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LES BEAUX-ARTS

La situation littéraire en Italie en 1819,

21 février 1819.

N 1819, nous ne donnons pas assez d'attention en Italie à un phénomène des plus heureux pour notre littérature el pour nos arts. C’est que nous

sommes la seule nation qui ait de l'attention au service de la littérature.

1. Ce chapitre se trouve disséminé dans les manuscrits de Grenoble dans le dossier R.5896, volume IT, et dans la Correspondance recueillie par Romain Colomb. M.xPierre Martino, le premier, montra la liaison de ces différents morceaux et les donna en Appendice de son indispensable édition de Racine et Shakspeare à la Librairie Champion. J1 les avait auparavant fait connaître dans la Revues de Littérature Comparée, octobre-décembre 1922, N. D. L, E,

En France, on ne parle que de constitution et de lois organiques, d’ultras et d’indépendants.

En Angleterre, il faut bien comprendre le cas des ouvriers de Manchester, dont la révolte a rempli tous les journaux pendant l'été de 1818.

Ces pauvres gens, qui sont quarante mille, gagnent 4 shillings par jour (4 fr. 80 c.).

C’est tout ce que leurs maitres peuvent leur donner. S'ils leur donnaient 4 shillings et demi, les produits des manufactures anglaises apportés sur le continent, seraient plus chers que les produits des manufaclures du continent. Maintenant grâce aux impôts qui ont été mis depuis 1792 pour humilier la France, un ouvrier anglais travaillant 14 heures par jour ne peut pas vivre avec 4 shillings. C’est ce qui fail que sur dix hommes qu’on rencontre dans la rue à Londres ou à Bristol, un au moins reçoit l’aumône de sa paroissel. Croit-on qu'un pays rongé par un tel malheur ait du temps à donner à la littérature ou aux arts ? Il est bien moins près du bonheur que la France qu'il a combatitue avec un succès apparent. Il est bien moins heureux que l'Italie où l’on a le temps de rire el d’aller applaudir Rossini.

Remarquez que les trois quarts des

1. Voir le singulier ouvrage intitulé : Vie de l'évêque Watson écrite par lui-même. C’est là que l’on voit réellement ce que c’est que l’aristocratie anglaise. Voir aussi les discours prononcés en 1818 à la Chambre des Communes sur la question des pauvres.

hommes distingués en tout genre sortent de la classe pauvre qui, en Angleterre, n’a ni le loisir de lire, ni l'argent nécessaire pour acheter des livres.

Supposons qu'il naisse un génie hardi en Angleterre. Au lieu de chercher à devenir un Shakspeare, il deviendra, s’il peut, un Jord Erskine, ou mourra sur la route.

Supposons qu’un Voltaire naisse à Paris.

Au lieu de publier la tragédie d'Œdipe et : d’attaquer M. de La Motte, il cherchera à : connaître M. Benjamin Constant et ensuite écrira dans le Conservaleur ou dans la Minerve.

Savez-vous ce qu’on fait dans l’Amérique méridionale ? On y ampute les jambes aux malheureux blessés avec des lames de sabre 1, Voilà où en sont les arts utiles.

Dans l’Amérique du Nord, on songe à faire de l’argent el non pas à se procurer les douces jouissances des arts et de la littérature. Les premiers hommes du pays blasphèment les arts. Voyez cet Anglais si judicieux, Morris Birkbeck, parlant des chapiteaux de marbre que le gouvernement américain a fait venir de Rome pour les colonnes du Capitole de Washington.

Voyez la discussion sur l'achat de la bibliothèque que l’illustre Jefferson offrait au public.

Trouve-l-on dans toute cette Amérique, si prospérante et si riche, une seule copie en marbre de l’Apollon du Belvédère ?

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