LANFRANC OÙ LE POÈTE
Comédie en cinq actes.
Au premier acte, Lanfranc ou le Poëte va rue de Richelieu, et présente sa comédie nouvelle avec toute la simplicité du génie au comité du Théâtre-Français ; on voit que je suppose du génie à M. Lanfranc, je crains les applications. Sa comédie est éconduite, comme de juste, et même l’on se moque de lui. Qu'est-ce en effet à Paris, même en littérature, qu'un homme qui ne peut pas placer deux cents billets au jour de l’an ?
Au second acte, Lanfranc intrigue, car des amis inconsidérés lui ont donné le conseil d’intriguer ; il va voir, dès le matin, des gens puissants ; mais il intrigue avec toute la maladresse du génie ; il effraie par ses discours les gens considérables qu'il va solliciter.
Le résultat de ses visites dans le faubourg Saint-Germain est de se voir éconduit comme un fou dangereux, au moment
Le
poison le conduit droit à Sainte-Pélagie.
Les premières craintes de l’accusation, la mine allongée des amis libéraux si hardis la veille, la saisie du pamphlet, le désespoir du libraire, père de sept enfants, la mise en jugement, le réquisitoire de M. le procureur du roi, le plaidoyer piquant de M. Mérilhou, les idées et propos plaisants des jeunes avocats présents à l'audience, les étranges choses que ces propos révèlent avant, pendant et après le jugement : voilà le cinquième acte, dont la dernière scène est l’écrou à Sainte-Pélagie pour un emprisonnement de quinze jours, suivi de la perte de tout espoir de voir à bout jamais la censure tolérer la représentation de ses comédies.
Eh bien ! d’après la saisie des Tablelles romaines !, qui a eu lieu ce matin, croyezvous que j'aurais pu esquisser avec ce détail la tragédie de la Morl de Henri IV, événement d'hier, qui ne compte guère que deux cent quatorze ans de date ? et
1. Violent pamphlet de J.-H. de Santo Domingo, paru en février 1824, N. D. L, E,
ne me voyez-vous pas, pour prix de mon esquisse, débuter comme finit mon héros Lanfranc ?
Voilà ce que j'appelle une comédie romantique ; les événements durent trois mois et demi ; elle se passe en divers lieux de Paris, situés entre le Théâtre-Français et la rue de la Clef ; enfin, elle est en prose, en vile prose, entendez-vous.
Cette comédie de Lanfranc ou le Poële est romanlique, par une autre raison bien meilleure que toutes celles que je viens d'exposer, mais, il faut l'avouer, bien autrement difficile à saisir, tellement difficile, que j'hésite presque à vous la dire. Les gens d'esprit qui ont eu des succès par des tragédies en vers diront que je suis obscur ; ils ont leurs bonnes raisons pour ne pas entendre. Si l’on joue Macbelh en prose, que devient la gloire de Sylla ?
Lanfranc ou le Poële est une comédie romantique, parce que les événements ressemblent à ce qui se passe tous les jours sous nos yeux. Les auteurs, les grands seigneurs, les juges, les avocats, les hommes de lettres de la trésorerie, les espions etc., qui parlent et agissent dans cette comédie, sont tels que nous les rencontrons tous les jours dans les salons ; pas plus affectés, pas plus guindés qu’ils ne le sont dans la nature, et certes c’est bien assez,