BOSSUET
Nous trouvons que le style de Bossuet n’a qu’un son, , c’est celui de la terreur. Le reste du temps il a cette majesté terrible de Bonaparte, et non cette noblesse arrangée de Louis XIV, qui fait le caractère de Buffon.
On voit cela dans ces traits pleins de naturel (Oraisou funèbre du grand Condé).
« Par terre Quel objet Ce sont des montagnes
inaccessibles Voyez comme tout s'ébranle Ne lui
dites pas Écoutez quels furent (Oraison de Marie
Thérèse) Tons croyez donc qu'un royaume est un remède universel à tous les maux?
On vous dira de là-haut (La Vallière.)
En ajoutant quelque chose d'étrange à des tours vifs, on augmente la terreur. On l’augmente encore par une harmonie dure, c’est-à-dire en évitant ce qui est arrondi et périodique.
C’est ainsi que Bossuet grandit ses sujets. C’est le plus grandiose des styles français que nous ayons vus; sa majesté est terrible (Ce sont les prophètes de Michel-Ange, à la chapelle Sixtine, au Vatican.)
Le grandiose du style de Fénelon est angélique.
Bossuet paraît nourri des livres saints comme Fénelon d’Homère et des auteurs grecs. Bossuet, dans le genre terrible, l’emporte de bien loin sur les écrivains français. Comme le défaut d’une oraison funèbre est de manquer
d'intérêt, Bossuet se met tout de suite en scène. Je... moi... etc.*; c’était peut-être par politique, mais tel est l’effet produit. Un des moyens qu’emploie Bossuet pour se rapprocher de vous, pour rattacher à votre sympathie sa majesté terrible, est d’être d’un naturel parfait, qui, ailleurs, serait trivial, comme :
« Une fontaine publique qu'on élève pour la répandre. »
Tout cela, au reste, est le ton de l’Écriture, qu’il imite sans cesse.
Ses tours nous paraissent quelquefois outrés; mais il faut faire attention que nous sommes des lecteurs bien différents des auditeurs pour lesquels il écrivait :
« Ne vous étonnez pas si elle est si humble sur le trône. O spectacle merveilleux, et qui ravit en admiration le ciel et la terre ! etc. »
' Les tours de ce genre nous font bâiller. L’homme qui nous parle est si différent de nous, qu’il ne peut nous inspirer aucun intérêt; mais ces tours ne nous font pas rire, parce qu’on ne rit pas des erreurs de la force.
Souvent le discours de Bossuet n’est qu’un centon de l’Écriture sainte (Oraison funèbre de Marie-Thérèse). La lecture alors en est fort ennuyeuse pour nous, jeunes gens du dix-neuvième siècle, mais elle doit produire un
* Commencement et fin du grand Condé. Le commencement de Madame, surtout madame de la Vallièrc : El moi, pour célébrer. Cela change de caractère et tombe dans la vanité, ridicule, si elle était inutile à sa politique.
Dû STYLE.
effet contraire sur des croyants, nourris de la lecture des livres saints.
Voici une précision admirable, et qui, de plus, était nécessaire dans l’endroit où elle est (Sermon pour la profession de madame de la Vallière).
« Qu’avons-nous vu? et que voyons-nous? Quel état! et quel état! Je n'ai pas besoin de parler, les choses parlent assez d’elles-mêmes. »
Il faut donc imiter Bossuet quand on cherche à inspirer la terreur*.
(Trouvé très-vrai et bien écrit, le 15 mars 1813).
Planey, 24 au 30 juin 1812, un mois avanl de partir pour la Russie.
Je trouve que nous n’avons pas disséqué assez de phrases sous le rapport :
1° De l’ordre des objets présentés à l’attention, ce qui renferme les petites surprises, ou la clarté naturelle et majestueuse, comme la première phrase d’Alibé ;
2° Sous le rapport de l’oreille et des brisements d’harmonie, si fréquents chez Rousseau, et dans de Brosses, 3.
* Comparer les portraits de Charlemagne, par Bossuet et par Montesquieu.
(Eli VH K S L)K STENDHAL.