DE L'ÉDITEUR XXIX
classe d'auteurs du xvine siècle et qui donne un avani-goûl délesiable de nombreuses œuvres publiées dans la première moilié du siècle suivant. Pour lout le domaine des senliments, Beyle élail ainsi vraiment d’un autre âge, n'ayant jamais posé au pâle lénébreux, el n'ayant pas voulu davantage croire au rôle social du poète. Il lui plaisait au contraire de dire avec bien du bon sens :
« Je n'ai jamais cru que la sociélé me dûl quelque chose. »
C’élait en réalité un ami de l’ordre. Il déleslail partout la boursouflure, mais, parce qu'il avail un cœur souvent coniradicloire, il sul marquer sa lendresse pour ces périodes troublées où la passion se peut donner libre cours. On l’a même vu pousser ce culle exlrême de l'énergie et des émolions forles jusqu’à l'apologie du dérèglement. C’est par là, non moins que par son goûl du romanesque el de l’histoire anecdolique, que Slendhal rejoint son époque amie des sentiments portés à leur paroxysme. Slendhal ainsi ne se laisse jamais facilement enrôler. Lullant depuis 1817 pour le romantisme, il s’écarlait résolument à l'heure de la victoire de ous les romantiques français. Ayant comballu pour le drapeau, il n'a jamais cessé d’être un isolé el, suivant le mot si jusle de Colomb, « un colonel sans troupe ».
Il est aisé de se rendre compie combien ses
lhéories, malgré quelques points de délail communs, sont éloignées de celles de la Préface de Cromwell. Lamartine ne peul reconnaître ses aspiralions dans les revendicalions de Racine et Shakspeare el sa leltre, sous un lon amical, est d’un contradicleur résolu.
Cependant, comme l’a dil excellemment M. Paul Arbelel, sa théorie personnelle a peut-êlre « une porlée plus générale el une vérilé plus durable, si elle se réduil à affirmer que les aris doivent évoluer el que la beaulé esl relalive ».
De cel homme, qui demeure plus près du Marivaux de Marianne que du vicomie d’Arlincourt, ou même de son ami Mérimée, ne disons donc pas plus qu’il ful un romanlique fourvoyé qu'un classique qui s’ignorail. Aujourd’hui il nous paraîl assez sage.
Nul doute que si les vers de son ancien compagnon de voyage d’un jour lui eussenl remonlé à la mémoire durant ses longues journées de rêverie solilaire à Civila- Vecchia, il n’eûl murmuré pour son propre comple :
Racine rencontrant Shakspeare sur ma table, S’endort près de Boileau qui leur a pardonné.
El pour une fois, peut-être, des alexandrins ne lui eussent point paru « un cache-sollise ».
Henri MARTINEAU,
peut absolument pas entrer dans un vers tragique ?
La poésie dramatique en est en France au point où le célèbre David trouva la peinture vers 1780. Les premiers essais de ce génie audacieux furent dans le genre vaporeux et fade des Lagrenée, des Frasonard et des Vanloo. Il fit trois ou quatre tableaux fort applaudis. Enfin, et c’est ce qui lui vaudra l’immortalité, il s’aperçut que le genre niais de l’ancienne école française ne convenait plus au goût sévère d’un peuple chez qui commençait à se développer la soif des actions énergiques.
M. David apprit à la peinture à déserter les traces des Lebrun et des Mignard, et à oser montrer Brutus et les Horaces. En continuant à suivre les errements du siècle de Louis XIV, nous n’eussions été, à tout jamais, que de pâles imitateurs.
Tout porte à croire que nous sommes à la veille d’une révolution semblable en poésie. Jusqu'au jour du succès, nous autres défenseurs du genre romanlique, nous serons accablés d’injures. Enfin, ce grand jour arrivera, la jeunesse française se réveillera ; elle sera étonnée, cette noble jeunesse, d’avoir applaudi si longtemps, et avec tant de sérieux, à de si grandes niaiseries.
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