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V. HUGO ET LA POESIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE

alexandrin, ce sont les naïfs écoliers du maître qui méritent seuls le blâme de la critique.

Selon l'usage de tous les imitateurs, leur plus haute ambition a été de singer certains traits faciles à attraper et qu'il suffisait de forcer un peu pour travestir un noble modèle en caricature. Ils ont fermé leur âme et leur intelligence au sentiment des véritables chefs-d'œuvre que le cœur ou que le génie a inspirés; mais, l'oreille grisée par un vain carillon de mots et de rimes, ils ont mis la première page de Ratbert au-dessus de tout ce que Victor Hugo a écrit, ils ont admiré le vers suivant de Racine comme le plus beau de ce poète :

La fille de Minos et de Pasiphaé,

et ils ont imaginé la chinoiserie de la rime non point riche, mais richissime, facteur unique du vers français et sa dominatrice absolue.

C'est avec cet excès que la rime est glorifiée dans \e Petit traité de poésie française^ de M. Théodore de Banville, opuscule fort spirituellement écrit, mais superficiel et tranchant, et qui doit à ce défaut non moins qu'à ses mérites sa vogue et son autorité.

Le grand regret de M. de Banville est que

Victor Hug'O n'ait pas rendu une liberté complète à l'alexandrin, affranchi désormais de toute règle intérieure et « mâchant seulemenl dans sa bouche écumante le frein d'or de la rime ». L'ingénieux écrivain n'a pas l'air de s'être avisé que, si la césure classique est démodée ". une certaine division des mots et des syllabes, une juste cadence, n'en demeure pas moins indispensable à toute versification, et qu'aucune splendeur de rime ne saurait avoir pour effet de remettre sur ses pieds un vers absolument boiteux,

Il répète après Sainte-Beuve, qui a pour excuse de l'avoir dit en vers, que la rime est Vunique harmonie du vers français : exagération évidente, car « le chatouillement de 'a rime riche touche moins l'oreille que la musique intérieure et profonde du rythme »,

i. Et encore, ;j/ws des quatre cinquièmes des vers modernes, comme M. Becq de Fouquières lui-même le remarque, sont coustniils selon les formes du vers classique! Quand on réfléchit à cette disproportion et à l'absolue nécessité où est tout vers de conserver au moins une ombre de césure à l'hémistjcbe, on doute, avec M. Guyau, de l'existence même d'un type propre du vers romantique. Ce qu'on appelle de ce nom n'est toujours que le vers classique avec une variété un peu plus continuelle et un peu plus hardie dans ses coupes; il n'y a point entre les deux vers de différence essentielle, et les meilleurs ?pécimens de l'un et de l'autre type se ressemblent jusqu'à identité.

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