‹ Racine et ShakspeareChapitre 24 sur 72 · Voir l'analyse du théâtre grec, par Métastase · texte numérisé non relu

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genre de tragédie, qui ne reproduit presque rien de tout le factice de la vie des cours et de la civilisation des peuples tranquilles. Les Anglais de 1590, heureusement fort ignorants,aimèrent à contempler au théâtre l’image des malheurs que le caractère ferme de leur reine venait d’éloigner de la vie réelle. Ces mêmes détails naïfs, que nos vers alexandrins repousseraient avec dédain, et que l’on prise tant aujourd’hui dans Jvanhoe et dans Rob-Roy, eussent paru manquer de dignité aux yeux des fiers marquis de Louis XIV.

Ces détails eussent mortellement effrayé les poupées sentimentales et musquées qui, sous Louis XV, ne pouvaient voir une araignée sans s’évanouir. Voilà, je le sens bien, une phrase peu digne.

Il faut du courage pour être romantique, car il faut hasarder.

Le classique prudent, au contraire, ne s’avance jamais sans être soutenu, en cachette, par quelque vers d’Homère, ou par une remarque philosophique de Cicéron, dans son traité De Seneclule.

Il me semble qu’il faut du courage à l'écrivain presque autant qu’au guerrier ; l’un ne doit pas plus songer aux journalistes que l’autre à l’hôpital.

Lord Byron, auteur de quelques hé roïdes sublimes, mais toujours les mêmes,

et de beaucoup de tragédies mortellement ennuyeuses, n’est point du tout le chef des romantiques.

S'il se trouvait un homme que les traducteurs à la toise se disputassent également à Madrid, à Stuttgard, à Paris et à Vienne, l’on pourrait avancer que cet homme a deviné les tendances morales de son époque 1.

Parmi nous, le populaire Pigault-Lebrun est beaucoup plus romantique que le sensible auteur de Trilby.

Qui est-ce qui relit Triiby à Brest ou à Perpignan ?

Ce qu’il y a de romantique dans la tragédie actuelle, c’est que le poète donne toujours un beau rôle au diable. Il parle éloquemment, et il est fort goûté. On aime l'opposition.

Ce qu'il y a d'antiromantique, c’est M. Legouvé, dans sa tragédie d'Henri IV, ne pouvant pas reproduire le plus beau mot de ce roi patriote : « Je voudrais que « le plus pauvre paysan de mon royaume « pût du moins avoir la poule au pot le « dimanche. »

1. Ce succès ne peut être une affaire de parti, ou d’enthousiasme personnel. Il y a toujours de l'intérêt d'argent au fond de tous les partis. Ici, je ne puis découvrir que l’intérêt du plaisir. L'homme par lui-même est peu digne d’enthousiasme : sa coopération probable à l’infâme Beacon,. Anecdote ridicule du verre dans lequel George IV avait bu,

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Ce mot vraiment français eût fourni une scène touchante au plus mince élève de Shakspeare. La tragédie racinienne dit bien plus noblement :

Je veux enfin qu’au jour marqué pour le repos, L'hôte laborieux des modestes hameaux

Sur sa table moins humble ait, par ma bienfaisance, Quelques-uns de ces mets réservés à l’aisance.

La mort de Henri IV, acte IV 1.

La comédie romantique d’abord ne nous montrerait pas ses personnages en habits brodés ; il n’y aurait pas perpétuellement des amoureux et un mariage à la fin de la pièce; les personnages ne changeraient pas de caractère tout juste au cinquième acte ; on entreverrait quelquefois un amour qui ne peut être couronné par le mariage ; le mariage, elle ne l’ap-

1. Les vers italiens et anglais permettent de tout aire ; le vers alexandrin seul, fait pour une cour dédaigneuse, en a tous les ridicules.

Le vers, réclamant une plus grande part de l’attention du lecteur, est excellent pour la satire. D'ailleurs il faut que celui qui blâme prouve sa supériorité ; one toute comédie satirique réclame les vers,

J’ajouterai, par forme de digression, que la tragédie la plus passable de notre époque est en Italie. I1 y a du charme et de l'amour véritable dans la Francesca di Rimini du pauvre Pellico; c’est ce que j’ai vu de plus semblable à Racine Son Eufemio di Messina est fort bien. Le Carmagnola et l'Adelchi de M. Manzoni annoncent un grand poëte, si ce n’est un grand tragique. Notre comédie n’a rien donné d’aussi vrai depuis trente ans que l'Ajo nell ünbarazzo de AM. le comte Giraud, de Rome,

pellerait pas l’hyménée pour faire la rime.

Qui ne ferait pas rire, dans la société, en parlant d’hyménée ?

Les Précepleurs, de Fabre d’Églantine, avaient ouvert la carrière que la censure a fermée. Dans son Orange de Malle, un E..., dit-on, préparait sa nièce à accepter la place de maîtresse du roil. La seule situation énergique que nous ayons vue depuis vingt ans, la scène du paravent, dans le Tarluffe de mœurs, nous la devons au théâtre anglais ?. Chez nous, tout ce qui est fort s'appelle indécent. On siffle l’Avare de Molière (7 février 1823), parce qu’un fils manque de respect à son père.

Ce que la comédie de l’époque a de plus romantique, ce ne sont pas les grandes pièces en cinq actes, comme les Deux Gendres : qui est-ce qui se dépouille de ses biens aujourd’hui ? c’est tout simplement le Sollicileur, le Ci-devant jeune homme (imité du Lord Ogleby de Garrick), Michel el Christine, le Chevalier de Canole, l’Elude du Procureur, les Calicots 3, les Chansons de

1. On disait à madame de Pompadour : la place que vous occupez. Voir les Mémoires de Bézenval, de Marmontel, de madame d’Epinay. Ces Mémoires sont remplis de situations fortes et nullement indécentes, que notre timide comédie n'ose reproduire. Voir le conte du Spleen, de Bézenval

2. L'Homme à sentiments ou le Turtuffe de mœurs de Chéron est imité de The school jor scandal de Sheridan.

3, Le Solliciteur est une comédie d’Ymbert, Scribe ct

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