V. HUGO ET LA POÉSIE FRANi.AISE AU XI.V SllXi.lv
selon la remarque très juste de M. Guyau, et voici deux vers de Victor Hugo qui, sans être accompagnés de leurs rimes, empruntent à un autre élément d'harmonie, à V allitération, la musique la plus suave, la plus enchanteresse, dont une oreille humaine puisse être caressée :
Un frais parfum sortait des touffes d'Asphodèle; Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala'.
M. Théodore de Banville a dit avec esprit les choses les plus justes du monde sur l'importance de mettre à la rime un mot expressif, et sur la spontanéité avec laquelle ce mot se présente toujours et s'impose à l'imagination du vrai poète; mais pourquoi fait-il tant de bruit de la consonne d'appui, c'est-à-dire de la consonne placée immédiatement devant les voyelles ou les diphtongues assenantes ? A quoi bon ce paradoxe : « Sans
1. Booz endormi. — Même sans allilération, voini des ver'J blancs choisi'; par M. Guyau dans Alfred de Musset, qui sont évidemmont bien plus harmonieux que ne le seraient des vers pourvus de rimes riches, mais dépourvus de toute césure :
Je voudrais m'en tenir à l'antique sagesse Qui du solire Épiciire a fait un demi-dieu. Je ne puis : malgré moi l'infini me tourmente. Je n'y saurais soni,'er sans crainte et sans espoir. Une immense espérance a traversé la terre ; Malgré nous, vers le ciel i\ faut lever les yeux.
consonne d'appui pas de rime, et par conséquent pas de poésie ; le poète consentirait plutôt à perdre en route un de ses bras ou une de ses jambes qu'à marcher sans la consonne d'appui » ? Il saitpourtant mieux que personne que certaines rimes pourvues de leurs consonnes d'appui, telles que expirante et mourante^ intrépide et rapide, horreur et fureur \ affreuse et malheureuse, révéler et celer, sont très médiocres, tandis que d'autres, qui n'ont point cette consonne, réveil et soleil, aurore et sonore, penche et blanche^, épaule et drôle ^, éclair et enfer, des centaines encore du même genre, sont excellentes ou devraient du moins être tenues pour telles. Rien