‹ Racine et ShakspeareChapitre 54 sur 72 · GIORNATA SESTA ED ULTIMA · texte numérisé non relu

GIORNATA SESTA ED ULTIMA

Critique particulière.

Tout le monde sait que jusqu’à ces derniers temps, l'Angleterre n’a été divisée qu’en deux partis seulement : les Zorys qui tenaient pour la cour, et les whigs qui soutenaient ce qu’on appelle la liberté. Un candidat qui prétendait être élu au Parlement se présenta dans un gros bourg du nord de l’Anglelerre, bourg qui n'était composé que de deux rangées de maisons bordant une rue très large, au milieu de laquelle coulait un petit ruisseau. Le prétendant au Parlement se présente chez un riche {ory et veut se capter son suffrage en lui étalant de grands principes de modération, de sagesse, de conciliation. Le tory le laisse dire. Quand le candidat eut fini d'exposer sa doctrine conciliatoire, le tory sort froidement de sa maison avec le candidat qui le suit, le mène au bord du ruisseau, et là lui dit froidement : « Tout lerang de maisons qui est sur la rive droite du ruisseau est tory, tout le rang qui est à gauche est whig et il y a le ruisseau au milieu pour les gens qui ne sont ni whigs ni {orys. »

Je demande pardon à l’homme vraiment illustre dont je combats l'ouvrage, de la grossièreté de la réponse du tory. Trop souvent les Anglais, dans leurs bons mots, n’atleignent à l'énergie qu’en violant toutes

RACINE El SHAKSPEARLI, 19

Une idée quelconque qui demande, en beau toscan garni de ses avveggnachè, de ses conciofosse chè et de ses imperroché, cinquante mots pour être exprimés, mise dans l'italien qu'ont écrit généralement les bons écrivains du dix-huitième siècle, n’exige que trente mots. C’est tout simple, depuis le treizième siècle, la civilisation a marché, quoi qu’en disent MM. les pédants, le temps est devenu précieux. Il faut renfermer les ouvrages les plus importants en peu de volumes, il faut dans la conversation dire beaucoup en peu de mots. Voilà une de ces nécessités générales dérivant de la manière de chercher le bonheur des peuples modernes qu'aucun pouvoir, pas même celui de l’Académie de la Crusca, ne peut arrêter. :

L'illustre auteur, entre deux partis divisés par le mépris le plus profond, de la part des philosophes, et par toute la rage de la vanité blessée, de la part des pédants, l’auteur, dis-je, vient proposer un mezzo-termine.

Le siècle des mezzo termine est passé. Il n’y a pas de paix possible entre des jeunes gens qui ne veulent prendre pour règle de conduite que des vérités démontrées, et de vieux pédants qui, bouffis d’orgueil parce qu’ils ont eu la niaiserie de passer huit ou dix ans de leur vie à lire des milliers de volumes poudreux et bêtes, allèguent l’autorilé.

On propose aux pédants rien moins que de les délrôner de la hauleur usurpée où les ont placés leurs fausses études. A des vieillards bouffis d’orgueil et hébétés par

qui, sous Louis XIV, aient eu une pensée indépendante, les Solilaires de Port-Royal, faire la grammaire de la langue française.

Les philosophes les plus froids, les plus graves, les plus inaccessibles aux préjugés et aux passions ont successivement proposé leurs doutes, éclairci les points liligieux.

Ils faisaient sortir leurs décisions de ce qu’il y a de plus profond dans l’histoire de l’entendement humain. Pour ne parler que des vivants, les comtes Garat, Voiney, Tracy :, MM. Maine de Biran et De Gérando ont perfectionné la grammaire française. Je crois que tous ces sages philosophes seraient bien embarrassés de faire deux vers passables. Ces philosophes ont étudié lhistoire de la langue dans l’histoire de la nation, et c’est à leur exemple et suivant les préceptes les plus simples de la raison que nous croyons que pour avoir voit délibérative dans la grande dispute sur laquelle l'illustre auteur nous présente un mezzo-lermine, il faut commencer par se rappeler l’histoire de Florence avec l’abréviateur Pignotti el celle de Milan avec notre excellent Verri.

L’illusire auteur, absorbé dans les images sublimes que ses magnifiques poèmes ont révélées à l’Europe, paraît avoir un peu négligé les données historiques.

Mais ce ne sont pas encore les plus indis-

1. Connu en Lombardie par l'excellente traduction que nous devons à M. le cav. Compagnoni, homme de lettres digne non pas de traduire, mais de composer des ouvrages originaux.

Tracy, son livre sera cependant pour nous de la plus haute utilité.

D'abord son nom seul le fera acheter par toute l’Italie. On peut dire que le nom si justement vénéré du cave Monti va remettre à la mode pour toute l'Italie la grande question de la langue. Or si ce que nous avons dit des dangers de notre pauvre italien est vrai, ce service est le plus grand que l’on püt lui rendre actuellement.

Et ce service ne pourrait lui être rendu que par le plus grand homme de notre littérature. Remercions donc cet homme vraiment illustre d’avoir eu cette heureuse idée.

En second lieu, le recueil de mots discutés par notre grand poète sera nécessairement très supérieur aux prolégomènes philosophiques et critiques dont il a jugé à propos de les faire précéder. Dans ces prolégomènes qui tiennent à l'idéologie, le plus grand poèle vivant n’est pas sur son terrain.

Au contraire, dans la discussion relalive au sens et à la beauté de chaque mot, il nous fera part des réflexions qu’il a été obligé de faire depuis sa tendre jeunesse en composant ses immortels écrits. Toutes les fois qu’en faisant une {erzina, il a hésité pour rendre sa pensée entre deux mots presque synonymes, il s’est déterminé précisément par des réflexions du même genre que celles qu'il va nous donner.

Donc le plus grand service qu’un écrivain quelconque peut rendre à la liltérature

TI DU ROMANTICISME

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