellentes recettes, continua le directeur, c'est l'esprit des grandes Écoles de droit et de médecine, et les journaux libéraux qui mènent cette jeunesse. Il faudrait un directeur assez riche pour acheter l’opinion littéraire du Constitutionnel et de deux ou trois petits journaux; jusque-là, auquel de nos théâtres conseilleriez-vous de monter un drame romantique en cinq actes et en prose intitulé la Mort du duc de Guise à Blois, ou Jeanne d'Arc et les Anglais, ou Clovis et les évêques ? Sur quel théâtre une telle tragédie pourrait-elle arriver au troisième acte? Les rédacteurs des feuilles influentes qui ont, pourlaplupart, des pièces en vers au courant du répertoire ou en répétition, laissent passer le mélodrame à la d’Arlincourt, mais ne souffrirontjamaisle mélodrame écrit en style raisonnable. S’il en était autrement, croyez-vous que nous n’aurions pas essayé le Guillaume Tell de Schiller? La police en ôterait un quart, un de nos arrangeurs un autre quart, ce qui resterait arriverait à cent représentations si l'on pouvait en avoir trois; mais voilà ce que ne permettront jamais les rédacteurs des feuilles libérales, et, par conséquent, les élèves des Écoles de droit et de médecine.

« — Mais, monsieur, l’immense majorité des jeunes gens de la société a été convertie au romantisme par l’éloquencé de M. Cousin; tous applaudissent aux bonnes théories du Globe...

« — Monsieur, vos jeunes gens de la société ne vont pas au parterre faire le coup de poing; et au théâtre

comme en politique nous méprisons les philosophes qui ne font pas le coup de poing. »

Cette conversation vive et franche m’a plus affligé, je l’avoue, que toute la colère de l’Académie. Le lendemain, j’ai envoyé dans les cabinets littéraires des rues Saint- Jacques et de l’Odéon ; j’ai demandé la liste des livres qu’on lit le plus; ce n’est point Racine, Molière, Don Quichotte, etc., dont les élèves en droit et en médecine usent chaque année trois ou quatre exemplaires, mais bien le Cours de littérature de Laharpe, tant la manie jugeante est profondément enracinée dans le caractère national, tant notre vanité craintive a besoin de porter des idées toutes faites dans la conversation.

Si M. Cousin faisait encore son cours, l’éloquence entraînante de ce professeur et son influence sans bornes sur la jeunesse parviendraient peut-être à convertir les élèves des grandes écoles. Ces jeunes gens mettraient leur vanité à réciter, en perroquets, d’autres phrases que celles de Laharpe; mais M. Cousin parle trop bien pour que jamais on le laisse reparler.

Quant aux rédacteurs du Constitutionnel et des feuilles à la mode, il faudrait des arguments bien forts pour espérer. Disposant en grande partie des succès, toujours ces messieurs auront l’idée lucrative de faire eux-mêmes de belles pièces dans le genre routinier qui est le plus vite bâti, ou du moins ils s'associeront avec les auteurs.

Il est donc utile que quelques écrivains modestes, qui ne se reconnaissent pas le talent nécessaire pour créer

une tragédie, consacrent chaque année une semaine ou deux à faire imprimer un pamphlet littéraire destiné à fournir à la jeunesse française des phrases toutes faites.

Si j’avais le bonheur de trouver quelques jolies phrases bonnes à être répétées, peut-être cette jeunesse si indépendante comprendrait-elle enfin que c’est le plaisir i dramatique qu’il faut aller chercher au théâtre, et non pas le plaisir épique d’entendre réciter de beaux vers bien ronflants, et que d'avance l'on sait par cosur, comme le dit naïvement M. Duviquet A l’insu de tout le monde, le romantisme a fait d’im - 1 menses progrès depuis un an. Les esprits généreux, désespérant de la politique depuis les dernières élections, se sont jetés dans la littérature. Ils y ont porté de la raison, et voilà le grand chagrin des hommes de lettres. J

Les ennemis de la tragédie nationale en prose ou du romantisme (car, comme M. Auger, je n'ai parlé que du théâtre *) sont de quatre espèces :

1° Les vieux rhéteurs classiques, autrefois collègues et rivaux des Laharpe, des Geoffroy, des Aubert;

2° Les membres de l’Académie française, qui, par la splendeur de leur titre, se croient obligés à se montrer les dignes successeurs des impuissants en colère qui jadis critiquèrent le Cid;

3° Les auteurs qui, au moyen de tragédies en vers,

* Journal des Déliai* du 8 juillet 1 81 S.

* Page 7 du Manifeste.

font de l'argent, et ceux qui, par leurs tragédies et malgré les sifflets, obtiennent des pensions.

Les plus heureux de ces poètes, ceux que le public applaudit, étant en même temps journalistes libéraux, disposent du sort des premières représentations, et ne souffriront jamais l’apparition d’ouvrages plus intéressants que les leurs.

4° Les moins redoutables des ennemis de la tragédie nationale en prose, telle que Charles Vil et les Anglais, les Jacques bons Hommes, Bouchard et les Moines de Saint-Denis, Charles IX, sont les poètes associés des bonnes-lettres. Quoique fort ennemis de la prose en leur qualité de fabricants de vers à l’usage de l’hôtel de Rambouillet, et détestant surtout une prose simple, correcte, sans ambition, modelée sur celle de Voltaire, ils ne peuvent sans se contredire eux-mèmes s’opposer à l’apparil lion d’une tragédie qui tirera ses principaux effets des passions violentes et des mœurs terribles du moyen âge. j Comme bons hommes de lettres, présidés par M. de Chateaubriand, ils n’oseraient proscrire, de peur de fâcher leurs nobles patrons, un système de tragédie qui nous entretiendra des grands noms des Montmorency, des la îrimouille, des Crillon, des Lautrec, et qui remettra sous les yeux du peuple les actions féroces, il est vrai, mais grandes et généreuses, autant qu’on pouvait l’être au douzième siècle, des guerriers fondateurs de ces illustres familles 4 . En sortant d’une tragédie oü nous aü-

* On trouve lieux ou trois sujets de tragédie dans chaque Volume

rons tu combattre et mourir ce héros farouche et sanguinaire. le connétable de Montmorency, l’électeur le plus libéral et le plus piqué des tours de passe-passe qu’on lui

a joués aux dernières é ne pourra se défendre

d’une sorte de curiosité bienveillante en entendant annoncer dans un salon un Montmorency. Aujourd’hui personne dans la société ne sait l’histoire de France ; avant M. de liarante, elle était trop ennuyeuse à lire; la tragédie romantique nous l’apprendra, et d’une manière tout à fait favorable aux grands hommes de notre moyen àgeJ Cette tragédie qui, par T absence du vers alexandrin, héritera de tous les mots naïfs et sublimes de nos vieilles chroniques *, est donc tout à fait dans l’intérêt de la chambre des pairs. Le salon des bonnes-lettres, qui est à la suite de cette chambre, ne peut donc opposer des injures par trop ignobles à l’apparition de la tragédie nationale en prose. D’ailleurs, une fois ce genre toléré, quelle belle occasion de flatterie agréable et de dédicaces bien basses! La tragédie nationale est un trésor pour les bonnes-lettres.

du Froissart de M. Huchon : Édouard II et Mortimer, Robert d'Artois et Édouard III, Jacques d’Artcvelle ou les Gantois, Wat-Tyler Henri de Transtamare et du Gucsclin, Jeanne de Montfort, duchesse de Bretagne, le captai de Bucli à Meaux, Clisson et le duc de Bretagne (c’est le sujet d'Adélaïde du Guesclin), le roi Jean et le roi de Navarre à Rouen, Gaston de Foix et son père, seconde révolte de Gand sous Philippe d’Arlevelle. L’amour, ce sentiment des modernes qui n’était pas né du temps de Sophocle, anime la plupart de ces sujets; par exemple, l’aventure de Limousin cl Raimbaud.

* a Beaumanoir, bois ton sang. «

f Quant à la pauvre Académie, qui se croit obligée de persécuter d’avance la tragédie nationale en prose, c’est ; un corps sans vie et qui ne saurait porter des coups bien dangereux. Bien loin de tuer les autres, l’Académie aura assez à faire de ne pas mourir. Déjà ceux de ses membres que je respecte avec le public sont honorés à cause de leurs ouvrages, et non pour le vain titre d’académicien qu’ils partagent avec tant de nullités littéraires. L’Académie française serait le contraire de ce qu’elle est, c’est-à-dire la réunion des quarante personnes qui passent en France pour avoir le plus d’esprit, de génie ou de talent, que, dans ce siècle raisonneur, elle ne pourrait, sans encourir le ridicule, entreprendre de dicter au public ce qu’il doit penser en fait de littérature. Dès qu’on lui ordonne de croire, rien de plus récalcitrant que le Parisien d’aujourd’hui; j’excepte, bien entendu, l'opinion qu’il doit afficher pour conserver sa place *, ou pour avoir la croix à la première distribution. L’Académie a manqué de tact dans toute cette affaire, elle s’est crue un ministère. Le romantisme lui donne de l’humeur, comme jadis la circulation du sang, ou la philosophie de. Newton à la Sorbonne; rien de plus simple, les positions sont pareilles. Mais •était-ce une raison pour jeter au public, avec un ton de supériorité si bouffon 1 2 , l’opinion qu'elle

1 Un de mes voisins vient de renvoyer son abonnement au Journal des Débats (février 4825) parce que son troisième fils est surnuméraire dans un ministère.

5 « L’Académie française restera-t-elle indifférente aux alarmes

veut placer dans les tètes parisiennes? Il fallait commencer par faire une collecte entre les honorables membres dont le romantisme va vieillir les Œuvres complètes : MM. de Jouy, Duval, Andrieux, Raynouard, Campenon, Levis, Baour-Lormian, Soumet 1 , Villemain, etc.; avec la grosse somme, produit de cette quête, il fallait payer aux Débats les cinq cents abonnés qu’on allait lui faire perdre, et publier dans ce journal, si amusant depuis quinze jours, deux articles par semaine contre les romantiques. Le lecteur a pris une idée de l’esprit voltairien, et de l’urbanité que M. de Jouy aurait portée dans cette discussion, par l’extrait de la Pandore que j’ai cité en note; les propos des halles auraient bientôt embelli les colonnes du Journal des Débats. M. Andrieux nous a foudroyés incognito dans la Revue; la prose de l’auteur du Trésor paraissant aussi pâle que la gaieté de ses comédies, on aurait inséré dans les Débats sa fameuse satire contre les romantiques. Si, contre toute apparence, ce coup n’eût pas suffi pour les anéantir, l’élégant M. Villemain. tout joyeux d’avoir une petite pensée à mettre dans ses jolies

des gens de goût ?... Le premier corps littéraire de la France appréhendera-t-il de se compromettre?.. Celle solennité a paru l’occasion la plus favorable pour déclarer les principes dont l’Académie est unanimement pénétrée... pour essayer de lever les doutes, de fixer les incertitudes, etc. « (Page 5 du Manifeste.)

* Le Dieu qui fit le jour ne défend pas d’aimer.

Saul, tragédie

Les romantiques proposent : « ne défend pas d’y voir. »

phrases l , n’eût pas refusé à l’Académie le secours de sa

rhétorique.

Au lieu d’implorer l’esprit du successeur de Voltaire, ou la faconde si jolie de l’auteur de l 'Histoire de Cromwell, l'Académie nous a dit par l’organe sec et dur de M. Auger :

« Un nouveau schisme se manifeste aujourd'hui. Beaucoup d'hommes élevés dans un respect religieux pour d'antiques doctrines s’effrayent des progrès de la secte

naissante, et semblent demander qu’on les rassure

Le danger n’est pas grand encore, et l’on pourrait craindre de l’augmenter en y attachant trop d'importance.. . Mais faut-il donc attendre que la secte, entraînée ellemême au delà du but où elle tend, en vienne jusque-là qu'elle pervertisse par à' illégitimes succès cette masse flottante d’opinions dont toujours la fortune dispose ? 9 »

Trouvera-t-on de l’inconvenance avoir un homme obscur examiner un peu quels ont été les succès légitimes ou non de la masse flottante qui compose la majorité de cette Académie? Je saurai me garantir de toute allusion maligne à la vie privée des auteurs dont j’attaque la gloire; ces armes avilies sont à l’usage des faibles. Tous les Français qui s’avisent de penser comme les romantiques sont donc des seciaiues 3 . Je suis un sectaire. M. Au-

‘ « Ce 11 ’est l ien que de faire île jolies phrases, » disait M. de T..., après avoir entendu le jeune professeur; « il faut encore avoir quelque chose à mettre dedans. »

s Pages 2 et 5 du Manifeste.

* Sectaire. Ce mot est odiemt, dit le Dictionnaire de l Academie:

ger, qui est payé à part pour fai re le Dictionnaire, ne peut ignorer que ce mot est odieux. Je serais en droit, si j’avais l’urbanité de M. de Jouy, de répondre à l'Académie par quelque parole malsonnante ; mais je me respecte trop pour combattre l’Académie avec ses propres armes.

Je me contenterai de proposer une question.

Que dirait le public, sectaire ou non, si on l’invitait à

choisir, sous le rapport de 1

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